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Cameroun : Franck Biya, Nkamouna et la bataille des minerais stratégiques, pourquoi le Cameroun intéresse Washington
 

Cameroun : Franck Biya, Nkamouna et la bataille des minerais stratégiques, pourquoi le Cameroun intéresse Washington

 
 
 
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© Koaci.com - mercredi 07 octobre 2026 - 11:46


300 milliards de FCFA, cobalt, nickel, manganèse : derrière les enjeux de succession au Cameroun, le sous-sol de l’Est pourrait devenir un dossier géostratégique incontournable.

La succession au pouvoir au Cameroun ne se joue pas uniquement dans les cercles politiques de Yaoundé. Elle pourrait également se lire à travers les intérêts économiques et géostratégiques qui se dessinent autour des ressources minières du pays.


Au centre de cette équation apparaît un nom : Nkamouna.


Dans la région de l’Est, le gisement de Lomié-Nkamouna concentre d'importantes ressources de cobalt, de nickel et de manganèse. À mesure que les grandes puissances cherchent à sécuriser leurs approvisionnements en minerais critiques, ce projet prend une dimension qui dépasse largement les frontières camerounaises.


Et dans ce contexte, une question politique se pose : quel rôle la question minière pourrait-elle jouer dans le Cameroun de l’après-Paul Biya, notamment si Franck Biya venait à occuper une place centrale dans la future configuration du pouvoir ?


Franck Biya, succession politique et nouveaux enjeux économiques


Le nom de Franck Biya est régulièrement associé, dans le débat public, aux discussions sur l'avenir politique du Cameroun et sur la succession de son père, Paul Biya.

Mais au-delà de la seule question de la succession, le véritable enjeu pourrait être celui de la continuité de l'État et des intérêts stratégiques liés aux ressources naturelles.


Le dossier Nkamouna permet précisément d'observer cette problématique.


Il ne s'agit pas d'affirmer que Franck Biya contrôle, directement ou indirectement, le projet minier. Aucun élément public consulté ne permet d'établir un tel lien. L'intérêt de l'analyse est ailleurs : comprendre pourquoi la stabilité politique et la continuité institutionnelle du Cameroun peuvent devenir particulièrement importantes au moment où des investisseurs étrangers cherchent à accéder à ses minerais critiques.


Nkamouna, trésor minier à l'Est du Cameroun


 

Le gisement de Lomié-Nkamouna, dans la région de l'Est, est l'un des projets miniers les plus importants du Cameroun.


Les données historiques disponibles font état d'environ 121 millions de tonnes de ressources mesurées et indiquées, avec des teneurs moyennes de 0,23 % de cobalt, 0,65 % de nickel et 1,35 % de manganèse. Il faut toutefois préciser que ces chiffres constituent une estimation historique et ne doivent pas être présentés comme une ressource minérale actuelle officiellement confirmée.

 

Ces trois minerais sont particulièrement recherchés pour leurs applications industrielles, notamment dans les batteries, l'électronique, l'acier et certaines technologies de pointe.

Le gouvernement camerounais considère d'ailleurs Nkamouna comme un projet stratégique. En janvier 2026, la SONAMINES a lancé un appel international pour rechercher des partenaires technico-financiers capables de développer et d'exploiter le gisement. 


300 milliards de FCFA 


Le montant de 300 milliards de FCFA souvent associé au développement de Nkamouna mérite également d'être précisé.

Cette enveloppe provient d'une ancienne étude de faisabilité qui évaluait l'investissement initial à environ 617 millions de dollars. Cette estimation datant de 2011 est aujourd'hui ancienne et doit être actualisée avant tout développement industriel du projet. 

Autrement dit, les 300 milliards de FCFA ne constituent pas nécessairement le montant définitif de l'investissement à venir.

Le potentiel économique, lui, demeure suffisamment important pour que l'État camerounais cherche à relancer le dossier.

Washington et la course aux minerais critiques


L'intérêt américain pour Nkamouna s'inscrit dans une compétition mondiale plus large autour des minerais critiques.


En août 2026, la société américaine Aeternum Resources a annoncé avoir acquis une option pour prendre une participation de 51 % dans American Renaissance Minerals, une structure qui travaille au développement du projet Nkamouna. La société affirme vouloir faire de ce gisement une source de cobalt, de nickel et de manganèse destinée notamment aux chaînes d'approvisionnement américaines et alliées. 

Le même document présente Nkamouna comme un projet considéré comme stratégique pour les États-Unis, à la fois pour des raisons de sécurité nationale et de sécurisation des chaînes d'approvisionnement. 

C'est ici que l'affaire prend une dimension géopolitique.


Bataille contre la dépendance à la Chine


Les États-Unis et leurs alliés cherchent depuis plusieurs années à diversifier leurs sources d'approvisionnement en minerais critiques afin de réduire les vulnérabilités de leurs chaînes industrielles.

Le cobalt, le nickel et le manganèse sont particulièrement importants pour certaines chaînes de valeur industrielles et technologiques.


 

Nkamouna pourrait donc devenir l'un des points d'ancrage africains de cette stratégie de diversification.

Pour Washington, l'enjeu n'est pas seulement de trouver du minerai. Il s'agit aussi de sécuriser des chaînes d'approvisionnement alternatives et de développer des partenariats avec des pays disposant de ressources stratégiques.


Et après Paul Biya ?


C'est dans cette nouvelle configuration internationale que la question de la succession au Cameroun prend une dimension supplémentaire.

Si Franck Biya devait effectivement devenir un acteur majeur de la prochaine configuration politique - hypothèse qui relève aujourd'hui du débat politique et non d'une décision établie - il hériterait d'un pays dont les ressources minières attirent de plus en plus l'attention des investisseurs internationaux.

La question ne serait alors plus seulement de savoir qui dirigera le Cameroun, mais aussi quelle politique minière, industrielle et diplomatique sera conduite après Paul Biya.

Quelle place sera accordée aux investisseurs américains, chinois, européens ou autres ?

Quelle part de la transformation des minerais sera réalisée au Cameroun ?

Quelle sera la participation de l'État ?

Et surtout, comment le prochain pouvoir arbitrera-t-il entre les intérêts nationaux et ceux des grandes puissances qui cherchent à sécuriser leurs approvisionnements en minerais critiques ?


Nkamouna, un test 


La SONAMINES a officiellement repris le contrôle du site après la rétrocession intervenue en mai 2025, à la suite du retrait du précédent titre minier. En août 2026, l'appel à manifestation d'intérêt lancé pour trouver des partenaires a toutefois été déclaré infructueux, ouvrant désormais la voie à des négociations avec d'éventuels investisseurs disposant des capacités techniques et financières nécessaires. 

Nkamouna reste donc un projet à construire, et non une mine déjà en production.

Mais son potentiel, son emplacement et l'intérêt croissant des acteurs internationaux en font un dossier à surveiller.

Franck Biya n'est pas établi comme acteur du projet Nkamouna par les sources publiques examinées. En revanche, si la succession politique au Cameroun devait prendre une nouvelle tournure dans les prochaines années, la manière dont le futur pouvoir gérera les ressources stratégiques du pays constituera l'un des dossiers majeurs de la nouvelle équation camerounaise.


Car derrière les débats sur les hommes et les successions se joue aussi une autre bataille : celle du contrôle, de la transformation et de la valorisation des minerais qui pourraient placer le Cameroun au cœur de la compétition mondiale pour les ressources stratégiques.


-Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun.

-Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au WhatsApp 237 691154277-ou cameroun@koaci.com



 
 
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