Côte d'Ivoire : Produits cosmétiques non-autorisés, des ONG lancent un ultimatum à l'AIRP, « une semaine pour publier la liste des 2 639 produits dangereux, sinon sinon...»
Porte-parole du collectif (Ph Koaci)
À travers un entretien accordé ce mercredi 1er juillet 2026 à la presse, le président du Collectif des ONG de lutte contre la dépigmentation et des produits non conformes en Côte d'Ivoire, également président de l'ONG CEMC-CI et coordonnateur national du programme de prévention contre la dépigmentation, Marcellin Doh, a durci le ton contre l'Autorité ivoirienne de régulation pharmaceutique (AIRP). Tout en saluant la reconnaissance officielle de l'existence de milliers de produits cosmétiques dangereux sur le marché ivoirien, il dénonce le refus de l'institution de rendre publique la liste des produits concernés et lance un ultimatum d'une semaine avant une nouvelle offensive médiatique et institutionnelle.
Revenant sur la récente communication de l'AIRP annonçant la présence de 2 639 produits cosmétiques non autorisés ou à haut risque sur le marché ivoirien, Marcellin Doh affirme partager le constat de l'autorité sur la dangerosité de certains produits. Selon lui, cette reconnaissance officielle confirme ce que les organisations de la société civile dénoncent depuis plusieurs années. Toutefois, il estime que cette annonce demeure incomplète tant que la liste détaillée des produits concernés n'est pas portée à la connaissance des populations.
Le responsable associatif explique avoir adressé, le 8 juin dernier, un courrier officiel à l'AIRP afin d'obtenir la publication de cette liste ainsi que les critères ayant permis de déclarer certains produits conformes et d'autres non conformes. Il affirme également avoir saisi le ministre de la Santé afin que celui-ci intervienne auprès de l'autorité de régulation pour obtenir davantage de transparence. À ce jour, déplore-t-il, aucune réponse n'a été apportée à ces différentes correspondances.
Pour Marcellin Doh, cette absence de réaction suscite de nombreuses interrogations. Il s'interroge notamment sur la réalité des analyses qui auraient été réalisées sur les produits incriminés et réclame la publication des certificats d'analyses ainsi que l'identité des laboratoires ayant procédé aux contrôles. Selon lui, l'AIRP, en tant qu'institution chargée de protéger la santé publique, a l'obligation de faire preuve d'une transparence totale vis-à-vis des consommateurs.
Le président du collectif estime également que le délai écoulé entre le lancement de l'opération de collecte des données, amorcée selon lui en 2024, et la publication du communiqué en 2026 reste difficilement compréhensible. Il juge anormal que, malgré l'identification de plusieurs milliers de produits considérés comme dangereux, les populations continuent d'ignorer leur identité pendant que ces produits demeurent disponibles sur le marché.
Au cours de cet entretien, Marcellin Doh a multiplié les interrogations sur les raisons de ce silence. Il se demande si l'AIRP a effectivement réalisé les analyses annoncées et évoque la possibilité de compromis avec certains opérateurs économiques, tout en précisant que ces questionnements seront davantage développés lors d'une prochaine conférence de presse.
Le responsable associatif critique également le fonctionnement global de l'autorité de régulation. Il estime que l'AIRP ne constitue plus, selon lui, le modèle adéquat pour assurer efficacement la sécurité sanitaire des consommateurs ivoiriens dans le domaine des produits cosmétiques, des produits d'hygiène corporelle et de certains produits paramédicaux. C'est dans ce contexte que son organisation affirme avoir adressé un courrier au Premier ministre afin de solliciter une révision de la gouvernance du secteur cosmétique.
Marcellin Doh indique toutefois que son organisation bénéficie d'un accompagnement institutionnel des ministères de la Femme, de la Famille et des Enfants ainsi que de la Santé. Il affirme que plusieurs échanges techniques ont déjà eu lieu avec les services compétents de ces départements ministériels afin d'exposer les préoccupations de la société civile sur les risques liés aux produits cosmétiques.
L'entretien a également permis d'évoquer le cas de plusieurs produits retirés du marché béninois par l'autorité de régulation de ce pays en raison de leur caractère potentiellement cancérigène. Selon Marcellin Doh, certains de ces produits continueraient pourtant d'être commercialisés en Côte d'Ivoire, y compris dans des pharmacies. Une situation qu'il juge particulièrement préoccupante et qui, selon lui, renforce les interrogations sur l'efficacité du dispositif de contrôle actuellement en vigueur.
S'adressant directement aux consommateurs, le président du collectif appelle les populations à faire preuve d'une extrême vigilance dans le choix des produits cosmétiques et d'hygiène corporelle. Il recommande de privilégier les avis des médecins et des dermatologues avant toute utilisation de produits susceptibles de contenir des substances dangereuses pouvant provoquer, selon lui, diverses pathologies, notamment des maladies métaboliques.
Avant de conclure, Marcellin Doh a lancé un appel solennel aux plus hautes autorités de l'État, notamment au ministre de la Santé, au ministre de la Femme, de la Famille et des Enfants, au Premier ministre, chef du gouvernement, ainsi qu'au vice-président de la République, afin qu'ils prennent toutes les dispositions nécessaires pour garantir la protection sanitaire des populations.
Enfin, il a annoncé un ultimatum adressé à l'AIRP. L'organisation accorde une semaine à l'autorité pour publier officiellement la liste des 2 639 produits dangereux, les résultats détaillés des analyses ainsi que les éléments justificatifs réclamés. À défaut, une conférence de presse sera organisée pour dévoiler les informations recueillies par les ONG.
Marcellin Doh prévient qu'à cette occasion, son collectif demandera officiellement la démission du directeur général de l'AIRP, qu'il considère comme « un obstacle à la protection de la santé des populations ivoiriennes ».
Jean Chresus, Abidjan
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