Cameroun : Lunettes du ministre, l'audience du Mincom a-t-elle vraiment tourné la page ?
Les quatre journalistes reçus par le Mincom, à Yaoundé, le 23 septembre 2026. Aucune excuse publique n'a été présentée à ce jour. (Ph)
Reçus par le ministre de la Communication, les quatre journalistes embastillés ont obtenu compréhension et solidarité. Mais Alamine Ousmane Mey s'est exprimé sans s'excuser, et une plainte que personne ne reconnaît continue de peser sur eux, car ils ont été libérés sous garants.
Mercredi 23 septembre, au ministère de la Communication, François Essomba a relaté son arrestation. À l'évocation de sa détention, ce sexagénaire cité par nos confrères de la Voix du Koat a éclaté en sanglots : « C'était l'enfer monsieur le ministre. Un animal ne sortirait pas vivant d'un tel endroit. »
Lui et ses confrères sont sous observation médicale pendant 21 jours, un premier bilan ayant été financé par le SPIC et leurs familles.
Rappel des faits
Quatre journalistes ont été interpellés au Palais des Congrès de Yaoundé après la disparition présumée des lunettes du ministre de l'Économie, Alamine Ousmane Mey. Libérés le 21 septembre, ils avaient passé plusieurs jours en garde à vue. Les lunettes ont été retrouvées, selon plusieurs médias, dans le véhicule personnel du ministre.
Solidarité du Mincom
René Emmanuel Sadi cité par nos confrères a exprimé son regret et s'est étonné qu'on arrête des gens « sans notification ni audition ». Il a dit partager les doléances du SPIC.
Mais il a aussi reconnu n'avoir pas réussi à joindre son collègue avant l'audience. Son engagement se limite à « poursuivre les démarches », sans calendrier ni annonce d'enquête.
Plainte introuvable
C'est le point le plus troublant. Le Minepat affirme qu'aucune plainte n'a été déposée. Pourtant, le Secrétaire général du Mincom, Félix Zogo, a indiqué que les journalistes, « libérés sur garantie », peuvent « être convoqués à tout moment » et qu'il faut que « la plainte soit retirée et le dossier classé ».
Qui a saisi la justice ? Sur quelle base ? Tant que la contradiction subsiste, les quatre journalistes restent sous la menace d'une convocation.
Sortie sans excuses
Le SPIC exige d'Alamine Ousmane Mey des excuses publiques « non négociables », une réparation et la fin de la procédure. Il maintient son appel au boycott des activités du Minepat.
Le ministre de l'Économie a fini par sortir de son silence le 22 septembre, par un bref message manuscrit qui lui est attribué : il y affirme une « très grande estime » pour la profession, que rien ne saurait « réduire à la dimension physique d'une paire de lunettes ».
Mais ce message ne contient ni excuses, ni explication sur la chaîne de décisions qui a conduit à l'interpellation, ni mot sur les conditions de détention décrites par les journalistes. Prendre la parole n'est pas répondre.
Étouffer l'affaire ?
Rien ne prouve, à ce stade, une volonté délibérée d'enterrer le dossier. Le camp gouvernemental peut faire valoir la libération des journalistes, le message du ministre et la tenue de l'audience.
Mais plusieurs éléments alimentent le doute. Personne n'a dit publiquement qui a ordonné l'interpellation ni sur quelle base légale. L'existence même de la plainte est contestée d'un ministère à l'autre. Aucune enquête ni sanction n'a été annoncée, et les excuses comme la réparation exigées par le SPIC restent sans réponse.
Ce que souhaite le Spic
Pour le syndicat, il faut d'abord le retrait de la plainte et le classement du dossier, afin que les quatre journalistes ne vivent plus sous la menace d'une convocation. Il faut ensuite des excuses publiques aux quatre confrères et à toute la corporation, ainsi que la réparation du préjudice, y compris médical, aujourd'hui supporté par le SPIC et les familles. Il faut enfin une enquête indépendante sur les ordres donnés et sur les conditions de détention.
La liberté de la presse se mesure à ce que l'État fait quand un journaliste est jeté en cellule pour une paire de lunettes. Sur ce point, la réponse reste à venir.
-Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun.
-Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au WhatsApp 237 691154277-ou cameroun@koaci.com
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