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Cameroun : Mémoires de la République, ces hauts commis de l'Etat qui sont partis sans parler
 

Cameroun : Mémoires de la République, ces hauts commis de l'Etat qui sont partis sans parler

 
 
 
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© Koaci.com - mardi 20 octobre 2026 - 11:34


En moins d’un an, cinq hommes qui ont tenu les institutions du Cameroun pendant des décennies ont disparu. À notre connaissance, aucun n’a publié de mémoires. Qu’emportent-ils avec eux ?

Le premier à partir est Luc Ayang. Il a présidé le Conseil économique et social pendant 41 ans, du 4 février 1984 au 14 octobre 2025, après avoir été Premier ministre pendant à peine plus de cinq mois. Marcel Niat Njifenji est mort le 11 avril 2026 à Yaoundé. Ingénieur de formation, il fut le tout premier président du Sénat, créé en 2013. Ancien directeur général de la SONEL, il a dirigé la chambre haute jusqu’au 17 mars 2026. 

Alexis Dipanda Mouelle s’est éteint le 4 mai. Premier président de la Cour suprême de 1991 à 2015, il a présidé la séance qui a proclamé en 1992 la réélection de Paul Biya. 

Deux jours plus tard, Cavayé Yéguié Djibril meurt à Mada. Il présidait l’Assemblée nationale depuis mars 1992 et ne l’avait quittée que le 17 mars 2026, après trente-quatre ans. 

Le 4 octobre 2026, Clément Atangana s’éteint à Paris. Premier président du Conseil constitutionnel, il l’a dirigé pendant huit ans. 

Tous sont partis à un âge avancé, après une longévité rare à la tête de leur institution. Ils ont ainsi été les témoins directs de la construction de l’État moderne camerounais.


Silence et question


À notre connaissance, aucun n’a laissé de mémoires. Pourquoi ? Plusieurs hypothèses se présentent, qu’il faudrait confronter à des témoignages.


La discrétion peut être un trait de caractère. Le devoir de réserve a pu être vécu comme un engagement à vie envers l’État. La culture du pouvoir a pu faire de l’écrit une prise de risque. Enfin, la tradition du témoignage public est peut-être moins ancrée chez les hauts responsables que chez les militants ou les opposants.

Ce silence est d’autant plus lourd que plusieurs de ces institutions ont été au cœur de moments disputés. Le Conseil constitutionnel a conduit des contentieux électoraux très controversés en 2018 et 2025, et l’opposition l’accusait de partialité. La validation de la réélection de 1992 par la Cour suprême continue de hanter la mémoire politique du pays. Ces critiques ne tranchent rien. Elles rappellent seulement que ces hommes détenaient une version des faits que personne ne pourra plus entendre de leur bouche. 


 

Ceux qui ont parlé


D’autres personnalités dont certaines sont toujours en vie, ont livré leur version : Christian-Tobie Kuoh, Fo Angwafo III, Titus Edzoa, Philip Ngole Ngwese, Dakolé Daissala, Jean-Marie Atangana Mebara. Leurs parcours sont très différents, et plusieurs ont connu la prison, l’exil ou la disgrâce. La question se pose donc : faut-il avoir été éloigné du pouvoir pour pouvoir écrire ?

Ces témoignages ont leurs limites. Ils sont personnels, parfois plaidoyers, et n’épuisent pas l’histoire. Mais ils existent, et on peut les discuter, les confronter, les contester. Un témoignage absent ne peut être ni critiqué ni corrigé.

Ce que cela coûte


L’histoire d’un État s’écrit avec des archives, mais aussi avec des récits de ceux qui les ont produites. Sans eux, les chercheurs reconstituent des décisions à partir de communiqués, de décrets et de la presse. Les nuances, les hésitations, les rapports de force y échappent.

Les futures générations de magistrats, de parlementaires et de hauts fonctionnaires héritent d’institutions dont les fondateurs n’ont rien expliqué.


Il reste des témoins vivants, des collaborateurs, des familles, des archives institutionnelles et des carnets peut-être jamais publiés. Les institutions pourraient aussi recueillir elles-mêmes la parole de leurs anciens responsables, tant qu’il en est temps.

La mémoire d’un État ne se conserve pas toute seule. Elle se recueille, ou elle disparaît. 


 

-Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun.

-Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au WhatsApp 237 691154277-ou cameroun@koaci.com




 
 
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