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TRIBUNE: Ignorance coupable
 

:: CONTRIBUTION POSTÉE LIBREMENT PAR UN KOACINAUTE ::

INNOCENCE MEURTRIÈRE

(3ème partie de LA PÉDAGOGIE DU NON)
« Et nous voilà en permanence placés au cœur de la dialectique du verbe. Que savons nous des faits si nous n’en savons que ce qu’affirment les révélations, les discours, les proclamations ? ».

Huenumadji Afan dans "l’évangile Chaka", page 12 éditions l’harmattan 2006
Le printemps dernier à Château Rouge, cette sorte de quartier commercial africain au cœur de Paris, une mère de famille, mains chargées de sacs plastiques, se fraye un chemin dans une foule dense de noirceur et de parfum lourd mêlés aux émanations musquées d’aisselles poilues.

Dame Michèle hâte le pas vers l’abribus dont le toit, peint en rouge, surplombe cette marée noire et sert, à plus d’un, de repère vers le trou de métro creusé là comme exprès pour avaler, pareille à une gueule de méchante vipère, la racaille parisienne bizarrement endimanchée et qui semble ne communiquer qu’en se parlant fort.
Une menue main dont la propriétaire est la benjamine d’une fratrie composée de trois adorables fillettes la retient soudain. Elle se tourna vers ses enfants qui, remarquant de gros oiseaux dans une cage en roseaux tressés voulaient marquer une pause-observation-achat.

- Maman prends nous ces oiseaux ! qu’ils sont gros et mignons ! S’il te plaît maman !
- C’est des jeunes poules, presque des poussins encore, répondit Maman Michèle tout
en continuant son chemin, fatiguée par les va-et -vient dans ce lacis de ruelles encombrées de marchandises et de racoleurs aux yeux vifs qui vous bousculent sans ménagement à l’approche de policiers qui de temps en temps font des descentes pour débusquer vendeurs illicites et trafiquants de tous poils.

Mais les enfants étaient restées devant la cage, les yeux pétillant d’admiration devant le beau plumage de ces volatiles qui répondent gentiment à la caresse par un couinement en rabaissant le dos. La mère revint sur ses pas. Une messe basse avec ses enfants toutes de rose vêtues. Echanges de baisers sonores.

La famille rentra gaiement chez elle, dans le 94, rue Léopold Senghor à Choisy Le Roi avec deux jolies bêtes.
Six mois s’écoulèrent depuis ce jour.
Aujourd’hui la Micheline est devant les tribunaux pour répondre d’homicide involontaire. Les faits qui lui sont reprochés : incitation au suicide. En effet la cadette de ses enfants s’était défenestrée, convaincue que tôt ou tard sa maman l’égorgerait un jour, elle aussi, comme elle l’a fait sans état d’âme, à fanny et fat, ces beaux oiseaux que tout le monde adorait et dont elle-même disait en être fière depuis le jour de leur acquisition.

- Madame, savez vous qu’il est interdit de tuer les animaux chez soi ? lança le juge serein.
- Comment ? Mais monsieur ce sont des poules et voulez vous que je les mange vivantes ?
- Vous avez égorgé fanny et fat chez vous sans autorisation, puis vous avez forcé vos enfants à en manger. .. Madame cela est bien grave ! Remarquez, maître, continua t-il en s’adressant au petit homme blême en robe noir assis à côté de l’accusée et qui bougeait sans cesse la tête comme un colibri. remarquez Maître Assuivi que je ne veuille pas retenir l’outrage à magistrat dans cette affaire et parlez à votre cliente immédiatement; admonestait le juge avec une voix dont la tonalité trahit une rigidité sans concession.
- Où voudriez vous que je tue mes pauvres poules, hein?
S’énerva madame Michèle N’Dombé, exaspérée par ces questions qu’elle jugeait déplacées et sans aucun lien avec la mort de son enfant qu’elle pleure encore.
« Comment voulez-vous, questionna t- elle, que je les tue sans les égorger, hein ? N’importe quoi ! « Tous les africains tuent toujours comme ça les coqs et le sang on le recueille dans un bol…
- Arrêtez s’il vous plait, interrompait le juge visiblement incommodé. Faire devant cette cour de gens civilisés cette description de pratiques vampiriques, c’est le comble. Nous ne sommes pas en brousse ici, est-ce clair ?

