Côte d'Ivoire : Des acteurs financiers s'unissent pour accélérer la digitalisation des paiements dans le secteur agricole, Bruno Koné salue l'initiative
La digitalisation des paiements dans le secteur agricole ivoirien franchit une nouvelle étape avec la signature de partenariats entre plusieurs institutions financières. Push Côte d'Ivoire et plusieurs banques notamment la Banque nationale d’investissement (BNI), Ecobank et Versus Bank ont conclu, jeudi 15 octobre 2026 à Abidjan, des accords visant à améliorer la sécurisation, la traçabilité et la fluidité des transactions financières au sein des filières agricoles.
Cette initiative s’inscrit dans un contexte où la modernisation des mécanismes de paiement constitue un enjeu majeur pour les producteurs, les coopératives et les autres acteurs du monde rural. Elle vise notamment à faciliter le versement des financements, à réduire les risques liés à la circulation des espèces et à garantir une meilleure traçabilité des fonds jusqu’à leurs bénéficiaires.
La participation de ces différentes banques traduit la volonté des établissements bancaires de contribuer à la transformation numérique des circuits financiers agricoles. La mise en commun de leurs compétences avec celles des opérateurs de paiement doit favoriser le développement de mécanismes plus fiables et mieux adaptés aux réalités des différentes filières.
Au-delà de la dématérialisation des paiements, l’enjeu est de renforcer la transparence des transactions et d'améliorer le suivi des ressources financières destinées aux producteurs. Une meilleure visibilité sur les mouvements de fonds pourrait également permettre aux institutions financières de mieux apprécier les besoins des exploitations agricoles et des coopératives, notamment en matière de financement.
L’interopérabilité entre les services bancaires et les solutions de paiement mobile figure également parmi les axes de cette démarche. Le rapprochement avec Orange Money doit notamment faciliter la circulation des fonds et rendre les transactions plus accessibles aux bénéficiaires, y compris dans les zones rurales.
L’accès aux services financiers demeure une question centrale pour les acteurs agricoles. Pour de nombreux producteurs et responsables de coopératives, la possibilité de recevoir des paiements par voie numérique représente un moyen de sécuriser les revenus, de limiter les risques liés à la manipulation d’espèces et de mieux gérer les recettes issues de leurs activités.
Selon les données communiquées lors de la cérémonie par Georges Abi AAD CEO de Push CI, plus de 700 000 comptes de particuliers ont été ouverts sur la plateforme concernée, pour plus de 20 millions de transactions réalisées et un volume cumulé supérieur à 600 milliards de FCFA.
Dans le secteur agricole, plus de 1,2 million de comptes de producteurs ont également été ouverts, tandis que près de 3 000 coopératives disposent d’un compte. Ces chiffres témoignent de l’ampleur des efforts engagés pour intégrer les acteurs agricoles dans le système financier formel.
Toutefois, l’ouverture de comptes ne suffit pas à garantir une inclusion financière effective. Celle-ci dépend également de l’utilisation régulière des services proposés, de leur accessibilité dans les bassins de production et de leur capacité à répondre aux besoins concrets des producteurs.
Lors de la rencontre, Georges Abi AAD, a présenté la digitalisation des paiements agricoles comme un chantier important à l’échelle du continent africain.
Il a notamment évoqué une expérience menée au Kenya dans la filière thé, où 600 000 producteurs seraient concernés par les paiements numériques, avec un taux de paiement digital annoncé de 97 %. Cette référence illustre les possibilités offertes par la transformation numérique des circuits de paiement dans les filières agricoles structurées.
En Côte d’Ivoire, l’ambition affichée est d’étendre ces mécanismes à plus d’un million d’acteurs du monde agricole. La concrétisation de cet objectif nécessitera une coordination durable entre les banques, les opérateurs de paiement, les organisations professionnelles et les pouvoirs publics.
La disponibilité des infrastructures numériques, l’accompagnement des utilisateurs et la fiabilité des opérations constitueront des facteurs déterminants pour assurer l'adoption de ces solutions sur l’ensemble des bassins de production.
Le gouvernement insiste sur les résultats attendus
Présent à la cérémonie au nom du ministre de l’Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières, Bruno Nabagné Koné, le chef de cabinet Drissa Ouattara a salué une initiative susceptible de faciliter l’accès des producteurs aux services financiers.
Il a souligné que la sécurisation des paiements et l’amélioration de l’accès aux financements peuvent contribuer au développement des exploitations, au renforcement des coopératives et à la préparation des campagnes agricoles.
Le représentant du ministre a également insisté sur la nécessité de proposer des solutions simples, accessibles et adaptées aux réalités du terrain. Il a invité les partenaires à traduire leurs engagements en résultats concrets, notamment par des paiements plus fiables, des financements mieux adaptés et un accompagnement de proximité des producteurs.
Il a, par ailleurs, assuré les acteurs concernés du soutien du gouvernement dans la mise en œuvre de cette démarche.
La digitalisation des flux financiers s'articule également avec les efforts engagés pour améliorer la traçabilité des produits agricoles, particulièrement dans la filière cacao, qui occupe une place importante dans l’économie ivoirienne.
À ce titre, Arsène Dadié, délégué du Conseil du café-cacao, a mis en avant les avancées réalisées dans l’identification des producteurs, la géolocalisation des parcelles et la collecte des informations nécessaires au suivi de l’origine du cacao ivoirien.
Ces dispositifs répondent notamment aux exigences croissantes de transparence et de conformité sur les marchés internationaux. Ils permettent de mieux documenter l’origine des produits et de renforcer la fiabilité des informations transmises aux acheteurs et aux autres partenaires de la filière.
Selon les données présentées lors de la cérémonie, le système national de traçabilité a été opérationnalisé et adapté aux réalités de la filière depuis le 1er septembre 2026, date de démarrage de la campagne cacaoyère 2026-2027.
Depuis le lancement de cette campagne, 150 000 producteurs auraient effectué des transactions au moyen de la carte, pour un total dépassant 200 000 opérations.
Ces résultats mettent en évidence les liens entre l’identification des producteurs, la traçabilité des produits et la modernisation des mécanismes de paiement. L’articulation de ces différents outils pourrait contribuer à améliorer le suivi des opérations commerciales et financières tout au long de la chaîne de valeur.
La mobilisation des institutions financières et des autres acteurs concernés marque une nouvelle étape dans les efforts de digitalisation des flux financiers agricoles en Côte d’Ivoire.
Pour produire des effets durables, cette dynamique devra permettre aux producteurs et aux coopératives d’accéder effectivement aux services numériques, tout en garantissant la sécurité et la traçabilité des transactions. Elle suppose également une meilleure articulation entre les banques, les solutions de paiement mobile et les dispositifs de suivi des filières agricoles.
Outre la dématérialisation des paiements, l’enjeu consiste à construire un environnement financier capable de mieux répondre aux besoins du monde rural. La qualité des services proposés, leur accessibilité et leur capacité à faciliter l’accès au crédit seront déterminantes pour mesurer les retombées de cette transformation sur les revenus des producteurs et le financement de l’agriculture ivoirienne.
Wassimagnon
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