Côte d'Ivoire : Face à la peste porcine, Blé Goudé presse l'État d'agir pour sauver la filière et propose une taxe sur les importations pour financer les éleveurs ivoiriens
Victime de la peste porcine, Charles Blé Goudé a appelé à une meilleure prise en charge des éleveurs et à une politique ambitieuse de développement de la production locale de viande de porc.
Intervenant le samedi 24 octobre 2026, à Yopougon, lors d’une conférence de presse de l’Union nationale des sociétés coopératives des éleveurs de porcs de Côte d’Ivoire, dont il est membre, il a plaidé pour une indemnisation des producteurs touchés, un accompagnement technique de l’État et des mesures destinées à réduire la dépendance du pays aux importations.
Charles Blé Goudé a tenu à clarifier sa présence dès le début de son intervention. Loin de vouloir s'exprimer en tant qu'homme politique, il a expliqué être présent en qualité d'éleveur directement affecté par la peste porcine.
« Ce n'est pas l'homme politique Charles Blé Goudé qui est devant vous. Je suis venu ici en tant qu'éleveur, impacté par la peste porcine », a-t-il précisé.
Informé de la tenue de cette rencontre par le président de la structure, Germain, il a estimé nécessaire d'y prendre part pour faire entendre la voix des producteurs confrontés aux conséquences de cette maladie.
Il a, dans la foulée, salué la création de ce cadre de concertation, qu'il considère comme un moyen de rompre l'isolement des éleveurs et de porter collectivement leurs préoccupations auprès des autorités.
Pour lui, le regroupement des acteurs de la filière constitue une étape importante pour défendre leurs intérêts et obtenir des réponses adaptées aux difficultés rencontrées sur le terrain.
Au-delà de la question de l'indemnisation des éleveurs touchés par la peste porcine, Charles Blé Goudé souhaite que les autorités adoptent une approche plus globale pour soutenir la filière porcine ivoirienne.
Il a notamment demandé l'actualisation du document transmis au ministère compétent afin que son nom y figure parmi les producteurs affectés.
Mais pour l'éleveur, la réparation des pertes subies ne saurait constituer l'unique réponse à la crise. Il estime que cette situation doit également servir de point de départ à une véritable politique de développement de la production nationale.
« Au-delà de l'indemnisation, il faut une politique en place pour encourager la production locale », a-t-il insisté.
Son plaidoyer porte notamment sur la nécessité de mieux accompagner les producteurs, de renforcer les moyens techniques mis à leur disposition et de créer des conditions favorables à la pérennité de leurs activités.
Pour justifier son appel à une politique plus ambitieuse, Charles Blé Goudé a évoqué le déséquilibre qu'il estime observer entre la demande nationale de viande de porc et la capacité de production locale.
Selon les chiffres qu'il a avancés au cours de son intervention, la Côte d'Ivoire aurait besoin d'environ 115 000 tonnes de viande de porc par an, tandis que la production nationale se situerait autour de 15 000 tonnes.
Cette différence traduirait, selon lui, une forte dépendance du marché ivoirien aux importations.
« Ça veut dire que nous, on est un marché pour les autres. Eux, ils produisent et les Ivoiriens sont là pour consommer », a-t-il déclaré.
À ses yeux, cette situation révèle le potentiel économique de la filière porcine, mais aussi les difficultés auxquelles sont confrontés les producteurs locaux pour répondre à la demande.
Il appelle ainsi les pouvoirs publics à mettre en œuvre des mesures susceptibles de stimuler les investissements, d'accroître les capacités de production et de renforcer progressivement la place de la viande de porc issue des élevages ivoiriens sur le marché national.
S'appuyant sur son expérience dans les filières café et cacao, Charles Blé Goudé a également dénoncé ce qu'il considère comme un manque d'accompagnement des éleveurs de porcs.
Il a expliqué que, dans le secteur agricole, les producteurs de café et de cacao bénéficient notamment de visites d'agents techniques, de la mise à disposition de pépinières et de produits phytosanitaires pour entretenir leurs plantations.
