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Côte d'Ivoire : ABF 2026, à Abidjan, l'Afrique veut faire de ses frontières des passerelles de paix, de solidarité et d'intégration
 

Côte d'Ivoire : ABF 2026, à Abidjan, l'Afrique veut faire de ses frontières des passerelles de paix, de solidarité et d'intégration

 
 
 
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© Koaci.com - mardi 13 octobre 2026 - 19:16



Du 20 au 22 octobre 2026, Abidjan accueillera la troisième édition de l’Abidjan Border Forum (ABF), consacrée au thème « Les peuples aux frontières : culture, intégration et sécurité ». Organisé autour des enjeux de coopération transfrontalière, de valorisation des cultures locales et de sécurité humaine, ce rendez-vous continental entend replacer les communautés frontalières au cœur des politiques africaines de gouvernance des frontières. Un enjeu majeur pour une Afrique confrontée à des défis sécuritaires, économiques, sociaux et environnementaux croissants.


À l’heure où les tensions géopolitiques, les conflits armés et les crises sécuritaires fragilisent les relations entre les États, la question des frontières s’impose comme un enjeu stratégique pour la paix et la stabilité du continent africain. Longtemps appréhendées essentiellement comme des lignes de séparation entre des territoires souverains, les frontières sont aujourd’hui appelées à jouer un rôle plus intégrateur, en favorisant la coopération entre les États et le rapprochement des populations.


C’est dans cette perspective que s’inscrit la troisième édition de l’Abidjan Border Forum (ABF), prévue du 20 au 22 octobre 2026 dans la capitale économique ivoirienne. Placée sous le thème central « Les peuples aux frontières : culture, intégration et sécurité », cette rencontre internationale ambitionne de mettre en lumière le rôle stratégique des communautés frontalières dans la construction d’une Afrique plus pacifique, solidaire et intégrée.


L’objectif est clair : dépasser une conception strictement territoriale des frontières pour mieux prendre en compte les réalités humaines, culturelles, sociales et économiques des populations qui vivent de part et d’autre des limites étatiques. Pour ces communautés, la frontière n’est pas nécessairement une barrière. Elle constitue aussi un espace de vie, de circulation, de commerce, de parenté et de partage de traditions.


Cette approche s’inscrit dans la vision de l’Union africaine (UA), qui promeut une gouvernance intégrée des frontières fondée sur la coopération entre les États, la prévention des conflits et la valorisation des liens historiques et socioculturels entre les peuples.


Depuis sa création, l’Abidjan Border Forum s’affirme comme une plateforme de dialogue et de réflexion sur les défis liés à la gouvernance des frontières en Afrique. Initiée en 2022 par la Commission nationale des frontières de la Côte d’Ivoire (CNFCI), cette rencontre biennale rassemble des représentants des institutions publiques, des organisations régionales et continentales, des partenaires techniques et financiers, des chercheurs, des praticiens ainsi que des acteurs des communautés frontalières.


La première édition, organisée du 18 au 20 octobre 2022 à Abidjan-Plateau, avait porté sur les liens entre frontières et sécurité collective en Afrique. Les échanges avaient notamment souligné la nécessité de privilégier la diplomatie et la négociation dans le règlement des différends frontaliers, tout en renforçant la participation des femmes et des jeunes aux mécanismes de prévention des conflits.


La deuxième édition, tenue du 23 au 25 octobre 2024 et coorganisée par la Côte d’Ivoire et l’Union africaine, avait exploré les interactions entre ressources naturelles partagées et sécurité à travers le thème « Frontières vertes : entre ressources naturelles partagées et défis de sécurité ».

Les discussions avaient mis en évidence l’importance de la coopération transfrontalière dans la gestion des ressources naturelles, la préservation de l’environnement, la résilience des communautés et la prévention des tensions liées à l’exploitation des ressources communes.


L’institutionnalisation du forum par l’Union africaine en 2025 a consacré son ambition continentale et renforcé sa vocation de plateforme de réflexion et d’action au service d’une gouvernance durable et intégrée des frontières africaines.


Avec l’édition 2026, l’ABF franchit une nouvelle étape en plaçant les populations elles-mêmes au centre de la réflexion. Il ne s’agit plus seulement de réfléchir aux frontières en tant qu’espaces administratifs, politiques ou sécuritaires, mais de comprendre comment les peuples qui y vivent contribuent quotidiennement à leur fonctionnement, à leur pacification et à leur intégration.


Au cœur de cette troisième édition figure la dimension culturelle des espaces frontaliers. En Afrique, de nombreuses communautés partagent des langues, des traditions, des pratiques religieuses, des liens de parenté et des systèmes de solidarité qui transcendent les frontières nationales.


Ces relations, construites au fil des siècles, constituent un patrimoine social précieux. Elles favorisent les échanges, entretiennent les solidarités communautaires et contribuent à la résolution de certains conflits locaux.


Dans plusieurs régions du continent, les chefs traditionnels, les autorités coutumières et les responsables communautaires jouent un rôle important dans la médiation, la prévention des tensions et la gestion des ressources partagées. Leurs connaissances des réalités locales et leur légitimité auprès des populations peuvent compléter utilement les mécanismes institutionnels de prévention et de règlement des conflits.

