Cameroun : Pavillon camerounais, comment des navires fantômes naviguent dans l'illégalité
Des bâtiments radiés des registres officiels continuent de battre pavillon camerounais grâce à des identifiants délivrés par l'État lui-même. Un communiqué du ministre des Transports lève le voile sur un système de fraude tentaculaire.
C'est un communiqué du ministre des Transports qui fait l'effet d'une bombe dans le monde du transport maritime. Le 29 mai 2026, Jean Ernest Masséna Ngallè Bibehe, ministre des Transports et Autorité maritime du Cameroun, a rendu public un communiqué-radio-presse révélant l'existence d'un réseau structuré de fraude au pavillon national. Derrière cette annonce, une réalité troublante : l'État camerounais a lui-même, sans le savoir, fourni les outils qui ont permis cette fraude de prospérer.
Navires morts qui naviguent
La première irrégularité identifiée par les enquêteurs est peut-être la plus révélatrice des failles du système. Plusieurs navires officiellement radiés des registres d'immatriculation du Cameroun continuent de naviguer en arborant le pavillon national. Comment ? Grâce à des identifiants radioélectriques -les balises permettant d'identifier un navire en mer -que l'État n'a jamais désactivés après radiation. Ces bâtiments, inexistants sur le papier, sont pourtant bien réels sur l'eau.
À retenir
Les identifiants radioélectriques sont des codes uniques attribués par l'État à chaque navire immatriculé. Ils permettent leur identification par les autorités maritimes, les ports et les autres navires. Ne pas les révoquer après radiation revient à laisser un véhicule accidenté circuler avec une plaque d'immatriculation valide.
Violations
Au-delà des navires fantômes, les investigations menées par les services du ministère ont montré d'autres cas alarmants. Des navires en activité opèrent sous pavillon camerounais en violation flagrante des conventions maritimes internationales en vigueur. Plus grave encore, certains d'entre eux font déjà l'objet de sanctions internationales — ce qui signifie que le nom du Cameroun se retrouve associé, malgré lui, à des activités frappées d'interdiction par la communauté internationale.
Le troisième volet de la fraude est plus inattendu : des plateformes web, hébergées aussi bien au Cameroun qu'à l'étranger, procèdent à l'attribution frauduleuse du pavillon camerounais à des navires. En dehors de tout cadre légal et réglementaire, ces sites monnayent une immatriculation fictive, ouvrant la voie à l'utilisation du drapeau camerounais par des opérateurs qui n'en ont aucun droit.
L'État réagit, mais les questions demeurent
Prescrite directement par le Premier ministre, Chef du Gouvernement, l'opération d'assainissement se traduit par des mesures concrètes : radiation et dénonciation des navires incriminés, saisine des autorités nationales et internationales compétentes. Le ministre Ngallè Bibehe dit compter sur "la collaboration responsable de l'ensemble des administrations concernées" pour garantir le succès de l'opération.
Mais une question centrale reste en suspens : comment des identifiants radioélectriques ont-ils pu rester actifs après la radiation officielle des navires concernés ? Cela suppose une défaillance dans la chaîne de traitement administrative — et soulève la possibilité de complicités internes que les autorités n'ont, pour l'heure, pas évoquées publiquement.
Le Cameroun entend préserver sa crédibilité sur la scène maritime internationale. L'ampleur réelle du réseau de fraude, et l'efficacité des mesures annoncées, seront les véritables tests de cette volonté affichée.
-Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun.
-Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au 237 691154277-ou cameroun@koaci.com
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