Cameroun : Figuil, les coupures d'électricité plongent une cimenterie de plus de 50 milliards dans l'obscurité
usine de ciment de Figuil dans le Nord du Cameroun (Ph)
Le pari industriel de rapprocher la production de ciment des marchés septentrionaux du Cameroun se fracasse aujourd'hui contre un mur énergétique. L'unité de production de Cimencam implantée à Figuil, dans la région du Nord, a dû suspendre ses activités après avoir été déconnectée du Réseau Interconnecté Nord (RIN), lui-même victime d'une capacité de production électrique insuffisante.
Inaugurée en grande pompe en juin 2025 par le Premier ministre, cette installation représente un effort financier de 50 milliards de FCFA. Elle était censée produire jusqu'à 500 000 tonnes de ciment annuellement, portant ainsi la capacité globale de Cimencam à 2,3 millions de tonnes par an. Un an à peine après sa mise en service, les machines sont à l'arrêt complet.
La cause est structurelle : le RIN, dont la principale source d'alimentation reste le barrage de Lagdo, ne dispose pas d'une puissance suffisante pour alimenter simultanément les ménages et les industries énergivores comme cette cimenterie. Face à ce dilemme, Socadel a choisi de privilégier les foyers résidentiels, laissant l'usine sans courant.
Répercussions
Les conséquences de cet arrêt forcé se font déjà sentir à plusieurs niveaux : A Maroua, le sac de ciment s'est envolé, atteignant entre 8 500 et 10 000 FCFA selon les points de vente, contre des tarifs bien inférieurs lorsque l'usine tournait normalement. Dans le même temps, les projets d'infrastructures en cours dans les régions du Grand Nord - routes, écoles, bâtiments publics -risquent d'accuser des retards considérables.
Par ailleurs, le Tchad et la République Centrafricaine, qui comptaient sur cette unité pour leurs besoins en matériaux de construction, doivent désormais se retourner vers d'autres fournisseurs.
Autres conséquences, sur place, seul un service minimum de maintenance est assuré, exposant ouvriers et sous-traitants à un chômage technique prolongé.
Selon les économistes, l'ambition de produire localement du clinker — matière première du ciment importée à grands frais — ne peut, dans ces conditions, se concrétiser.
Déséquilibre
Ce scénario révèle un déséquilibre énergétique profond entre le nord et le sud du pays. Tandis que la mise en service du barrage de Nachtigal a considérablement soulagé le réseau méridional, le Grand Nord continue de dépendre quasi exclusivement de Lagdo, infrastructure dont la production reste tributaire des précipitations saisonnières.
Tant qu'une interconnexion entre les deux réseaux ne sera pas réalisée, les projets industriels implantés dans cette partie du territoire resteront vulnérables aux aléas énergétiques. L'exemple de Figuil illustre avec éclat que construire une usine sans sécuriser au préalable son alimentation en électricité revient à bâtir sur du sable - quelles que soient l'ambition affichée et la somme investie.
-Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun.
-Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au 237 691154277-ou cameroun@koaci.com
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