Toutefois, cette richesse culturelle demeure insuffisamment prise en compte dans certaines politiques publiques de gestion des frontières. La coexistence de plusieurs identités ethniques, linguistiques, religieuses et nationales exige pourtant des approches adaptées aux réalités des territoires concernés.


L’ABF 2026 entend ainsi promouvoir l’interculturalité comme un principe de référence de la gouvernance intégrée des frontières. L’enjeu est de faire de la diversité culturelle un facteur de rapprochement plutôt qu’une source de tensions, en encourageant le dialogue, la reconnaissance mutuelle et la participation des communautés aux décisions qui affectent leur quotidien.


La première journée du forum, prévue le mardi 20 octobre, sera consacrée à cette problématique. Après la cérémonie officielle d’ouverture et une conférence inaugurale portant sur le thème central, les échanges de l’après-midi mettront en lumière les frontières comme des « passerelles de vie ».

Des reportages sur le quotidien des populations frontalières, des témoignages et des dialogues consacrés aux réalités vécues en Côte d’Ivoire et dans d’autres pays africains permettront d’illustrer les liens qui unissent les communautés au-delà des limites territoriales.


Une masterclass consacrée au dialogue entre les peuples et les cultures, avec la participation annoncée de l’artiste ivoirien Alpha Blondy, viendra également souligner la place de la culture dans le rapprochement des sociétés.


Au-delà de leur dimension culturelle, les frontières africaines constituent des espaces économiques essentiels. Les échanges commerciaux, les déplacements quotidiens, les activités agricoles, les marchés transfrontaliers et les réseaux de distribution contribuent directement aux moyens de subsistance de millions de personnes.


Dans de nombreuses régions, le commerce transfrontalier, notamment informel, représente une source importante de revenus pour les femmes et les jeunes. Il participe à l’approvisionnement des marchés, à la circulation des produits locaux et au développement des économies de proximité.


Cependant, ces activités restent confrontées à de nombreux obstacles : insuffisance des infrastructures, complexité des procédures administratives, multiplication des contrôles, difficultés de circulation et faible prise en compte des besoins des petits opérateurs économiques.


 

Ces contraintes limitent le potentiel des échanges et accentuent la vulnérabilité des populations qui dépendent des activités transfrontalières.


La coopération entre les États apparaît dès lors comme une condition essentielle pour améliorer les conditions de circulation des personnes et des biens, faciliter les échanges et renforcer le développement des territoires frontaliers.


Cette ambition rejoint les orientations de la Convention de l’Union africaine sur la coopération transfrontalière, dite Convention de Niamey, adoptée en 2014, ainsi que les objectifs d’intégration régionale portés par les communautés économiques africaines, notamment la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).


La deuxième journée de l’ABF 2026, mercredi 21 octobre, sera consacrée à ces enjeux. Un panel examinera la contribution de la coopération transfrontalière à l’intégration des peuples, tandis qu’une table ronde abordera les opportunités et les perspectives des échanges commerciaux transfrontaliers à l’échelle africaine.


Les discussions devront notamment permettre d’identifier les mécanismes susceptibles de renforcer les économies locales, de valoriser les initiatives communautaires et d’améliorer la coordination entre les administrations des pays voisins.


L’ambition est de promouvoir une intégration qui ne se limite pas aux accords conclus entre gouvernements, mais qui se traduise concrètement par une amélioration des conditions de vie des populations.


La sécurité constituera le troisième pilier de cette édition. Dans plusieurs régions africaines, notamment au Sahel et en Afrique de l’Ouest, les zones frontalières sont confrontées à des menaces multiples : violences armées, trafics illicites, tensions communautaires, conflits liés aux ressources naturelles et déplacements de populations.


La porosité de certaines frontières, les difficultés d’accès aux services publics et l'insuffisance des infrastructures peuvent compliquer l'action des autorités. Ces facteurs rendent indispensable une coopération renforcée entre les États et leurs services de sécurité.


Toutefois, les réponses exclusivement militaires ne suffisent pas à traiter l'ensemble des causes de l'insécurité. La prévention durable des conflits suppose également de prendre en compte les dynamiques locales, les perceptions des populations, les mécanismes traditionnels de médiation et les besoins socio-économiques des communautés.


L'implication des habitants dans la gouvernance des frontières peut ainsi contribuer à renforcer la confiance entre les populations et les institutions, à prévenir les tensions et à favoriser la circulation de l'information utile à la sécurité collective.


Les dispositifs de coopération communautaire, les cadres locaux de dialogue et les mécanismes transfrontaliers de prévention des conflits constituent, à cet égard, des pistes à consolider.


La question est donc de savoir comment articuler efficacement les dispositifs institutionnels de sécurité avec les savoirs locaux et les pratiques communautaires, sans se substituer aux responsabilités régaliennes des États.


