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Un équipage sanitaire américain débordé par la pauvreté au Togo
 
::Koaci.com Lomé::

Il y a déjà un peu plus d’un mois, le bateau sanitaire américain « Mercy Ships Search Mercy Ships » mouille dans les eaux du port autonome de Lomé-Togo. Mission, aider les Togolais souffrant de tout mal lié à la santé. Les médecins font des opérations chirurgicales, traitent simplement aussi. A voir l’affluence, on comprend aisément comment les Togolais souffrent avec leurs maux, incapables de se faire soigner, faute de moyens. Nous sommes dans l’enceinte de l’Ecole Supérieure de Théologie pour l’Afrique de l’Ouest (ESTAO). Là, le personnel de Mercy Ships Search Mercy Ships est chargé de traiter les maux d’yeux seulement. D’autres maux se traitent au Centre de Santé d’Adidogomé ou ailleurs. Lorsque le cas nécessite une intervention chirurgicale, rendez-vous est donné sur le bateau au port.

Difficile d’avoir le numéro de soins

A l’ESTAO, les soins se font les mardi et jeudi. Nous avons suivi les patients hier. Déjà la veille, des dizaines, voire des centaines d’hommes, femmes (la majorité) et enfants, s’agglutinent au portail de l’ESTAO. Il est à peine 23h. Ils sont déjà bien là, couchés à même le sol, sur une natte ou encore sur un pagne étalé ; couchés comme dans les camps des réfugiés. Ne sont-ils pas des réfugiés dans leur propre pays ?

« Je suis ici depuis 20h », clamait une femme, d’un ton amer. A savoir pourquoi, elle répond : « Si tu viens vite, tu peux avoir le numéro. C’est par ce numéro que le Blanc vous traite. Or si tu viens le jour-même, tu es en retard. On vous dira que les numéros sont finis ».
En effet, des numéros sont écrits sur de minuscules planchettes d’à peine 3 cm2 comme le font les gardiens de motos en ville. Avant l’arrivée du Blanc, les contremaîtres distribuent ces numéros aux premiers venus. Par jour, officiellement, ils distribuent jusqu’à 250 numéros. Or, le docteur traite un peu plus de 300 patients.

Des scènes pitoyables

Il est un peu après minuit. Les gardiens du lieu ouvrent le portail du Centre. Comme une nuée d’hirondelles, les patients prennent d’assaut l’enceinte de l’ESTAO. Chacun veut rentrer le premier, afin d’avoir le numéro. « Doucement et du calme, sinon vous ressortez », lance un gardien qui ne peut être entendu dans ce tintamarre. « Je suis là depuis 20h, je dois entrer » clame une femme. Une autre renchérit : « moi je suis même venue à 19h ! ». Tous se bousculent. Sous la force de la foule, les gardiens cèdent. Tous se dirigent vers le lieu de rassemblement, derrière le grand temple. Là, ils doivent prendre leur mal en patience. Ceux qui le peuvent, dorment dans les chaises en plastique. Le calvaire ne fait que commencer. Ils n’auront les numéros qu’à 4h du matin.

Comme pour punir les hommes, les Togolais de on ne sait quoi, une curieuse chaleur traverse la foule. Des moustiques piquent, les arbres sont figés. Une femme dans la foule crie : « quand la guerre éclate au pays des morts, les revenants rangent leurs effets » (traduction littéral du dicton de la femme) pour symboliser la scène insolite qui se déroule.
Il est 4h 25mn, les gardiens distribuent les fameux numéros. Il y en a qui n’en ont pas eu. On comptait plus de 500 patients pour 250 numéros. Des vociférations de désapprobations traversent la foule. « Je dois avoir mon numéro si non, c’est les araignées (Ndlr : forces de maintien de l’ordre) qui vont venir régler le problème ici aujourd’hui », tonnent quelques femmes qui n’ont pas eu le sésame. « Du calme, voyons ! Du calme !... », conseille un contremaître qui ajoute : « si vous faites du calme, chacun sera servi par le Blanc. Lui, il aime le calme et l’ordre… ».

En attendant 8h, heure du début des consultations, un pasteur prend en « otage » les patients pour une évangélisation. « Priez ! dit-il, car c’est Dieu qui est le grand guérisseur ». Il entonne une chanson religieuse, reprise en chœur par les malades !

Signe de la souffrance

Des centaines de malades se font consulter deux jours par semaine. S’agissant du nombre exact traité à ce jour depuis le début, un contremaître affirme : « nous, nous ne nous occupons pas du chiffre. Ce qui nous intéresse, c’est de guérir des gens. Et Dieu merci, nous en guérissons beaucoup et nous sommes ainsi heureux ».

Un couturier qui vient d’obtenir les verres médicaux gratuitement témoigne : « Il y a des années que je ne travaille plus à cause de mes yeux. On m’a prescrit des verres médicaux. Quand je me suis renseigné sur le prix, on m’a dit 210 000 F. Je ne peux pas, … Aujourd’hui, les Blancs de Mercy Ships Search Mercy Ships m’ont sauvé », termine-t-il la voix tremblante d’émotion.

Ce témoignage est celui des centaines de Togolais qui croupissent dans le dénuement total, ne peuvent se faire soigner car les soins coûtent très cher plus que leur bourse. Combien de fois des patients n’ont pas fui leur lit d’hôpital pour aller mourir à la maison ?
Ainsi, le problème de la santé des Togolais se pose. 50 ans après les indépendances, qu’en avons-nous fait ? La question reste posée.
 
 
5664 Visit(s)    0 Comment(s)   Add : 16/04/2010
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