Cameroun : Eseka, 10 ans après - Nganou Djoumessi, Mintp, était là en 2016, il est toujours là en 2026, et la route est pire qu'avant
Il y a 10 ans, jour pour jour. Vendredi 21 octobre 2016, à 13h30, le train Intercity 152 de Camrail déraillait à Eseka, dans le département du Nyong-et-Kelle région du Centre.
Dix ans plus tard, vendredi 21 octobre 2026, le Cameroun se souvient. Et un constat s'impose : le ministre des Travaux publics (Mintp) de l'époque est toujours le même.
Emmanuel Nganou Djoumessi, nommé le 2 octobre 2015, soit 1 an et 19 jours avant la catastrophe, est toujours ministre des Travaux publics en 2026. Onze ans passés à la tête du même ministère.
Route coupée
Pourquoi ce train était-il si chargé ce jour-là ? La réponse se trouve sur la route.
L'axe Yaoundé-Douala était coupé à Matomb, dans la région du Centre, à cause de l'effondrement d'une buse sur le pont de Matomb. Un ouvrage qui dépend directement du ministère des Travaux publics.
Privés de route, des milliers de Camerounais se sont déversés sur le rail. Le train, prévu pour 9 voitures, en a été porté à 16 selon plusieurs témoignages, avec plus de 1300 passagers à bord.
Il déraillera à Eseka.
Bilan officiel : 79 morts et 551 blessés. Selon les familles, les secouristes et plusieurs témoins, le bilan réel serait de plus de 200 à 300 morts.
Descente médiatisée de Matomb
Au lendemain du drame, Emmanuel Nganou Djoumessi avait organisé une descente sur le pont de Matomb. Devant les caméras, il avait annoncé des travaux d'urgence et promis une sécurisation rapide de l'axe.
Dix ans plus tard, selon de nombreux usagers et chauffeurs interrogés sur l'axe Yaoundé-Douala, l'amélioration n'est toujours pas visible.
Au contraire, l'axe s'est dégradé plus qu'avant, disent-ils.
Nids de poule, tronçons affaissés, zones de ralentissement improvisées, accidents chaque semaine. Les usagers affirment avoir peur de prendre cette route, pourtant la plus fréquentée du pays.
Nganou Djoumessi rendra-t-il compte un jour ?
C'est la question que posent aujourd'hui de nombreux Camerounais.
Comment un ministre des Travaux publics peut-il rester 11 ans au même poste, après la catastrophe d'Eseka, et voir l'axe Douala-Yaoundé se dégrader davantage ?
Selon de nombreux citoyens interrogés, c'est un échec. Selon des associations de défense des victimes, c'est l'impunité.
Le ministre, lui, n'a jamais démissionné. Il n'a jamais été limogé. Il est toujours là.
Quant aux indemnisations, le débat reste ouvert. Camrail affirme avoir payé 98% des indemnisations. Les familles, elles, disent attendre toujours.
La direction de Camrail a été condamnée à de la prison avec sursis. Le conducteur a écopé d'une peine ferme. Pour de nombreuses familles, cette justice reste incomplète.
21 octobre 2016 - 21 octobre 2026
Dix ans. Même ministre. Même axe. Même danger.
Eseka, 10 ans après, le Cameroun continue de pleurer ses enfants.
Armand Ougock, correspondant permanent Koaci au Cameroun- - Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au 237 691154277 ou cameroun@koaci.com -
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