Cameroun : Qui a tué la franco camerounaise Marie-Louise Mballa dont la mort ébranle le pays ?
Marie-Louise Mballa (ph)
L'affaire Demontreuil secoue le Cameroun depuis plusieurs semaines. Les réseaux sociaux grondent et l'opinion publique exige la vérité sur l'assassinat brutal de Mme Demontreuil, née Mballa Ntsama Marie Louise, survenu début janvier 2026 à Yaoundé.
Le 7 janvier 2026, le corps sans vie et décapité de Marie-Louise Mballa est découvert à son domicile du quartier Mvan, lieu-dit Complexe Beac à Yaoundé. La Franco-camerounaise, figure respectée de la communauté Ekang, venait tout juste d'arriver au Cameroun après un périple éprouvant entre trois continents.
Son itinéraire des dernières semaines révèle le rythme intense de sa vie : partie de France pour l'Amérique du Nord afin de célébrer Noël avec son enfant, elle avait quitté le continent américain le 29 décembre pour retourner en France enterrer les restes de son défunt mari, décédé en novembre 2025. Elle était arrivée au Cameroun le 4 janvier 2026, trois jours seulement avant sa mort tragique.
Les circonstances du meurtre sont particulièrement atroces. La victime a été poignardée avec une violence extrême, son corps portant de multiples blessures affirment des témoignages. Selon les éléments de l'enquête, les agresseurs se sont introduits méthodiquement dans la propriété et ont occupé les lieux pendant près de 24 heures, organisant leur départ pour retarder la découverte du corps. Des personnes proches de l’enquête évoquent l'absence de traces d'effraction et de lutte, ce qui d’après eux suggère que l'agresseur était une personne de confiance.
Arrestation
L'enquête a franchi une étape importante avec l'arrestation du gardien de la victime, principal suspect qui avait pris la fuite après la découverte du corps. Son interrogatoire se poursuit actuellement pour identifier les commanditaires potentiels et établir les motivations réelles de ce meurtre qui a choqué la communauté Ekang et le pays tout entier.
Selon nos informations, les enquêteurs explorent plusieurs hypothèses pour élucider ce crime.
D’abord, le mobile foncier : Cette piste apparaît comme la plus probable. Selon l'universitaire et homme politique Vincent-Sosthène Fouda, l'affaire serait liée à un litige foncier d'envergure impliquant un terrain de 9 000 m² situé au quartier Tongolo, estimé à plus de 2 milliards de francs CFA. Toujours selon Vincent-Sosthène Fouda, ce terrain aurait été cédé à un prix dérisoire par une tante de la victime à un puissant homme d’affaires, magnat du poisson au Cameroun, sénateur du Rdpc au pouvoir. Marie-Louise Mballa s'était opposée avec véhémence à cette transaction qu'elle qualifiait de forfaiture.
Vient ensuite, la piste du conflit familial : les enquêteurs examinent également d'éventuelles tensions internes et rivalités au sein du cercle familial élargi de la victime.
Enfin, l'acte isolé : L'hypothèse d'un crime crapuleux commis par un proche collaborateur reste également à l'étude.
Femme opposée aux prédateurs fonciers
Marie-Louise Mballa n'était pas une adversaire facile. Toujours selon Vincent-Sosthène Fouda, cette femme à poigne avait remporté plusieurs procès contre le milliardaire impliqué dans le litige foncier. Elle représentait un obstacle majeur pour celui que certains qualifient de « prédateur foncier ». Des sources évoquent même des menaces écrites qui auraient été adressées à la victime.
Bien que le nom de Sylvestre Ngounchingue, homme d'affaires influent originaire de l'ouest du pays, soit régulièrement cité dans l'opinion publique concernant ce litige foncier, aucune preuve formelle n'établit son implication dans l'assassinat à ce stade de l'enquête.
Vincent-Sosthène Fouda convoqué à la gendarmerie
Le dossier prend un nouveau tournant avec la convocation de Vincent-Sosthène Fouda, qui a publiquement évoqué les liens entre le meurtre et le litige foncier. Une plainte a été déposée contre lui suite à ses accusations. Il est attendu ce mercredi 21 janvier 2026 à 10h dans les bureaux de la gendarmerie nationale, pour s'expliquer sur ses déclarations concernant la transaction foncière impliquant l'acquisition par l'homme d'affaires de 9 000 m² de terrain auprès de la tante de la victime.
L'affaire Demontreuil révèle une fois de plus la violence des conflits fonciers au Cameroun et pose la question de la protection des citoyens face aux intérêts économiques puissants. Sur les réseaux sociaux camerounais, l'émotion est vive et les appels à la justice se multiplient.
Marie-Louise Mballa ne méritait pas une telle fin. Un terrain, aussi précieux soit-il, ne devrait jamais justifier la mort horrible d'une femme qui avait encore de beaux jours devant elle. L'enquête en cours devra établir toute la vérité et identifier les responsables de ce crime odieux qui a ébranlé la conscience collective camerounaise.
-Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun.
-Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au 237 691154277-oucameroun@koaci.com
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