Côte d'Ivoire : Bouaké, le maire Amadou Koné veut accélérer la transformation de la ville
Amadou Koné au conseil municipal (ph KOACI)
C'est dans la salle de conférence de l'hôtel de ville que s'est ouverte ce samedi 29 août 2026 la troisième session du Conseil municipal de Bouaké au titre de l'exercice 2026, sous la présidence du maire Amadou Koné. Autour de lui, les adjoints au maire, les conseillers municipaux, le préfet de la région de Gbêkê et du département de Bouaké, des députés et sénateurs, des chefs traditionnels et coutumiers, des responsables religieux, des forces de défense et de sécurité, des directeurs régionaux et départementaux ainsi que des représentants du secteur privé, de la jeunesse, des femmes et de la société civile. Un ordre du jour dense de neuf points, communiqué aux élus par convocation écrite, attendait le Conseil : adoption de procès-verbaux, exécution budgétaire du deuxième trimestre, budget modificatif, programme triennal, protocole foncier avec le Centre National de Recherche Agronomique, partenariat international, point sur le Grand Marché et comptes rendus de missions à l'étranger.
Le point d'orgue aura été l'adoption du budget modificatif n°1 de l'exercice 2026. Le budget primitif, qui s'équilibrait à 11,056 milliards de FCFA en recettes et en dépenses, passe désormais à 12,210 milliards de FCFA, dont environ 5,598 milliards pour le fonctionnement et 6,613 milliards pour l'investissement. Soit une hausse de plus de 814 millions de FCFA pour le fonctionnement et de près de 660 millions pour l'investissement. Cette progression s'explique, selon le Conseil, par une meilleure quote-part des impôts affectés à la commune, une amélioration du recouvrement des recettes propres et l'affectation des résultats de fonctionnement des exercices antérieurs. L'examen de l'exécution budgétaire du deuxième trimestre 2026 a par ailleurs révélé des taux de réalisation encore modestes à mi-parcours : 41,49% en recettes de fonctionnement, soit 2,318 milliards mobilisés sur une prévision de 5,588 milliards, et 39,43% en dépenses de fonctionnement. Côté investissement, les recettes recouvrées atteignaient 1,303 milliard à fin juin, aucune dépense n'ayant encore été exécutée sur ce volet à cette date.
Cette manne supplémentaire doit permettre d'accélérer le programme triennal 2027-2029, lui aussi adopté lors de la session. Bâti en cohérence avec le Programme National de Développement et les axes du concept municipal « Bouaké Nouveau », il comprend 56 actions pour 631,5 millions de FCFA dont 210,5 millions dès 2027, et 198 opérations pour une enveloppe de 16,105 milliards de FCFA dont plus de 2,317 milliards affectés à la première année. Dans cette même dynamique, le Conseil a fait le point sur le Grand Marché de Bouaké. Le chantier affiche 99% de taux d'exécution pour les lots A et B. Au 26 août 2026, 7 327 réservations sur les cinq blocs, dont 17 unités froides, ont été enregistrées, soit 93% des places mises en vente. Les femmes représentent 56% des réservataires contre 44% pour les hommes. Sur ce total, 6 932, soit 94,59%, ont déjà soldé leur paiement, 395, soit 5,40%, ont réglé au moins 40% du montant dû, et seuls 36 réservataires, soit 0,49%, n'ont effectué aucun paiement.
Deux autres dossiers majeurs ont été validés. D'abord l'adoption d'un protocole d'accord organisant la cession de dix hectares détachés du domaine de la Station de recherche sur les productions d'élevage du CNRA à Bouaké au profit de la Commune, avec ses modalités et ses indemnités transactionnelles et compensatrices. Ensuite l'adoption d'un projet de convention-cadre de partenariat entre l'organisation IDEES Afrique et la Commune, devant poser les bases d'une coopération décentralisée structurée entre Bouaké et des municipalités québécoises, ainsi qu'avec l'écosystème institutionnel, académique et économique canadien. Deux missions menées en juin ont fait l'objet d'un compte rendu : l'une à Montréal du 4 au 13 juin consacrée à la préparation de ce protocole, l'autre à Reutlingen en Allemagne du 14 au 22 juin dans le cadre d'une coopération d'amitié.
