Côte d'Ivoire : À Bouaké, chercheurs et experts se mobilisent face à la dégradation sécuritaire en Afrique de l'Ouest
Des participants (ph KOACI)
La 2ème édition des Matinales Géopolitiques du LEPAC a démarré ce mardi 28 et se poursuivra le mercredi 29 juillet 2026 à la salle de conférence de la vice-présidence du campus 1 de l’Université Alassane Ouattara (UAO) de Bouaké. Organisée par l’Université Alassane Ouattara (UAO), le Laboratoire d’Études Politiques Africaines et Comparées (LEPAC), la Fondation Konrad Adenauer Stiftung (KAS) et le Programme SIPODI, cette rencontre scientifique place au cœur des débats le thème : « Nouvelles frontières de l’insécurité en Afrique de l’Ouest : acteurs, dynamiques et réponses ».
Après une première édition tenue en juin 2024, qui avait posé les bases d’un espace de réflexion rigoureux et ancré dans les réalités africaines, les organisateurs réitèrent l’expérience dans un contexte régional marqué par une dégradation accélérée de l’environnement sécuritaire. La progression des groupes armés non étatiques depuis le Sahel vers les pays côtiers, les transitions militaires au Mali, au Burkina Faso et au Niger, l’affaiblissement des mécanismes de coopération régionale et la montée des trafics illicites justifient, selon le LEPAC et la KAS, la nécessité d’une production académique africaine indépendante. L’ambition est de dépasser la simple description des crises pour en analyser les logiques profondes, identifier les acteurs et évaluer les réponses étatiques, régionales et civiles.
Dr Tobias Ruettershoff, Directeur du Programme SIPODI, a rappellé que cette édition intervient à un moment particulièrement sensible pour la sous-région ouest-africaine. Il a souligné que la première édition avait posé les bases d’un espace de réflexion rigoureux et que l’enthousiasme suscité obligeait à aller plus loin. Pour lui, la dégradation de l’environnement sécuritaire, marquée par la progression des groupes armés vers les côtes, les recompositions géopolitiques et l’essor de la criminalité transnationale, appelle des réponses fondées sur la recherche.
« Les réponses durables ne peuvent se construire sans une production scientifique africaine, rigoureuse et indépendante, portée par les chercheurs eux-mêmes », a-t-il déclaré. Il a présenté le partenariat entre la Fondation Konrad Adenauer Stiftung et le LEPAC comme un cadre destiné à offrir à la jeune recherche ivoirienne et sous-régionale les moyens de comprendre les crises et d’évaluer les réponses. En conclusion, il a exprimé le vœu que ces deux journées constituent un moment de dialogue exigeant entre les disciplines et un jalon dans la structuration d’un réseau de chercheurs et d’experts en sécurité entre le LEPAC et le Programme SIPODI.
Les travaux s’articulent autour de quatre conférences thématiques. La première dresse un état des lieux de l’insécurité en Afrique de l’Ouest en interrogeant les dynamiques actuelles et les réponses multi-niveaux, avec un mapping des enchaînements de violence armée et des poches d’insécurité. La deuxième communication explore le lien entre criminalité transnationale organisée et insécurité, en analysant les filières de trafic d’armes, de drogues, d’êtres humains et de ressources naturelles, ainsi que les circuits de blanchiment et leur connexion avec le financement du terrorisme.
Le troisième panel se penche sur les recompositions géopolitiques en cours : implications sécuritaires des transitions militaires, retrait des forces étrangères, rapprochement avec la Russie, évolution du rôle de la CEDEAO et conséquences pour les pays côtiers comme la Côte d’Ivoire. Enfin, la quatrième conférence interroge le rôle des acteurs non étatiques dans la gouvernance sécuritaire. Organisations de la société civile, médias, leaders religieux et communautaires sont examinés au prisme de leur contribution à la prévention des conflits et à la consolidation de la paix.
Au-delà des conférences, une session libre est prévue sous la forme de discussions en groupes et de travaux dirigés sur le thème « De l’insécurité à la Culture de la paix ». La méthodologie prévoit 25 à 30 minutes de présentation par conférencier, suivies d’échanges avec le public. La participation est prévue en présentiel et en ligne. Un rapporteur désigné produira une synthèse à l’issue de chaque journée, destinée aux partenaires institutionnels et académiques.
Les Matinales réunissent des étudiants de Master et de Doctorat en science politique et en sciences sociales, des enseignants-chercheurs de l’UFR des Sciences Juridiques, Administratives et Politiques, des représentants du Programme SIPODI, des experts, praticiens, journalistes spécialisés et des acteurs de la société civile engagés sur les enjeux de paix et de sécurité.
L’objectif est de renforcer les savoirs et savoir-faire nécessaires à l’analyse des dynamiques sécuritaires contemporaines, de favoriser les échanges interdisciplinaires entre science politique, droit, sociologie et relations internationales, et de contribuer au débat académique et politique en Côte d’Ivoire et dans la sous-région.
Dans son allocution, le Professeur Silué Nanga, Directeur de l’UFR SJAP, a rappelé que le monde est en ébullition et que la géopolitique est plus que jamais la science des enjeux mondiaux. Il a souligné que la conflictualité en Afrique change de visage, avec une verticalité qui déstabilise les États et une horizontalité qui dérange les sociétés, ce que Frédéric Ramel nomme la « désintégration par le bas ».
Pour lui, l’insécurité est devenue une pathologie sociale qui appelle la pensée académique à retrouver sa place face au bruit et à la fabrique précipitée du savoir. Il a présenté les Matinales comme un espace de discussion et de production d’idées, forgé par le LEPAC en collaboration avec la Fondation Konrad Adenauer, dans une urgence de « réarmer la pensée géopolitique ».
TK Emile
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