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Côte d'Ivoire : Programme national de production de riz, l'entreprise Lucky Export et son DG Ansu Bajla jugés défaillants
 

Côte d'Ivoire : Programme national de production de riz, l'entreprise Lucky Export et son DG Ansu Bajla jugés défaillants

 
 
 
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© Koaci.com - lundi 24 février 2020 - 15:25

Le 31 mars 2010, l’Inde a signé un accord de crédit d’un montant de 30 millions de dollars américains (Plus de 15 milliards de francs CFA) pour permettre à la Côte d’Ivoire de construire 30 unités de transformation du riz paddis, dans plusieurs localités du pays. Mais la construction de ces usines qui devait se faire en moins d’un an, traine encore, bien que l’entreprise indienne choisie ait perçu environ 88% du financement.


« On veut finir avec ce dossier », a résumé l’un des responsables de la partie ivoirienne relativement au programme national de production de riz qui a pris suffisamment de retard, par la faute de Lucky Export, l’entreprise indienne dirigée par Ansu Bajla que le directeur général de l’Agence pour le développement de la filière riz a qualifié de « défaillante ».


Pour en savoir davantage sur ce projet qui traine, nous sommes rendus, le mercredi 5 février 2020, à l’Ambassade de l’Inde, à Cocody. Même son de cloche.

« Le projet est très en retard. C’est le projet entre la Côte d’Ivoire et l’Inde qui est le plus en retard, à ce jour. Il y a beaucoup de problèmes dessus », nous a-t-on dit. A la question de savoir pourquoi ce grand retard, notre interlocuteur nous a orienté vers l’Agence pour le développement de la filière RIZ (ADERIZ).


Mais avant que nous quittions la représentation diplomatique indienne, notre interlocuteur nous a expliqué que la partie ivoirienne devait identifier des sites dans les localités choisies pour la construction des 30 usines. L’inde se chargeait du financement y compris l’achat de 90 véhicules. « Les usines devaient être construites en un an. « Ce sont des usines préfabriquées. La société exécutrice, Lucky Export, est indienne. Les sous-traitances, sont des sociétés locales ».


Ces quelques informations obtenues à l’Ambassade sont certes importantes, mais nous demeurons sur notre faim puisque nous étions à la recherche des causes du grand retard accusé. Comme l’Ambassade nous l’a conseillé, nous nous orientons vers l’Agence pour le développement de la filière RIZ (ADERIZ), où le directeur général, Yacouba Dembélé, ingénieur agroéconomiste, nous reçoit le jeudi 6 février 2020, dans son bureau, à l’entrée de la rue Paris Village, au Plateau.


« En fait, nous avons bénéficié d’un financement d’Exim Bank Inde de 30 millions de dollars…C’est un projet qui a commencé depuis 2010 (…) Quand on a entamé le programme de 30 usines, on a fait un programme complet : l’usine, les bâtiments, le matériel roulant et tout avec », a-t-il dit avant de nous présenter l’usine de Korhogo.


Le directeur général de l’ADERIZ explique ce sont 30 usines de 5 tonnes par heure, c’est-à-dire 25 000 tonnes par an, qui doivent être construites. Hélas ! A ce jour, « Sur 30, il y a 16 usines construites. Il va rester 14. Sur les 14, il y a, à peu près 5 ans autres qui sont à 80% finies ».


« Lucky Export a été défaillante plusieurs fois parce que les chronogrammes n’ont pas été respectés »

Selon M. Yacouba Dembélé, la première difficulté rencontrée concerne les sites (terrains) où doivent être construites les usines. « Il y en a, jusqu’à 3 ans après, on n’a pas encore résolu le problème foncier. Parce qu’il faut au moins un hectare. Et on a fait ces usines pour qu’elles puissent grandir. Ce sont des usines qui font 25 000 tonnes par an, mais si la production augmente, celui qui gère n’a qu’à augmenter d’une chaine…Il met une chaine dessus et ça passe à 50 000 tonnes…L’Etat n’a pas de terrain », a-t-il dit, avant d’ajouter que le financement s’adresse uniquement à l’usine, les bâtiments et les véhicules : « Acquérir le terrain et le viabiliser, c’est l’Etat. Et vous connaissez le système de l’Etat de Côte d’Ivoire, les paiements sont en dent de scie. Jusqu’à présent, on n’a pas encore fini de payer la plupart, on n’a même pas fini de payer. Il y en a qu’on n’a pas commencé à payer. On est poursuivi, on a des dossiers en justice ».


Le directeur général de l’ADERIZ explique que Lucky Export, l’entreprise qui était chargée de réaliser les infrastructures, de construire les usines constitue le deuxième gros problème. « Cette entreprise, Lucky Export, elle a été défaillante plusieurs fois parce que les chronogrammes n’ont pas été respectés », a-t-il avant d’égrener ses déboires avec cette entreprise :


 

« On a fait un chronogramme que Lucky n’a pas respecté. Vous ne pouvez pas savoir qu’est-ce qu’on a fait ici. Il a été choisi par rapport au code des marchés publics. Mais on a fait tout ce qu’on peut. Lucky, c’étaient des palabres tous les jours. On a même embauché des techniciens pour suivre les travaux, jour par jour. Parce qu’on tient à ce projet, on veut qu’il finisse vite. Plus vite il finira, plus vite les choses iront sur le terrain…Lucky nous a retardé sur le système de crédit. Tout le temps, ce sont des palabres avec lui. Moi, j’ai fait une mission en Inde, mes collaborateurs en ont fait 3. On est fatigué. On veut finir avec ce dossier ».


