Burkina Faso : retour de la prison pour délit de presse
L'Assemblée législative du peuple (ALP) a voté le retour de la pénalisation des délits de presse, assortie d'une peine pouvant désormais grimper jusqu'à 30 ans, notamment ceux en lien avec l'apologie du terrorisme, onze ans après sa suppression.
En effet, le 20 octobre, les 71 députés de l'Assemblée législative du peuple (ALP) ont adopté à l'unanimité le nouveau Code pénal burkinabè.
Parmi les "innovations" revendiquées par le Parlement : la "re-pénalisation des délits de presse".
Lors d'une précédente modification en 2015, le Burkina Faso avait décidé que plus jamais un journaliste n'irait en prison pour diffamation, injure ou tout autre délit commis par voie de presse. Seules des amendes étaient prévues. C'est cette disposition qui vient de sauter.
Le nouveau Code punit l'entreprise de presse reconnue coupable d'"apologie de terrorisme" de : 500 millions à 1 milliard FCFA d'amende, fermeture temporaire ou définitive et confiscation du matériel.
Son dirigeant risque 20 ans de prison et 20 millions FCFA d'amende.
Pour le journaliste qui signe l'article incriminé, c'est encore plus lourd si les faits sont commis par voie de presse ou en ligne :
21 à 30 ans de prison et 50 à 100 millions FCFA d'amende.
Est coupable d'apologie, selon le texte, "quiconque présente ou commente favorablement et publiquement, le terrorisme en général, les actes de terrorisme déjà commis et les auteurs de tels actes".
Une disposition peut viser un journaliste qui couvre simplement une attaque, donne la parole à un expert, ou commente la situation sécuritaire,selon Reporters sans frontières (RSF) qui a dénoncé cette modification du code pénal.
À titre de comparaison, l'infraction existait déjà depuis le Code de 2018, mais la peine maximale était de 21 ans de prison et 10 millions d'amende. Le nouveau Code pousse le curseur à 30 ans et multiplie l'amende par dix.
Pour RSF, c'est une régression alarmante. Dans un communiqué publié ce 23 octobre, l'organisation dénonce " un coup de tonnerre pour la presse burkinabè". En criminalisant des contenus journalistiques susceptibles d'être interprétés comme favorables au terrorisme, les autorités risquent de transformer la couverture de la situation sécuritaire en mission impossible.", a estimé RSF.
L'ONG demande aux autorités de ne pas promulguer le texte. Pour l'instant, la loi est votée, mais pas encore entrée en vigueur. La balle est dans le camp de la Présidence qui doit la promulguer.
RSF rappelle que depuis l'arrivée du capitaine Ibrahim Traoré en septembre 2022, les pressions se sont multipliées pour la presse : menaces, arrestations, enlèvements, fermetures de médias, expulsions de correspondants étrangers.
A ce jour, deux journalistes, Atiana Serge Oulon (enlevé en juin 2024) et Moussa Sareba (août 2025), sont toujours portés disparus.
Le Burkina est aujourd'hui 110e sur 180 au classement mondial de la liberté de la presse de RSF.
Boa,Ouagadougou
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