Dans son propos introductif, le maire Amadou Koné a réaffirmé son ambition de hisser Bouaké à la hauteur de son rang de deuxième métropole ivoirienne, une ville moderne, propre, dynamique et solidaire, et a dressé un bilan sans détour des urgences. Sur la sécurité, il a reconnu une montée de l'insécurité aggravée par la prolifération de la drogue et des stupéfiants, en particulier chez les jeunes. La Mairie travaille en étroite collaboration avec la Police nationale et la Gendarmerie pour démanteler les réseaux et accélère la mise à disposition du commissariat de Gonfreville. Les quartiers de Belleville et de Sokoura, les plus touchés, font l'objet d'une attention renforcée, de même que la Police municipale qui doit être davantage dotée. Un appel a été lancé aux chefs coutumiers, aux guides religieux et à la jeunesse pour intensifier la sensibilisation, avant une vaste campagne de lutte contre la drogue annoncée à partir de septembre, assortie d'opérations de démantèlement des fumoirs et d'un projet d'infrastructure de désintoxication.
Le constat est tout aussi préoccupant sur la sécurité routière. Entre le 1er janvier et le 19 août 2026, la ville a enregistré 675 accidents impliquant 293 motos et 46 tricycles, faisant 63 morts. « 63 jeunes morts cette année à Bouaké du fait d'accidents de la route. C'est inacceptable », a insisté le maire. Une stratégie conjointe de sensibilisation et de répression, élaborée avec le ministère en charge de la Sécurité routière et la Direction régionale des Transports, est en cours de déploiement pour endiguer les rodéos qui transforment certaines voies en terrain à risque, y compris pour des enfants.
Sur l'eau potable, le maire a reconnu la persistance de difficultés dans plusieurs quartiers dont Maroc, Dar-es-Salam, Belleville et Zone, tout en assurant que des dispositions sont prises avec l'appui de l'État pour soulager rapidement les populations. Concernant l'emploi, la Mairie prévoit deux enveloppes distinctes de 150 millions de FCFA chacune, l'une pour accompagner les jeunes porteurs de projets concrets, l'autre dédiée à l'autonomisation des femmes.
Sur le plan de la gouvernance, le maire a fait état d'une progression de 16% des recettes selon la structure de notation Bloomfield, tout en reconnaissant des points critiques à corriger. La digitalisation du recouvrement des taxes municipales doit entrer en vigueur avant la fin de l'année, tandis qu'une seconde notation est en cours avec un rapport attendu avant fin septembre. Un séminaire dédié à la stratégie financière sera organisé avant décembre. Autre annonce forte, la mise en place dès octobre d'une Assemblée citoyenne, promesse de campagne. Composée de représentants des quartiers, de la diaspora nationale et internationale ainsi que des couches socio-économiques, culturelles et sportives, elle aura notamment pour mission la valorisation de la culture locale et décidera, après approbation du Conseil municipal, de l'allocation de 20% du budget d'investissement.
Enfin, le maire a dressé la liste des grands chantiers en voie d'achèvement et devant être inaugurés avant fin 2026. Le Grand Marché doit voir ses travaux achevés en octobre, avec le souhait que son ouverture soit présidée par le Président Alassane Ouattara. L'usine de transformation de noix de cajou de Kongodékro est déjà opérationnelle et l'École Normale Supérieure de Bouaké doit ouvrir cette année. Les chantiers de la Place ADO, ex-Sagabo, et de la piscine municipale reprennent après la levée des obstacles qui les bloquaient, tandis que les études du BNETD pour la future zone industrielle sont quasi achevées, un projet pour lequel le maire a de nouveau sollicité la collaboration des autorités coutumières. « Le développement de Bouaké est l'affaire de tous », a-t-il conclu, inscrivant cette feuille de route dans la vision portée par le Président Alassane Ouattara pour une Côte d'Ivoire plus forte, moderne, prospère et solidaire, et appelant l'ensemble des forces vives de la cité à se mobiliser autour de ce cap commun.
T.K.Emile
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