Burkina Faso : Francis Kére désigné pour realiser le Musée d'art de Las Vegas
Francis Kéré, architecte burkinabè, lauréat du prix Pritzker 2022 et résidant en Allemagne, a été choisi pour concevoir le premier musée d’art indépendant de Las Vegas, aux États-Unis.
Le bâtiment, dont l’ouverture est prévue en 2029, sera érigé à Symphony Park, au centre-ville de Las Vegas, capitale du divertissement, à proximité du quartier des arts, du Smith Center et du Discovery Children’s Museum.
Réputée pour ses casinos, Las Vegas veut devenir autre chose qu’une ville de jeux. Pour y parvenir, elle a choisi l’un des architectes les plus humanistes de sa génération pour réaliser le Las Vegas Museum of Art (LVMA), dont les rendus définitifs du futur bâtiment ont été dévoilés.
Confié à Diébédo Francis Kéré et à son agence Kéré Architecture, le projet marque un tournant : pour la première fois, Las Vegas aura son propre musée d’art indépendant, pensé non pas uniquement pour les touristes, mais aussi pour ses 2,4 millions d’habitants.
Le musée occupera environ 8 000 m² à Symphony Park, en plein centre-ville.
Les travaux du bâtiment, d’une superficie d’environ 5 574 m² répartis sur quatre niveaux, devraient démarrer avant février 2027.
Le programme est dense pour un musée qui se veut avant tout un lieu de vie : deux niveaux de galeries, un hall modulable, une place extérieure et un parc de sculptures sont prévus.
L’architecte burkinabè a expliqué avoir puisé son inspiration à 30 kilomètres de Las Vegas, dans le désert de Mojave et la Vallée de Feu.
La façade, entièrement composée d’une mosaïque de pierres locales, reprend les ocres, les rouges et les bruns des Red Rock Mountains.
L’idée n’est pas décorative : cette enveloppe minérale protège l’intérieur du soleil et inscrit le bâtiment dans son paysage.
Le geste architectural le plus fort est ailleurs. Kéré imagine un immense auvent qui dépasse du toit pour créer, à l’entrée, un porche ombragé, une sorte de place publique à l’abri de la chaleur.
De là, un grand escalier, visible depuis l’extérieur à travers des baies vitrées, structure l’intérieur comme un canyon. Les visiteurs l’emprunteront pour atteindre les galeries du deuxième étage, volontairement légères, comme en lévitation.
À l’intérieur, le musée fait également référence à son histoire. Certaines galeries intimistes évoquent la cathédrale de l’Ange Gardien, œuvre de l’architecte moderniste Paul Revere Williams, figure majeure de Las Vegas.
Ailleurs, la figure du baobab, centrale dans l’œuvre de Kéré, devient un symbole : celui de l’arbre sous lequel on se rassemble.
Pour ce projet complexe, Kéré et son agence se sont associés à SOM (Skidmore, Owings & Merrill), l’un des cabinets d’architecture les plus expérimentés des États-Unis, qui assure le rôle d’architecte d’exécution.
Sur le plan culturel, le musée a noué un partenariat avec le Los Angeles County Museum of Art (LACMA). L’objectif est d’alimenter la programmation, de prêter des œuvres et de former les équipes locales.
Le projet est porté par Elaine Wynn, fondatrice du LVMA, qui a longtemps milité pour doter la ville d’une institution pérenne.
Heather Harmon, directrice générale du musée, parle d’un « design qui incarne la diversité de notre ville et annonce une nouvelle ère pour la culture à Las Vegas ».
Confier ce bâtiment à Francis Kéré est un signal fort. Né à Gando, au Burkina Faso, et formé à Berlin, Kéré a bâti sa réputation sur une architecture sobre, durable et profondément sociale, avec notamment des écoles en terre, des pavillons en bois et des infrastructures communautaires.
À Londres, en 2017, il est devenu le premier architecte africain à concevoir le pavillon de la Serpentine Gallery.
À Las Vegas, il relève un autre défi : domestiquer une ville construite pour l’excès avec les outils de la sobriété, de l’adaptation au climat et du partage.
Dans une ville qui reçoit chaque année des dizaines de millions de visiteurs, le LVMA ne veut pas être une attraction de plus. Il entend être un repère pour les 300 000 étudiants qui vivent à moins de 16 kilomètres du site, ainsi qu’un lieu où la communauté peut se reconnaître.
Boa, Ouagadougou
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