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Cameroun: La députée Nourane quitte le PCRN, symptôme de l'érosion du parti de Cabral Libii
 

Cameroun: La députée Nourane quitte le PCRN, symptôme de l'érosion du parti de Cabral Libii

 
 
 
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© Koaci.com - dimanche 27 septembre 2026 - 10:44


Le départ d'une députée ne suffit généralement pas à ébranler un parti politique. Mais lorsqu'il s'ajoute à une liste déjà longue de défections, il cesse d'être un simple fait divers pour devenir un indicateur. C'est ce qui se joue avec l'annonce, le 26 septembre 2026, de la démission de Nourane Moluh du Parti camerounais pour la réconciliation nationale (PCRN). Moins d'un an après le recul électoral de Cabral Libii à la présidentielle d'octobre 2025, ce nouveau départ interroge moins sur les motivations personnelles de la parlementaire que sur la capacité du parti à retenir ses cadres dans l'après-scrutin.


Depuis la présidentielle, le PCRN égrène les départs comme d'autres égrènent les défaites. Firmin Fotsing, délégué régional pour l'Ouest, avait ouvert la voie dès octobre 2025. Monfua Dominic Agem avait suivi dans le Lebialem. Et le jour même où Nourane Foster officialisait sa rupture avec Cabral Libii, un responsable communal du parti à Douala, Justin Nkakeu Aimé Ledoux, annonçait à son tour son départ. Un tel enchaînement, sur moins d'un an, dessine les contours d'une formation qui peine à digérer son échec électoral.


Trajectoire de dix ans 


Le cas de Nourane Moluh pèse cependant plus lourd que les précédents. Députée du Wouri-Est, elle représentait l'une des figures les plus visibles du PCRN à Douala, ville où le parti a construit une bonne partie de son implantation. Son compagnonnage avec Cabral Libii remontait à près d'une décennie, une longévité rare dans le paysage partisan camerounais, où les alliances se font et se défont souvent au gré des échéances électorales. Élue en 2020, elle incarnait jusqu'ici une continuité que sa démission vient rompre.

Ce départ n'est pas un coup de tonnerre isolé. Il s'inscrit dans une séquence entamée près d'un an plus tôt par son propre époux. Lorsque Firmin Fotsing avait quitté ses fonctions de délégué régional en octobre 2025, évoquant un décalage entre les attentes de la jeunesse et les réponses apportées par le parti, Nourane Moluh n'avait pas emboîté le pas. Son entourage avait même démenti, quelques semaines plus tard, une lettre annonçant prématurément son propre départ. Elle avait alors publiquement réaffirmé son appartenance au PCRN.


La distance, pourtant, n'a cessé de se creuser. En juin 2026, son nom et sa photographie ont disparu de la présentation des députés sur le nouveau site du parti, un effacement que Cabral Libii avait balayé d'un revers de main en parlant d'une agitation numérique, sans apporter d'explication publique sur cette omission. À cela s'ajoute un autre point de friction, plus symbolique : les critiques qu'elle dit avoir essuyées après avoir répondu à une invitation de Chantal Biya, l'épouse du chef de l'État, alors que, selon elle, des visites similaires de Cabral Libii auprès du président Paul Biya n'avaient pas suscité la même réprobation au sein du parti. Ce double standard perçu, ajouté à l'absence de réaction jugée suffisante face à des attaques visant sa communauté d'origine, a fini par nourrir chez elle un sentiment d'iniquité de traitement.


 

Motifs 


Au-delà des épisodes précis, c'est la manière dont Nourane justifie son départ qui mérite l'attention. Elle ne se contente pas d'évoquer une rupture de confiance avec Cabral Libii : elle revendique un désaccord idéologique de fond, en rejetant toute politique qui laisserait place à l'exclusion ou à la stigmatisation identitaire. Une telle formulation, venant d'une élue restée fidèle au parti pendant près de dix ans, dépasse le simple règlement de comptes personnel pour interroger la ligne du PCRN dans son ensemble, à un moment où la formation cherche à se redéfinir après son échec présidentiel.

Ce faisant, elle affirme vouloir partir sans esprit de revanche, tout en se réservant le droit de répondre à d'éventuelles attaques contre son honneur. Cette formule, qui n'est pas sans rappeler celle employée par d'autres cadres démissionnaires avant elle, illustre une tension récurrente dans ces départs : la volonté de ménager une sortie digne, sans fermer la porte à un contentieux ultérieur si les hostilités venaient à se poursuivre.


Légitimité 


Ces départs en cascade prennent tout leur sens à la lumière des résultats de la présidentielle de 2025. Cabral Libii y a recueilli 157 568 voix, soit 3,41 % des suffrages exprimés, selon les chiffres officiels repris par l'IFES. Un score en net repli par rapport à 2018, année où, sous la bannière du parti Univers, il avait rassemblé 221 995 voix, soit 6,28 %. Cette érosion de près de trois points, en l'espace de deux scrutins, ne peut être dissociée du climat qui règne aujourd'hui au sein du PCRN. Un dirigeant dont l'audience électorale recule perd mécaniquement une partie de son autorité sur son propre appareil, et les cadres qui envisageaient un compromis dans la perspective d'une victoire ont d'autant moins de raisons de rester lorsque cette perspective s'éloigne.


 

Départs répétés 


Pris isolément, chacun de ces départs pourrait se lire comme un différend personnel. Mis bout à bout, ils dessinent une autre lecture : celle d'un parti qui n'est pas parvenu à transformer son échec électoral en refondation, et qui voit s'éloigner, les uns après les autres, des responsables qui avaient jusque-là tenu bon. Reste à savoir si cette hémorragie de cadres restera circonscrite à quelques figures régionales et à une députée, ou si elle annonce une recomposition plus large du paysage partisan camerounais, dans laquelle des formations comme le PSG pourraient chercher à capitaliser sur les fractures internes du PCRN.


-Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun.

-Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au WhatsApp 237 691154277-ou cameroun@koaci.com



 
 
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