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Côte d'Ivoire : Santé mentale, 3 millions de personnes potentiellement concernées, des prévalences alarmantes dans le Grand Abidjan et le Gbêkê
 

Côte d'Ivoire : Santé mentale, 3 millions de personnes potentiellement concernées, des prévalences alarmantes dans le Grand Abidjan et le Gbêkê

 
 
 
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© Koaci.com - mardi 27 octobre 2026 - 19:50


La santé mentale constitue un enjeu majeur de santé publique en Côte d’Ivoire. Selon le professeur Koua Asseman Médard, directeur-coordonnateur du Programme national de la santé mentale (PNSM), près de 3 millions de personnes présentent un problème de santé mentale nécessitant des soins adaptés dans le pays.


Pourtant, seules 60 000 à 70 000 personnes bénéficient d’un suivi dans les structures psychiatriques conventionnelles. Ces chiffres ont été présentés ce mardi 27 octobre à Abidjan, à l’occasion de la tribune hebdomadaire « Tout Savoir Sur… » du Centre d’information et de communication gouvernementale (CICG).


Au cours de cette rencontre d’information, le responsable du PNSM a dressé un état des lieux de la santé mentale en Côte d’Ivoire, mettant en lumière l’ampleur des besoins, les progrès enregistrés dans l’offre de soins ainsi que les défis qui restent à relever pour garantir une meilleure prise en charge des populations.


Créé en 2001 et rattaché à la Direction générale de la santé, le Programme national de la santé mentale a pour mission de coordonner la réponse nationale et multisectorielle en matière de santé mentale. Il vise notamment à garantir à toutes les populations, en particulier aux femmes, aux adolescents et aux jeunes, un meilleur accès à des services de santé mentale fondés sur les droits humains, partout sur le territoire national.


Son action repose sur trois axes essentiels que sont, la promotion de la santé mentale, la prévention des troubles psychiques et la prise en charge des personnes qui en souffrent.


Citant l’Atlas de la santé mentale 2024 de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le professeur Koua Asseman Médard a indiqué que « 150 millions de personnes seraient concernées par des problèmes de santé mentale en Afrique».


En Côte d’Ivoire, la situation appelle également à une mobilisation accrue. Sur les quelque 3 millions de personnes susceptibles de nécessiter des soins adaptés, seules 60 000 à 70 000 sont suivies dans les structures psychiatriques conventionnelles. Cet écart considérable entre les besoins et les capacités de prise en charge témoigne de l’ampleur des efforts à consentir pour améliorer l’accès aux soins.


Les données issues d’enquêtes menées en 2022 dans la région du Gbêkê et en 2024 dans le Grand Abidjan illustrent cette préoccupation. Elles font état de prévalences de troubles de la santé mentale respectivement estimées à 25 % et 43 % dans la population générale.


Le suicide chez les jeunes, une préoccupation majeure


Parmi les enjeux soulevés par le directeur-coordonnateur du PNSM figure la question du suicide, particulièrement chez les jeunes.

Selon les données présentées lors de la tribune, une étude réalisée par le ministère en charge de la Santé, avec l’appui de l’OMS, aurait recensé 418 suicides et 927 tentatives de suicide sur la période indiquée dans les résultats de cette étude.


L’OMS estime, par ailleurs, le taux de mortalité par suicide en Côte d’Ivoire à 25 décès pour 100 000 habitants par an.


Les jeunes âgés de 10 à 24 ans représentent selon le professeur Koua plus de 30 % des tentatives de suicide recensées. Cela souligne la nécessité de renforcer les dispositifs de prévention et d’accompagnement psychologique à leur endroit.


Pour le professeur Koua Asseman Médard, ces chiffres appellent à une action concertée des pouvoirs publics, des professionnels de santé, des familles, des établissements scolaires et de l’ensemble des acteurs communautaires.


Face à l’ampleur des besoins, la Côte d’Ivoire a engagé des efforts pour renforcer son dispositif de prise en charge en santé mentale.


 

Le pays compte aujourd’hui environ 100 structures spécialisées, soit une augmentation de 40 % entre 2019 et 2025. Les ressources humaines spécialisées ont également connu une progression notable. En l’espace de cinq à dix ans, leur nombre a été multiplié par cinq, passant d’environ 60 à plus de 200 spécialistes, toutes catégories confondues.


Malgré ces avancées, les capacités disponibles restent insuffisantes au regard des besoins de la population. Le manque de psychiatres, de psychologues, de sages-femmes et d’infirmiers spécialisés en santé mentale constitue notamment un frein au développement d’une offre de soins accessible et de qualité.


À cette difficulté s’ajoute le recours fréquent aux structures non conventionnelles, notamment les camps de prière, dont plus de 550 seraient recensés sur l’ensemble du territoire national.


Le responsable du PNSM a souligné que de nombreuses familles se tournent en premier lieu vers ces structures, parfois au détriment des droits et de la dignité des personnes concernées. D’où l’importance de renforcer la sensibilisation, le dialogue et la collaboration avec les responsables de ces lieux afin de favoriser une prise en charge respectueuse des droits humains.


