Côte d'Ivoire : Cacao, après le rachat des 100 000 tonnes, l'OIA Café-Cacao sommée de rendre des comptes, l'organisation face à l'épreuve de la transparence
Alors que l’opération de rachat des 100 000 tonnes de stocks de cacao inventoriés est désormais achevée, les interrogations sur sa mise en œuvre et son bilan commencent à se faire entendre. Dans une lettre datée du 10 août 2026 adressée au Conseil du Café-Cacao, le Collectif des Organisations Professionnelles Agricoles (COPA-CI) demande notamment la publication des listes des coopératives et structures inventoriées, des volumes concernés ainsi que des bénéficiaires effectifs de l’opération et des quantités enlevées. Mais, au regard du dispositif présenté lors du lancement de l’opération, les principales réponses sont désormais attendues de l’Organisation Interprofessionnelle Agricole Café-Cacao (OIA Café-Cacao), à qui la conduite de l’opération avait été confiée.
L’opération de rachat des 100 000 tonnes de stocks de cacao inventoriés est arrivée à son terme. Avec cette clôture, une question s’impose désormais aux acteurs de la filière : quel bilan peut être tiré de cette opération et dans quelles conditions les volumes ont-ils été effectivement attribués et enlevés ?
La question prend une nouvelle dimension avec la démarche du Collectif des Organisations Professionnelles Agricoles (COPA-CI). Dans une lettre en date du 10 août 2026 adressée au Conseil du Café-Cacao, le collectif réclame davantage de transparence sur le déroulement de l’opération.
Parmi les informations demandées figurent notamment la liste complète des coopératives et structures inventoriées, les volumes correspondants, mais également la liste des coopératives et structures ayant effectivement bénéficié du programme de rachat, avec les quantités de cacao enlevées pour chacune d’elles.
Des demandes qui touchent directement à la transparence et à la redevabilité dans la gestion d’une opération portant sur un volume considérable de cacao.
Si le programme avait initialement été engagé avec le Conseil du Café-Cacao à la fin du mois de janvier 2026, sa conduite aurait ensuite été confiée à l’Organisation Interprofessionnelle Agricole Café-Cacao (OIA Café-Cacao).
Selon les éléments communiqués lors d’une rencontre tenue le 9 avril 2026 à l’auditorium de la Caistab, au deuxième étage, l’OIA Café-Cacao avait alors annoncé avoir obtenu du Conseil du Café-Cacao la gestion de l’opération de rachat des 100 000 tonnes.
La rencontre s’était déroulée en présence du ministre de l’Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières, du directeur général du Conseil du Café-Cacao, du président de l’OIA Café-Cacao ainsi que d’une centaine de délégués de l’organisation.
À cette occasion, le porte-parole de l’OIA Café-Cacao, Obed Doua, avait annoncé que le Conseil du Café-Cacao avait, par courrier officiel, concédé à l’organisation interprofessionnelle la gestion de cette opération.
Cette annonce avait été accueillie par les applaudissements des délégués présents.
Sélection des coopératives et allocation des volumes : les prérogatives de l’OIA
Dans son intervention du 9 avril, le porte-parole de l’OIA Café-Cacao avait également précisé les contours du dispositif.
Selon les propos rapportés, l’OIA Café-Cacao était chargée d’identifier et de sélectionner les coopératives devant participer aux opérations de déchargement, ainsi que de déterminer les volumes à décharger pour chacune d’entre elles.
Le Conseil du Café-Cacao devait, pour sa part, délivrer les connaissements nécessaires aux coopératives retenues par l’OIA Café-Cacao.
Cette répartition des responsabilités place donc l’organisation interprofessionnelle au cœur du dispositif opérationnel. Elle aurait notamment réalisé son propre inventaire, identifié les coopératives retenues et procédé à l’allocation des volumes.
Le Conseil du Café-Cacao aurait, quant à lui, conservé des fonctions d’observation, de contrôle de la qualité ainsi que de gestion du fonds de stabilisation destiné à financer l’opération.
Dès lors, les demandes formulées aujourd’hui par le COPA-CI renvoient directement à la question de savoir qui détient les données détaillées sur les bénéficiaires et les volumes effectivement enlevés.
Dans ce contexte, la demande du COPA-CI devrait, selon cette lecture du dispositif, être adressée prioritairement à l’OIA Café-Cacao, qui aurait conduit la phase opérationnelle du programme.
La question est d’autant plus importante que le COPA-CI est présenté comme relevant du champ de représentation de l’OIA Café-Cacao depuis la mise en place de cette organisation interprofessionnelle en août 2025 à Yamoussoukro.
Selon cette organisation institutionnelle, les différentes structures agricoles et paysannes, y compris les syndicats de producteurs, seraient représentées au sein de l’OIA Café-Cacao, appelée à porter la voix du monde agricole et des producteurs de café et de cacao.
Cette configuration confère à l’OIA une responsabilité particulière dans l'explication des modalités ayant présidé à la sélection des bénéficiaires et à la répartition des volumes.
Au-delà du débat sur la structure à laquelle le COPA-CI doit adresser ses demandes, les interrogations soulevées par cette affaire demeurent.
Combien de coopératives et de structures ont-elles été recensées lors de l’inventaire ? Combien ont finalement été retenues ? Sur quels critères ? Quels volumes ont été attribués à chacune ? Quelle quantité a effectivement été enlevée ? Quels bénéficiaires ont réellement bénéficié du programme ?
Autant de questions auxquelles les producteurs, les coopératives et, plus largement, les acteurs de la chaîne de valeur du cacao sont en droit d’attendre des réponses précises.
La publication de ces données permettrait notamment de rapprocher les volumes initialement inventoriés des quantités effectivement rachetées et d’apprécier l’écart éventuel entre les prévisions et les réalisations.
Elle contribuerait également à dissiper les éventuelles interrogations sur le processus de sélection des coopératives et sur la répartition des volumes.
Désormais, après la clôture du programme, le sujet n’est donc plus seulement celui du rachat des stocks, mais celui de son bilan.
L’OIA Café-Cacao, qui aurait défini les critères de sélection, identifié les coopératives bénéficiaires et attribué les volumes, est particulièrement attendue sur ce terrain.
Une communication détaillée permettrait de présenter les résultats de l’opération, les volumes effectivement pris en charge, le nombre de coopératives concernées et les modalités de leur sélection.
Elle permettrait surtout de répondre aux préoccupations exprimées dans la filière sur la transparence, l’équité et la redevabilité.
La clôture de l’opération des 100 000 tonnes ouvre ainsi une nouvelle séquence : celle de la reddition des comptes. Après avoir conduit le programme, l’OIA Café-Cacao est désormais appelée à faire connaître son bilan et à apporter les éléments de réponse attendus par les producteurs et l’ensemble des acteurs de la chaîne cacao.
La balle est donc désormais dans le camp de l’OIA Café-Cacao.
Wassimagnon
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