Côte d'Ivoire : le programme immobilier du MIDD prend fin, Touré Ahmed Bouah annonce le remboursement de 3 milliards FCFA aux enseignants
Touré Ahmed Bouah et les responsables syndicaux du MIDD ce mercredi au Plateau (Ph Koa ci)
Le projet immobilier porté au profit des membres du Mouvement des instituteurs pour la défense de leurs droits (MIDD) ne connaîtra pas l’aboutissement espéré. Touré Ahmed Bouah, président-directeur général de SOPHIA SA, a annoncé la fin du programme immobilier lié au projet Akwaba City et proposé le remboursement intégral des cotisations versées par les enseignants, pour un montant global annoncé de 3 milliards FCFA. Une décision qui intervient après plusieurs années d’attente et de différends autour de la réalisation du programme.
Face aux responsables syndicaux, aux souscripteurs et aux journalistes, le dirigeant de SOPHIA SA a expliqué que les conditions nécessaires à la poursuite du projet n’étaient plus réunies. Selon lui, les blocages administratifs, les difficultés de gouvernance et les divisions entre les différentes structures concernées ont progressivement compromis la réalisation de cette opération immobilière.
Lancé dans un cadre d’intervention de l’État à partir de 2008, puis formalisé par une convention de concession au profit de SOPHIA SA, le projet Akwaba City devait associer aménagement urbain, équipements collectifs et programmes immobiliers. Sa réalisation reposait notamment sur plusieurs démarches liées à la mobilisation du foncier et à l'obtention des autorisations administratives nécessaires.
Touré Ahmed Bouah affirme que l’arrêté d’approbation attendu n’a finalement pas été obtenu. Cette situation aurait, selon lui, désorganisé le projet et rendu difficile la concrétisation des engagements pris auprès des souscripteurs. Il estime que le titre de concession définitive dont disposait le programme du MIDD ne suffisait pas, à lui seul, à garantir la réalisation des infrastructures et des équipements initialement prévus.
Le patron de SOPHIA SA a également évoqué la multiplication des revendications autour du terrain destiné au projet. D’après ses explications, plusieurs associations et structures réclament des droits sur le même espace, ce qui complique sa répartition. Il a notamment fait état de trois ou quatre associations supplémentaires venues faire valoir leurs prétentions, dans un contexte marqué par des divergences entre les organisations concernées.
Pour Touré Ahmed Bouah, satisfaire simultanément toutes ces revendications sur une superficie limitée pourrait conduire à une fragmentation excessive du terrain et multiplier les procédures judiciaires. Il redoute également que la persistance de ces désaccords favorise de nouvelles occupations du site et rende toute mise en œuvre du programme encore plus difficile.
Le dirigeant soutient par ailleurs que le contrat initial portait sur un programme immobilier destiné à des particuliers, avec des modalités de paiement définies. Les dispositions financières supplémentaires mises en place pour faciliter le démarrage du projet ne signifiaient pas, selon lui, que le terrain pouvait être réparti librement entre les différentes structures qui en revendiquent aujourd’hui la propriété.
Cette version intervient alors que le dossier oppose depuis plusieurs années les responsables du MIDD et les acteurs associés au programme. Lors de son intervention consacrée au contexte du conflit, Gnogbo Paul, secrétaire général du mouvement, a rappelé les démarches entreprises pour obtenir des réponses sur la situation des souscripteurs. Il a évoqué plusieurs procédures judiciaires engagées contre lui par des camarades, ainsi que des saisines de différentes administrations, de la police économique et d’autres autorités publiques.
Selon son récit, ces démarches n’ont pas permis de trouver une issue satisfaisante au différend. Il a également fait état de contacts avec des responsables institutionnels, dans l’espoir d’obtenir des éclaircissements sur le contrat et sur les engagements pris dans le cadre du programme immobilier.
Au-delà des explications avancées par les deux parties, l’annonce de SOPHIA SA place désormais la question du remboursement au centre du dossier. Touré Ahmed Bouah a assuré que les cotisations versées par les enseignants seraient intégralement remboursées, tout en précisant que les sommes annoncées devront être rapprochées des comptes individuels et des justificatifs de paiement.
Il a indiqué que la mise en œuvre de cette mesure nécessiterait l’identification des bénéficiaires, la vérification des montants effectivement versés et la communication d’un calendrier d’exécution. Les modalités pratiques et l’échéancier doivent encore être formalisés. Aucun délai précis de remboursement n’a été annoncé dans sa déclaration.
Pour justifier cette démarche, le président-directeur général de SOPHIA SA a rappelé les précédents de son entreprise dans d’autres programmes immobiliers. Il affirme que plusieurs catégories de souscripteurs, notamment des militaires, des agents des Eaux et Forêts, de la Police nationale, des Douanes, du Port et des services pénitentiaires, ainsi que des enseignants et des éducateurs, ont déjà bénéficié de remboursements dans le cadre de dossiers antérieurs. Il a notamment cité le cas des anciens militaires, pour lesquels il évoque des remboursements à hauteur de 15 milliards FCFA.
Touré Ahmed Bouah a également indiqué que, sur 17 structures concernées par des opérations antérieures, 16 avaient été remboursées. Il a présenté ces précédents comme un élément justifiant la volonté de son entreprise de traiter le dossier du MIDD, sans toutefois détailler les conditions ni les échéances applicables à chaque situation.
Le dirigeant n’a pas pour autant renoncé à faire valoir les intérêts de SOPHIA SA. Il affirme que son entreprise entend faire examiner, dans les cadres appropriés, les responsabilités liées aux blocages du projet Akwaba City et les préjudices qu’elle estime avoir subis. Il souhaite néanmoins que les différends opposant les différentes structures ne retardent pas davantage le traitement des cotisations des enseignants.
Pour les souscripteurs du MIDD, cette annonce marque un tournant après des années d’attente autour de l’acquisition d’un logement. Si le remboursement annoncé constitue une nouvelle perspective, son effectivité dépendra de la clarification des comptes individuels, de la publication d’un calendrier précis et du respect des engagements pris par SOPHIA SA.
La fin du programme immobilier ne règle donc pas, à elle seule, l’ensemble des questions soulevées par ce dossier. Elle ouvre une nouvelle étape dont l’enjeu principal sera désormais de transformer l’annonce de remboursement en paiements effectifs au bénéfice des enseignants concernés.
Jean Chresus, Abidjan
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