Six priorités stratégiques pour renforcer la réponse nationale


Pour répondre à ces défis, le gouvernement, à travers le ministère de la Santé, de l’Hygiène publique et de la Couverture maladie universelle, dirigé par Pierre Dimba Ngou, a fixé six priorités stratégiques au Programme national de la santé mentale.

La première consiste à intensifier les campagnes nationales de sensibilisation et de lutte contre la stigmatisation, en accordant une attention particulière aux milieux éducatifs, professionnels et communautaires, notamment dans les zones les plus reculées.


La deuxième priorité vise à intégrer davantage la santé mentale dans les soins de santé primaires et dans la Couverture maladie universelle. Cette orientation prévoit notamment une délégation de certaines tâches à des professionnels non spécialistes, afin de favoriser le dépistage et le traitement précoces des troubles mentaux au plus près des communautés, avec un accent particulier sur les adolescents et les jeunes.


La troisième priorité porte sur la prévention du suicide, à travers la mise en œuvre d’un plan national intégré de prévention et le déploiement de l’Observatoire national du suicide.


Le gouvernement entend également déconcentrer l’offre de soins spécialisés, en cohérence avec la réforme hospitalière, accélérer la couverture des services grâce aux innovations numériques et promouvoir une approche multisectorielle de la santé mentale fondée sur le respect des droits humains.


Plusieurs dispositifs sont déjà opérationnels pour améliorer l’accès aux services de santé mentale et compléter l’offre de soins existante.

Parmi eux figure la ligne verte 143, qui propose une assistance psychologique gratuite, accessible 24 heures sur 24, avec une orientation vers des services spécialisés lorsque cela est nécessaire.


Selon le professeur Koua Asseman Médard, plus de 3 000 personnes ont déjà bénéficié gratuitement de cette assistance psychologique. Il a également indiqué que plus de 250 décès ou tentatives de suicide ont été évités grâce à ce dispositif.


Le directeur-coordonnateur du PNSM a ainsi invité les Ivoiriens et les Ivoiriennes en situation de détresse psychologique, ainsi que leurs familles, à recourir à ce service national d’assistance. En complément, un site internet d’information générale sur la santé mentale est animé par l’équipe du programme. 


Une plateforme numérique nationale de soins en santé mentale est également en cours de déploiement pour faciliter l’accès aux services. Elle doit permettre aux usagers d’effectuer une auto-évaluation anonyme, de prendre rendez-vous avec un professionnel, de bénéficier d’une téléconsultation et d’accéder à une prise en charge adaptée.


L’Observatoire national du suicide, développé avec l’appui de l’Unité de recherche clinique de Côte d’Ivoire, constitue un autre outil important. Son déploiement à l’échelle nationale doit permettre de mieux documenter le phénomène du suicide, d’en améliorer la compréhension et d’orienter les actions de prévention.


 

Le renforcement de la prise en charge passe également par le développement des services communautaires.

À cet effet, les équipes mobiles spécialisées en santé mentale communautaire interviennent dans le cadre du développement et de la fourniture de services de santé mentale intégrés aux soins primaires. Selon le responsable du PNSM, ces équipes sont actuellement opérationnelles dans quatre des dix pôles régionaux d’excellence en santé (PRES).


Grâce à ces interventions, menées en collaboration avec des ONG nationales et internationales, plus de 20 000 patients bénéficient de soins de santé mentale de proximité et à moindre coût.


Le travail de sensibilisation et de collaboration engagé avec les guérisseurs traditionnels et les responsables des camps de prière contribue également à améliorer les pratiques de prise en charge. Selon le professeur Koua Asseman Médard, ces initiatives permettent d’observer une réduction significative des violations des droits des patients.


Ces actions participent à une approche plus inclusive de la santé mentale, en rapprochant les services des populations et en favorisant une meilleure orientation des personnes en difficulté vers les structures adaptées.


Le financement durable, un défi majeur


Malgré les progrès accomplis, plusieurs obstacles continuent de limiter l’efficacité de la réponse nationale en santé mentale.

L’insuffisance des ressources humaines spécialisées, les inégalités géographiques dans l’accès aux soins, la persistance de la stigmatisation sociale et institutionnelle ainsi que le manque de coordination entre les différents acteurs figurent parmi les principales difficultés relevées par le directeur-coordonnateur du PNSM.


Toutefois, la mobilisation des ressources financières et la mise en place d’un financement national durable constituent, selon lui, l’un des défis les plus importants pour assurer la continuité et l’extension des interventions.


Pour relever ces défis, le renforcement des investissements, la formation des professionnels, la sensibilisation des communautés et la coordination entre les secteurs concernés apparaissent indispensables.


À travers les différentes initiatives engagées, la Côte d’Ivoire entend ainsi consolider son dispositif de santé mentale et améliorer progressivement la couverture des besoins de la population.


Au terme de cette tribune du CICG, le message du professeur Koua Asseman Médard est on ne peut plus clairl. La santé mentale doit être considérée comme une composante essentielle de la santé publique. L’amélioration de la prévention, l'accès équitable aux soins et le respect des droits des personnes concernées nécessitent une mobilisation collective et durable, afin que chaque citoyen puisse bénéficier d'un accompagnement adapté, sans discrimination ni stigmatisation.



Wassimagnon



 
 
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