Cameroun : Après la mort de Clément Atangana, le Conseil constitutionnel face à l'exigence de sa succession
Au Cameroun, les sièges vides durent. Celui-ci ne le peut pas.
Adoum Gargoum, ministre délégué auprès du ministre des Relations extérieures, mort le 8 mars 2021. Alim Hayatou, secrétaire d'État auprès du ministre de la Santé publique, mort le 5 avril 2021. Clémentine Ananga Messina, ministre déléguée auprès du ministre de l'Agriculture, morte le 5 août 2022. Gabriel Dodo Ndoke, ministre des Mines, de l'Industrie et du Développement technologique, mort le 21 janvier 2023. Quatre membres du gouvernement Dion Ngute emportés en fonction, et aucun remplacé.
À eux s'ajoutent deux démissionnaires : Issa Tchiroma Bakary, ministre de l'Emploi et de la Formation professionnelle, et Bello Bouba Maïgari, ministre du Tourisme et des loisirs, partis avant la présidentielle d'octobre 2025 pour s'y présenter. Eux non plus n'ont jamais été remplacés. Ce pays a donc appris à vivre avec des ministères sans ministres et des ministres sans nom.
Ce n'est plus un retard. C'est une méthode. Et c'est dans ce climat que disparaît, ce dimanche 4 octobre, Clément Atangana, 85 ans, premier président du Conseil constitutionnel.
On salue l'homme. Magistrat de carrière, formé à l'ENAM, il aura servi la justice pendant plusieurs décennies, et sa famille a droit à notre respect. Mais l'hommage ne remplace pas l'exigence. La mort d'un président n'est pas un simple intérim : c'est une vacance au sens juridique.
Le droit est clair. L'article 51 de la Constitution prévoit qu'il est pourvu au remplacement d'un membre décédé par l'autorité qui l'avait désigné. Ici, c'est le président de la République. Le texte ne fixe pas de délai. C'est là le piège : ce que la loi ne borne pas, l'habitude l'étire.
Or un Conseil constitutionnel n'est pas un ministère délégué. On peut gérer l'Agriculture par intérim pendant trois ans. On ne gère pas par intérim l'arbitre des élections, des référendums et des lois. Qui valide les candidatures, proclame les résultats et tranche les contentieux doit avoir un visage, et vite.
Trois exigences, donc. Un délai : que le décret soit signé avant les prochains scrutins, pas après. Une transparence : que les Camerounais sachent qui assure l'intérim, sur quel fondement, jusqu'à quand. Une indépendance : que le choix du futur président tienne à sa compétence, non à sa proximité.
Un pays qui laisse des ministères sans ministre peut encore s'en accommoder. Un pays qui laisse son juge constitutionnel sans président s'expose à ce qu'on doute de ses élections avant même qu'elles aient lieu.
-Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun.
-Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au WhatsApp 237 691154277-ou cameroun@koaci.com
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