En revanche, selon lui, les interventions des services chargés des ressources animales sont trop souvent associées aux opérations d'abattage des porcs touchés par la maladie.
« Qu'est-ce qu'on fait pour encourager ces Ivoiriens qui ont décidé de se lancer dans la production du porc ? Qu'est-ce qu'on fait pour eux ? Il faut des mesures d'accompagnement », a-t-il lancé.
Il plaide ainsi pour un renforcement de l'encadrement sanitaire et technique, un meilleur accès aux intrants et la mise en place de dispositifs de soutien permettant aux éleveurs de développer leurs exploitations dans de meilleures conditions.
L'objectif, selon son argumentation, est de ne pas limiter l'intervention de l'État à la gestion des crises sanitaires, mais de construire un environnement favorable au développement durable de la filière.
Parmi les pistes avancées, Charles Blé Goudé a évoqué la possibilité d'instaurer une taxation sur les importations de viande de porc afin de dégager des ressources destinées à soutenir les producteurs locaux.
À titre d'illustration, il a présenté des simulations financières fondées sur les volumes d'importation qu'il a mentionnés. Selon son raisonnement, une taxe de 500 francs CFA par kilogramme appliquée à 120 000 tonnes de viande importée pourrait générer environ 60 milliards de francs CFA par an. Avec une taxe de 1 000 francs CFA par kilogramme, les recettes atteindraient théoriquement 120 milliards de francs CFA.
Il estime qu'une partie de ces ressources pourrait contribuer au financement des intrants, à l'accompagnement des éleveurs et au développement des exploitations.
Ces montants restent toutefois des projections avancées par l'intervenant. Leur réalisation dépendrait notamment des volumes effectivement importés, des modalités de taxation retenues et de leurs effets sur le marché.
Pour Charles Blé Goudé, l'enjeu est de trouver des mécanismes permettant de soutenir les producteurs nationaux tout en réduisant progressivement la dépendance du pays aux approvisionnements extérieurs.
L'éleveur a également appelé à définir des objectifs progressifs d'augmentation de la production porcine. Partant du niveau de 15 000 tonnes qu'il a cité pour 2026, il a évoqué la possibilité d'atteindre 20 000 tonnes en 2027, avant de poursuivre cette progression au cours des années suivantes.
Cette montée en puissance devrait, selon lui, permettre de réduire progressivement l'écart entre l'offre nationale et la demande, avec pour perspective l'autosuffisance en viande de porc et une meilleure contribution de la filière à la sécurité alimentaire.
Il a par ailleurs souligné les enjeux économiques de cette ambition, estimant que le développement de la production locale pourrait renforcer les activités des éleveurs ivoiriens et créer de nouvelles possibilités d'investissement dans le secteur.
Sans accuser directement les opérateurs qui importent de la viande de porc, Charles Blé Goudé a reconnu l'existence d'intérêts économiques potentiellement divergents entre importateurs et producteurs locaux. Il a toutefois présenté cette observation comme une analyse de la situation concurrentielle, et non comme une accusation visant des acteurs particuliers.
À travers cette intervention, Charles Blé Goudé invite les autorités à dépasser la seule réponse immédiate à la peste porcine pour engager une réflexion plus large sur l'avenir de l'élevage porcin en Côte d'Ivoire.
Son plaidoyer repose sur plusieurs priorités : indemniser les producteurs victimes de la maladie, renforcer l'encadrement technique et sanitaire, faciliter l'accès aux intrants et mobiliser des ressources en faveur de la production nationale.
La conférence de presse de l'Union nationale des sociétés coopératives des éleveurs de porcs de Côte d'Ivoire a ainsi été l'occasion de mettre en avant les difficultés des producteurs et leurs attentes à l'égard des pouvoirs publics.
Pour les éleveurs touchés par la crise, l'enjeu est désormais double : obtenir une réponse aux pertes déjà subies et disposer de mesures concrètes pour relancer leurs activités. À plus long terme, la question posée est celle de la capacité de la Côte d'Ivoire à développer sa production porcine afin de mieux satisfaire sa demande intérieure.
Wassimagnon
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