Le colibri, après avoir jeté un regard désapprobateur vers le juge qui se reprend « autant pour moi, autant pour moi ! », se pencha alors vers la femme et lui souffla dans les oreilles qu’elle indisposait l’assistance ; qu’il s’agissait bien de poules et non de coqs ; qu’il a un plan à lui et que son ton à elle doit être respectueux ; au bout du compte le jury risquait de lui être défavorable. Puis il la conseilla avec insistance de ne pas « avouer » qu’elle buvait du sang… A ces mots, la dame repoussa violemment son avocat qui cogna de la tête contre la banquette derrière lui et perdit momentanément ses esprits -qu’il avait d’ailleurs loin de cette cour depuis l’annonce ce matin même par un de ses pairs de la signature du divorce de sa femme.
- « Ça va pas chez toi aussi ? Merde alors ! Ces gens-là, regardez, regardez, hein ; ils nous prennent pour quoi ? Ce n’est pas assez que je perde mon enfant, hein ? Je n’ai plus un sou et cette viande nous a sauvées à la maison » vociférait la dame. Ses cris hystériques couvraient la salle d’un halo devenu insoutenable. Une dizaine de gardes accoururent et se jetèrent sur elle comme des hyènes sur des dépouilles fraiches et sanguinolentes. Elle n’opposa aucune résistance. Mais lorsqu’elle sortait de la salle emmenée par des colosses tout excités qui l’attachèrent à lui couper les poignets ; elle tira la langue à ceux qui lui lançaient « sorcière ! Cannibale ! Pov’conne !». Certains, interloqués, pris de court par cette succession d’événements singuliers ne comprirent rien de ce qu’il se passait. Ils applaudirent. Comme ça.

Le lendemain un Journal français titrait : « L’Ogre de Choisy le Roi écopa de 20 ans de prison ferme ». Un autre, l’un des gros tirages : « Après avoir égorgé sa fille, une mère de famille africaine tente en plein procès de tuer son avocat. Elle est internée dans la prison psychiatrique de Fresnes en attendant son transfert vers la Prison de Fleury-Mérogis ». Un autre enfin soulignait à la Une : « la sorcière parle à ses congénères invisibles lors de son procès ». La presse internationale qui, elle aussi, s’était saisie de l’affaire raconte que les deux autres enfants seront confiées à une famille d’accueil européenne et seront suivies par une psychiatre pédopsychologue pendant au moins quatre années. Selon une source proche du dossier il semble que la mère aurait dîné avec une famille revenue du Congo où sévit encore la fièvre Ebola particulièrement destructive des cellules cognitives. Le « Deutscher Zeitung » ainsi que le « London News For All » conseillent aux ressortissants européens d’éviter tout déplacement vers l’Afrique centrale notamment la région des Grands Lacs. Un journaliste proche des milieux noirs, spécialiste de l’immigration, spécialiste des dictatures trentenaires, grand défenseur des immigrés en situation irrégulière, réclame des tests pour s’assurer que les enfants n’ont pas hérité des dysfonctionnements psychosomatiques de leur mère et plaide pour sa relaxe pure afin qu’elle suive des soins dans un hôpital psychiatrique de Créteil-Vaucluse, centre créé et financé par l’Etat Français et le Fonds Européen d’Entraide. Il déplore dans une belle diatribe les gaspillages faits par la Majorité en créant ces établissements restés moitié vides.

QUE DIRE ?

Que le combat contre l’ignorance sous toutes ses formes est un combat vital. Que c’est à travers elle par exemple, que les despotes maintiennent le peuple dans le servage sans fin. Que les leaders-contradicteurs eux-mêmes ignorants des aspirations profondes de nos peuples les conduisent toujours dans des impasses au nom d’une opposition qui ne réclame au peuple que ses suffrages. Par ignorance, le citoyen s’illusionne continuellement devoir son salut aux aboyeurs circonstanciels qui travaillent à lui obscurcir davantage la vue.

La performance de la machine d’animalisation, les amitiés autoproclamées qui subtilement tirent vers le bas, les discours séduisants dont la confection ne prend que le temps d’un souper, doivent nous inciter à ne point dormir sur quelques lauriers complaisamment octroyés et dont les bénéficiaires que nous sommes, sommes tenus d’être pour toujours reconnaissants. Ce serait, ce faisant, admettre que l’autre est fait d’une matière autre que la nôtre ! Ignorance crasse ! Acceptons d’être ingrats envers nos frères qui, durent-ils oser à un moment critique de l’histoire de nos pays, s’arrogent le droit de nous maintenir en laisse comme des chiens dociles. Sentinelles d’hier sentinelles de toujours ; oui. Sentinelles qui donnent voix à ceux qui en sont privés.

Paris, le 10 Février 2011
Pour l’Organisation 3G, le conseiller en communication

Anani Alex GL



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