Cameroun : Onze voix veulent fixer les règles de l'après-Biya avant la crise
Des personnalités camerounaises demandent que la vacance du pouvoir soit constatée. Elles proposent sept principes pour encadrer toute transition.
Une tribune publiée par Libération relance le débat sur l'après-Biya. Elle porte onze signatures, dont l'historien Achille Mbembe, l'avocat Akere Muna et les journalistes Mimi Mefo et Haman Mana. Le texte demande aux autorités de faire constater la vacance du pouvoir. Il réclame une transition constitutionnelle, inclusive et limitée dans le temps.
Pour eux, le pays « n'est plus gouverné ». Ils rappellent que le président a 93 ans et dirige l'État depuis 44 ans. Ils dénoncent des absences de plus en plus longues. Ils parlent d'un pilotage à distance. Selon eux, les décisions échappent au chef de l'État au profit d'un entourage non élu.
Ils jugent aussi que le scrutin du 12 octobre 2025 n'a pas permis l'alternance. Ce sont leurs thèses. La tribune ne les étaye pas par des preuves publiques. Le pouvoir les conteste.
Anticipation
Les auteurs invoquent quatre précédents : Algérie, Tunisie, Zimbabwe, Gabon. Leur leçon est simple. Plus on tarde à constater l'incapacité d'un dirigeant, plus la sortie de crise est brutale.
La comparaison a ses limites. Chaque pays a une histoire et des institutions propres. Et la situation camerounaise reste précisément l'objet du litige.
Sept principes, trois interdits
La tribune pose trois conditions. Aucun proche du chef de l'État ne doit lui succéder. Les ministres accusés de pillage ou de répression ne doivent pas piloter la transition. Aucun artifice juridique ne doit contourner la Constitution.
Elle énonce ensuite sept principes : un intérim encadré, avec inéligibilité de l'intérimaire ; un calendrier strict ; un organe électoral indépendant ; la libération des prisonniers politiques et le retour des exilés ; la prise en compte de la dimension anglophone ; la neutralité des forces de sécurité ; une commission indépendante préparant une justice transitionnelle.
Les signataires appellent aussi à un dialogue national dans les deux langues officielles.
Point faible
La tribune présente l'intérim par le président du Sénat comme la règle. Or la Constitution a été révisée en 2026. Elle a créé le poste de vice-président pour sécuriser la succession, mais ce poste reste non pourvu. Selon les nouvelles dispositions, c'est le vice-président, et non plus le président du Sénat, qui assure l'intérim.
Le texte met bien en garde contre un vice-président nommé « sur mesure ». Mais il ne cite pas la révision. Cet écart juridique fragilise son argumentaire. Il appelle une clarification.
Le camp présidentiel rejette la thèse de la vacance. Le directeur de la propagande du RDPC, Christophe Mien Zok, a écrit dans un éditorial du 15 juillet que le pouvoir n'est pas vacant. Le 21 juillet, le ministre d'État Jacques Fame Ndongo a martelé qu'il n'existe aucune vacance au sommet de l'État.
Le débat juridique est réel. Pour des analystes, la Constitution ne prévoit pas la vacance en cas de simple absence prolongée. Le député Jean-Michel Nintcheu a, lui, appelé le Conseil constitutionnel à constater la vacance. À ce stade, aucune réaction officielle à la tribune elle-même n'a été relevée.
La tribune ne tranche pas le débat sur la vacance. Elle déplace la question. Faut-il attendre la crise pour écrire les règles de la succession ? De Yaoundé à d'autres capitales du continent, les pouvoirs durables posent la même équation. Les institutions doivent être prêtes avant les événements, pas après.
Le Cameroun a une constitution révisée et un poste de vice-président encore vacant. Le calendrier de la transition, lui, n'est écrit nulle part.
-Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun.
-Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au WhatsApp 237 691154277-ou cameroun@koaci.com
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