Burkina Faso : Le premier ministre Jean-Emmanuel Ouédraogo appelle à une refondation de l'Union africaine
MM Mahamoud Ali Youssouf et Jean-Emmanuel Ouedraogo (ph)
Le premier ministre burkinabè Jean-Emmanuel Ouedraogo a reçu en audience ce jeudi le Président de la Commission de l’Union africaine, Mahamoud Ali Youssouf, en visite officielle à Ouagadougou, la première depuis sa prise de fonction.
Au cours de l’audience, le Président de la Commission de l’Union africaine Mahamoud Ali Youssouf a salué particulièrement la mobilisation citoyenne en faveur du développement endogène.
Le Chef du Gouvernement a, pour sa part, salué la démarche du Président de la Commission, qui a fait le choix de se rendre personnellement, à Ouagadougou, afin de mieux comprendre les réalités du Burkina Faso et la dynamique engagée dans le pays.
Il a par ailleurs livré,ses principales interrogations sur l’organisation continentale : « L’Union africaine est-elle véritablement une union ? Est-elle véritablement africaine ? ».
Le Premier ministre a relevé que l’ambition d’unité portée par l’organisation continentale s’est progressivement dissipée dans le mutisme et l’insuffisance des actions de solidarité envers les peuples africains confrontés à des menaces existentielles, notamment ceux du Sahel engagés dans la lutte contre le terrorisme.
« On se bat pour exister et, pendant ce temps, à l’Union africaine, on est dans des discours de principe », a-t-il déploré, estimant que l’institution doit aller au-delà déclarations pour apporter des réponses concrètes aux urgences auxquelles les populations africaines sont confrontées.
« Il faut avoir le courage de nommer les choses par leur nom. Ce n’est pas du terrorisme qui sévit au Sahel. Dites-le ! C’est une guerre de recolonisation », a-t-il ajouté.
Le Chef du Gouvernement a également dénoncé la guerre informationnelle menée contre le Burkina Faso et les autres pays de la Confédération des États du Sahel (AES).
« Nous sommes victimes d’un narratif négatif, d’une guerre communicationnelle menée par les parrains du terrorisme, et nous avons l’impression que l’Union africaine est embarquée dans ce narratif », a-t-il déploré.
Le premier ministre burkinabè a également relevé que l’Union africaine, à cause de sa grande dépendance aux financements d'acteurs étrangers impérialistes ne peut défendre les causes africaines.
« La main qui reçoit est toujours en dessous de celle qui donne. Personne ne nous financera par philanthropie. Personne ! », a-t-il déclaré, à son hôte.
« Il faut que l’Union africaine porte, dès maintenant, le combat de la souveraineté de l’Afrique conformément à la vision des pères fondateurs », a-t-il lancé, car le sentiment qui prévaut actuellement est celui d’une Union africaine davantage spectatrice servile qu’actrice de l’histoire du continent et du monde.
Il a invité l’institution Africaine à marquer une pause dans sa marche, afin de procéder à une autocritique profonde de ses orientations et de s’engager résolument dans la défense des intérêts d’une Afrique, aujourd’hui encore martyrisée, exploitée et maintenue dans des rapports de dépendance qui entravent son développement.
« Faites une pause dans la marche de l’institution. Interrogez la jeunesse africaine pour savoir si les actions actuelles de l’Union africaine sont en phase avec les défis du continent », a recommandé le Premier ministre Ouedraogo.
Une telle démarche, indispensable pour rendre l’organisation véritablement utile à l’Afrique et lui permettre de marquer l’histoire, exige du courage et de l’audace, a-t-il indiqué.
Cette refondation devrait notamment concerner son fonctionnement, ses mécanismes de décision, sa proximité avec les peuples ainsi que son mode de financement, afin de lui garantir une plus grande autonomie et une véritable liberté d’action.
« Nous avons compris et reçu ce message. Nous souhaitons que le Burkina Faso continue à interagir avec l’Union africaine. Le Burkina Faso est un pays fondateur de l’Organisation de l’unité africaine, puis de l’Union africaine. À ce titre, il est un membre à part entière de notre organisation et un acteur très important sur le continent », a répondu le président de la commission de l'UA.
Mahamoud Ali Youssouf a également affirmé la détermination de l’organisation continentale à soutenir le Burkina Faso dans la réalisation de ses chantiers prioritaires.
« Le terrorisme est un phénomène que toute l’Afrique doit combattre. À cet égard, la solidarité de l’Union africaine est pleine et entière avec le Burkina Faso. Dans ce combat, nous nous tenons aux côtés du Burkina Faso. Le Burkina Faso n’est pas seul face à ces défis et ne doit pas se sentir seul. L’Afrique est à ses côtés », a-t-il soutenu.
Boa, Ouagadougou
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