Au cours de l'après-midi du mercredi 21 octobre, un panel consacré aux peuples au cœur de la transformation des frontières africaines abordera notamment la participation des populations aux processus de délimitation et de démarcation ainsi que le rôle des savoirs locaux transfrontaliers dans la stabilisation des frontières.


Ces échanges devraient contribuer à identifier des approches conciliant sécurité, respect des droits des populations, coopération entre États et préservation des relations entre communautés.


La réflexion portée par l'ABF 2026 s'appuie notamment sur les instruments de l'Union africaine relatifs à la gouvernance des frontières.


Adoptée en 2014, la Convention de Niamey fournit un cadre juridique pour renforcer la coopération transfrontalière entre les États africains. Elle s'inscrit dans la continuité du Programme Frontière de l'Union africaine, lancé en 2007, et de la Stratégie de l'Union africaine pour une meilleure gouvernance intégrée des frontières, adoptée en 2020.

Ces instruments traduisent une évolution de la conception des frontières : plutôt que de les considérer uniquement comme des limites de souveraineté, ils invitent à les envisager comme des espaces de coopération, de développement et de rapprochement entre les populations.

Cette orientation est également cohérente avec l'Agenda 2063 de l'Union africaine, qui ambitionne de construire une Afrique intégrée, prospère et pacifique, portée par ses propres citoyens.


L'un des défis majeurs demeure toutefois la traduction de ces engagements en actions concrètes sur le terrain. Les écarts entre les cadres normatifs, les politiques nationales et les réalités quotidiennes des populations nécessitent des réponses adaptées.


L'ABF 2026 entend contribuer à cette réflexion en identifiant les pratiques locales qui fonctionnent, les obstacles institutionnels persistants et les possibilités de renforcer la participation communautaire dans l'élaboration et la mise en œuvre des politiques frontalières.


Au-delà des échanges scientifiques et institutionnels, la troisième édition de l'Abidjan Border Forum ambitionne de déboucher sur des résultats opérationnels.


Parmi les résultats attendus figurent la constitution d'une base de données sur les pratiques culturelles et locales d'intégration et de régulation des espaces frontaliers, l'identification des lacunes dans l'application des cadres normatifs existants et la valorisation des initiatives locales de gouvernance inclusive.


 

Le forum entend également promouvoir la reconnaissance de l'interculturalité comme principe de référence dans la gouvernance des frontières et favoriser le positionnement stratégique des populations frontalières dans les politiques continentales, régionales et nationales.


La question de la participation effective des femmes, des jeunes, des autorités traditionnelles, des organisations communautaires et des acteurs économiques locaux sera déterminante pour traduire ces ambitions en changements durables.


L'objectif consiste à construire une gouvernance davantage fondée sur la concertation, la complémentarité entre institutions et communautés et la prise en compte des réalités du terrain.


Cette approche suppose notamment de mieux documenter les expériences réussies, de renforcer les mécanismes locaux de dialogue et de favoriser leur intégration dans les dispositifs formels de coopération transfrontalière.


Pendant trois jours, Abidjan accueillera des conférences, des panels, des tables rondes, des ateliers, des masterclasses, des expositions et des rencontres entre acteurs institutionnels et économiques.


Le programme prévoit également des espaces de présentation d'initiatives et de projets portés par différents promoteurs.


La troisième journée, jeudi 22 octobre, sera notamment consacrée à la présentation des résultats du hackathon et à la cérémonie de clôture. La synthèse des travaux, les motions et la déclaration d'Abidjan sur les peuples aux frontières devraient constituer les principaux aboutissements institutionnels du forum.


La remise des prix du hackathon panafricain, récompensant notamment des projets transfrontaliers ainsi que des initiatives dans les domaines des médias et de l'éducation, mettra en lumière des propositions susceptibles de contribuer à la transformation des espaces frontaliers.

Un concert de clôture en direct, avec Alpha Blondy et le Solar System, est également annoncé pour la soirée du jeudi 22 octobre.


À travers cette troisième édition, l'Abidjan Border Forum entend rappeler que la stabilité des frontières africaines ne dépend pas uniquement de leur délimitation ou du renforcement des dispositifs de contrôle. Elle repose aussi sur la qualité des relations entre les communautés, la reconnaissance des identités culturelles, la vitalité des échanges économiques et la capacité des institutions à répondre aux besoins des populations.


Dans des territoires où les liens familiaux, sociaux, culturels et économiques traversent les limites étatiques, la gouvernance des frontières gagne à intégrer les réalités vécues par les habitants.


Le défi consiste à concilier la souveraineté des États avec la mobilité des populations, les impératifs de sécurité avec le respect des communautés et les politiques nationales avec les dynamiques locales d'intégration.


En plaçant les « peuples aux frontières » au centre de ses réflexions, l'ABF 2026 veut contribuer à l'émergence d'une vision africaine de la frontière comme espace de rencontre, de coopération et de développement partagé.


Une ambition qui rejoint un enjeu fondamental pour le continent : faire des frontières non plus des lignes de fracture, mais des passerelles au service de la paix, de la cohésion sociale et de l'intégration africaine.




Wassimagnon





 
 
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