M. Dembélé indique qu’au départ, « les équipes étaient petites. Il n’avait pas assez d’équipes. Faire 30 usines, dans un délai de 8 mois qui étaient prévus, il faut beaucoup d’équipes. Il n’a pas assez d’équipe. Et puis, ses équipes viennent et s’en vont. Donc j’étais obligé de monter le ton. Et j’ai fait une mission en Inde. J’ai rencontré la direction générale d’Exim-bank et puis le ministère des Affaires Etrangères qui suit ce dossier, avec Lucky, pour leur dire, moi, je souhaiterais que pour aller vite, qu’il y ait les deux équipes : les équipes ivoiriennes et les équipes indiennes. Et qu’en Côte d’Ivoire, il y a beaucoup d’usines et que ce sont les Ivoiriens qui les ont construites. Je ne comprends pas pourquoi, nous on peut faire et puis…C’est parce que c’est votre marché. Lucky peut prendre des entreprises ivoiriennes. J’ai obtenu cela. Et c’est quand j’ai obtenu cela que les travaux mêmes ont commencé à être accélérés. Les entreprises ivoiriennes sont en sous-traitance avec Lucky qui a le marché. Si Lucky n’est pas payé, elles ne peuvent être payées. Voilà un des éléments du grand retard de ce marché » .



Mais comment cette entreprise jugée défaillante aujourd’hui a-t-elle été choisie et quels sont les critères qui ont milité en sa faveur ?


« Le marché n’était adressé qu’aux entreprises indiennes. L’appel d’offre ne s’adressait qu’aux entreprises indiennes. C’est nous qui avons fait l’appel d’offre, le dépouillement, le choix par le biais du code des marchés publics. La Commission d’ouverture de jugement des offres (COJO). Le comité était présidé par le ministère de l’Agriculture, qui était le ministère de tutelle. Il y avait l’ADERIZ et le ministère du Budget. C’est ce comité qui a travaillé, qui a choisi Lucky Export. Les critères, c’était la qualité du matériel, le prix (le coût) ».


Le directeur de l’Agence pour le développement de la filière riz a appris auprès d’un confrère que depuis octobre 2018, tous les travaux sont arrêtés parce que selon lui, la banque indienne a aussi présenté « des défaillances, notamment dans les procédures. Souvent, ils arrêtaient les paiements. Depuis octobre 2018, tous les travaux sont arrêtés. Pendant que des factures étaient en cours de paiement, ils ont tout arrêté. Parce qu’ils ont dit qu’ils ne sont pas surs que Lucky peut finir les travaux. Et que ce qu’ils ont payé, c’est plus que le coût des travaux ».

Et M. Dembélé de souligner que les Indiens ne sont pas satisfaits.


« Les Indiens disent que vous avez fait 16 usines, vous n’avez rien fait encore. Ils ont déjà payé 87%. Ils disent à ce niveau-là, tout doit être fini. Lucky dit que moi, j’ai fait ceci et j’ai fait cela. J’ai des travaux que j’ai faits, payez-moi ces travaux-là et je vais finir le reste du marché. Et ils sont en discussion entre eux depuis octobre 2018 ».


Pendant ce temps, les quelques usines qui sont en voie de finition ont pris des coups, abandonnées qu’elles sont dans la broussaille.


 

Contacté au téléphone, Ansu Bajla, directeur de Lucky Export, nous a renvoyé aux calendes grecques. « On peut parler demain. Parce que je suis en train d’aller à un diner. Ce sera compliqué de parler. Au milieu du diner, il y a beaucoup de monde. Si vous permettez, on peut en parler demain matin ».


Qu’à cela ne tienne. Nous tentons d’avoir la version du principal accusé. Le jeudi 13 février 2020, lors du lancement des activités de la Chambre de Commerce et d’industrie indienne, à l’Espace Event, aux II Plateaux, nous rencontrons enfin, Ansu Bajla. Au cours de nos échanges, il nous a fait savoir que 16 usines ont été construites et que le retard accusé était lié aux difficultés à trouver des sites. Nous avons souhaité avoir un rendez-vous avec lui, pour le lundi 17 février 2020 afin d’avoir des discussions plus approfondies. A l’heure du rendez-vous, il était injoignable. Plus tard, il nous a envoyé un sms : « Je voyagerai à nouveau cette semaine. Pouvez-vous, s’il vous plait, envoyez vos questions par e-mail et je peux vous envoyer la réponse. Merci ».


Nous lui avons envoyé notre adresse e-mail, mais depuis que nous avons demandé la tienne, en vue de lui envoyer notre questionnaire, il n’a plus répondu à nos messages. Même quand nous lui avons envoyé, le lendemain mardi un autre message pour lui faire savoir que nous allons nous en tenir à ce qu’il nous a dit à la cérémonie de lancement des activités de la Chambre de Commerce et d’industrie indienne, il n’a plus répondu à nos messages.


Pour sa part, le directeur résident d’Exim Bank, Tyagi Puspesh, rencontré lui aussi à la cérémonie de lancement des activités de la Chambre de Commerce et d’industrie indienne, soutient que 88% du financement ont été donné à Lucky Export et que, lui, son travail consistait à libérer les fonds. Pas plus. Il n’a pas voulu donner d’autres détails.


Que va faire maintenant l’Etat ivoirien, lui qui devra rembourser les 30 millions de dollars à l’Inde ?


Donatien Kautcha, Abidjan



 
 
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