Côte d'Ivoire : Revalorisation des primes de stage, de la précarité à la dignité pour les jeunes ivoiriens
Pendant longtemps, être stagiaire en Côte d’Ivoire rimait avec débrouillardise, sacrifices et parfois résignation. Dans de nombreuses structures, les jeunes travaillaient sans indemnité ou avec des primes dérisoires oscillant entre 15 000 et 30 000 FCFA, insuffisantes pour couvrir ne serait-ce que le transport ou le déjeuner. Mais depuis janvier 2026, une réforme majeure est venue bouleverser cette réalité : la revalorisation des primes de stage au niveau du SMIG, fixée désormais à 75 000 FCFA pour les stages de qualification.
Annoncée le 10 décembre 2025 à Abidjan par Mamadou Touré, cette mesure s’inscrit dans le cadre du Programme national de stages, d’apprentissage et de reconversion (PNRSA). Elle vise à harmoniser les primes et à redonner toute sa valeur au statut de stagiaire. Concrètement, ce sont 15 349 jeunes en stage de qualification qui voient leur prime passer de 45 000 à 75 000 FCFA, 6 640 stagiaires écoles de 15 000 à 25 000 FCFA, et 10 000 bénéficiaires des THIMO de 55 000 à 75 000 FCFA.
Mais au-delà des chiffres, c’est un véritable changement de paradigme qui s’opère sur le terrain.
À 22 ans, KOUAMÉ Kan Thierry, étudiant en troisième année de géographie, se souvient de son passage au programme Carte Jeune comme d’une expérience charnière. « Les 75 000 FCFA que je percevais chaque mois m’ont permis non seulement de subvenir à mes besoins universitaires, mais aussi d’acheter des documents essentiels à ma formation », confie-t-il. Pour lui, cette prime n’est pas un simple appui financier : elle représente une reconnaissance concrète de son engagement.
Même son de cloche chez KOUADIO N’DA Jean Sylvanus Famissie, bénévole depuis janvier. En deux mois, il a perçu 150 000 FCFA, auxquels s’ajoute un bonus de 25 000 FCFA. « Cela m’a aidé à acheter des articles nécessaires et à faire face à certaines dépenses essentielles », explique-t-il, soulignant également les compétences acquises en travail d’équipe et en collecte de données.
Pour Danielle KOUAMÉ, cette réforme a rendu son stage de qualification « plus serein ». Durant six mois, elle a pu concilier apprentissage et stabilité financière. « Cette prime m’a permis de couvrir mes dépenses de transport et d’alimentation. Cela change tout : on est plus concentré, plus motivé », affirme-t-elle. Elle évoque aussi un gain en assurance, en leadership et en professionnalisme.
Hermince KOUAKOU partage cette même réalité. Engagée dans le Programme Emploi Jeunes, elle insiste sur l’impact concret de cette revalorisation : « Cela m’a permis de vivre mon stage dans de meilleures conditions. On ne se sent plus comme une charge ou une main-d’œuvre gratuite, mais comme un acteur à part entière. »
Car c’est bien là toute la portée de la réforme : transformer le regard porté sur le stagiaire. Désormais, il n’est plus considéré comme un simple exécutant ou un coursier, mais comme un pré-employé, un jeune en formation dont la contribution mérite rémunération. Cette évolution marque une rupture avec une époque où l’on « aidait » les stagiaires par pitié ; aujourd’hui, on les rémunère pour leur travail.
Dans un contexte de cherté de la vie, cette mesure apparaît aussi comme une réponse pragmatique aux difficultés quotidiennes des jeunes. Pouvoir payer son transport, se restaurer correctement, voire économiser un peu, constitue un levier important pour l’autonomie. Le passage est clair : de la survie à la motivation.
Au-delà des bénéficiaires directs, l’impact se fait sentir sur l’ensemble de l’écosystème. Les jeunes deviennent plus engagés, plus assidus, tandis que les entreprises sont incitées à adopter des pratiques plus responsables. À terme, cette dynamique pourrait contribuer à réduire le chômage en facilitant une insertion professionnelle plus efficace.
En revalorisant les primes de stage, l’État ivoirien envoie un signal fort : investir dans la jeunesse, c’est investir dans l’avenir. Une vision qui place l’insertion professionnelle au cœur des priorités et qui, sur le terrain, commence déjà à transformer des parcours de vie.
Jean Chresus, Abidjan
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