Côte d'Ivoire : Yamoussoukro, les préfets mobilisés pour faire des frontières des espaces de paix, de sécurité et de prospérité
Réunis les 5 et 6 novembre 2026 à Yamoussoukro, les préfets des régions et départements frontaliers sont appelés à jouer un rôle central dans l’opérationnalisation de la Politique nationale de gestion intégrée des frontières (PNGIF-CI). À travers cette rencontre organisée par la Commission nationale des frontières de Côte d’Ivoire (CNFCI), avec l’appui de l’ICMPD, le gouvernement entend renforcer la coordination territoriale, prévenir les risques transfrontaliers et faire des frontières de véritables leviers de développement.
Faire des frontières ivoiriennes des espaces de paix, de stabilité, de coopération et de développement partagé. C’est l’ambition affichée par les autorités ivoiriennes à l’occasion de la rencontre d’échanges et d’information consacrée à la vulgarisation de la Politique nationale de gestion intégrée des frontières de Côte d’Ivoire (PNGIF-CI), ouverte le jeudi 5 novembre 2026 à l’Hôtel Président de Yamoussoukro.
Durant deux jours, les préfets des régions et départements frontaliers sont réunis autour de la Commission nationale des frontières de Côte d’Ivoire (CNFCI) afin de s’approprier les orientations de cette politique nationale et de mieux cerner leurs responsabilités dans sa mise en œuvre.
Cette initiative bénéficie de l’appui technique et financier du Centre international pour le développement des politiques migratoires (ICMPD), dans le cadre de la deuxième phase du programme régional de facilitation de la migration (FMM II), soutenu par l’Union européenne et le Royaume du Danemark.
Au-delà du partage d’informations, l’objectif est de créer une véritable dynamique institutionnelle autour de la gouvernance des espaces frontaliers, en rapprochant les orientations stratégiques nationales des réalités quotidiennes des populations.
Au nom du ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, Vagondo Diomandé, le directeur général de l’Administration du territoire, Ibrahima Bayo, a officiellement ouvert les travaux. Il a salué la mobilisation des autorités préfectorales et félicité la CNFCI, particulièrement son secrétaire exécutif, le Dr Diakalidia Konaté, pour les efforts accomplis dans la conduite du processus.
Il a également exprimé la reconnaissance du gouvernement à l’endroit des partenaires techniques et financiers, notamment l’ICMPD, pour leur accompagnement en faveur de la sécurité, de la coopération transfrontalière et du développement des territoires.
Dans son intervention, Ibrahima Bayo a rappelé que l’adoption de la PNGIF-CI en Conseil des ministres, le 12 juin 2024, constitue une avancée importante dans la gouvernance des frontières ivoiriennes.
Cette politique traduit, selon lui, un changement de paradigme : la frontière ne doit plus être considérée uniquement comme une ligne de démarcation ou un espace de contrôle sécuritaire, mais également comme un territoire de vie, de mobilité, d’échanges et d’opportunités économiques.
Une vision qui doit permettre de concilier la préservation de la souveraineté nationale et les impératifs de sécurité avec les exigences de coopération régionale et de développement socio-économique.
S’adressant particulièrement aux préfets, le représentant du ministre de l’Intérieur et de la Sécurité a insisté sur leur responsabilité dans la traduction concrète de cette politique.
« En votre qualité de représentants de l’État et de coordonnateurs de l’action des services déconcentrés, vous êtes des acteurs de premier plan dans la traduction opérationnelle de cette politique », a-t-il souligné.
Pour lui, les autorités préfectorales doivent fédérer les différents intervenants, favoriser la concertation et veiller à ce que les actions publiques répondent effectivement aux besoins des populations frontalières.
Il a également insisté sur la nécessité d'une veille permanente et d'une transmission rapide d'informations fiables aux autorités compétentes et à la CNFCI. Les incidents sécuritaires, les tensions sociales et les différends liés aux activités transfrontalières doivent ainsi faire l’objet d’un suivi attentif afin de prévenir les crises et de faciliter des réponses coordonnées.
Le dialogue avec les autorités des pays voisins constitue également une priorité. Ibrahima Bayo a encouragé les préfets à entretenir des relations régulières avec leurs homologues des États limitrophes pour prévenir les différends, consolider la confiance entre les communautés et promouvoir des initiatives communes.
Il a, par ailleurs, rappelé que la gestion intégrée des frontières ne saurait se limiter aux questions sécuritaires. Elle doit aussi favoriser l’accès aux services publics, améliorer les conditions de vie et faciliter les échanges économiques légitimes, notamment à travers le Régime simplifié transfrontalier.
À l'issue des travaux, le directeur général de l'Administration du territoire attend des participants des recommandations concrètes et une feuille de route opérationnelle précisant les priorités, les mécanismes de coordination, les circuits de partage de l'information et les modalités de suivi.
Pour le secrétaire exécutif de la CNFCI, Dr Diakalidia Konaté, la réussite de la PNGIF-CI repose avant tout sur l'appropriation de ses orientations par l'ensemble des acteurs intervenant dans les zones frontalières.
Au nom du Premier ministre Robert Beugré Mambé, président de la CNFCI, il a salué la participation des autorités administratives, des représentants des forces de défense et de sécurité, des collectivités territoriales, de la société civile, des autorités coutumières et religieuses ainsi que des partenaires au développement.
Il a également exprimé sa reconnaissance à l'ICMPD pour son accompagnement dans l'organisation de cette rencontre et son engagement en faveur du renforcement de la gouvernance des frontières.
Revenant sur la portée de la politique adoptée en juin 2024, Diakalidia Konaté a expliqué qu'elle consacre une nouvelle conception de la frontière, désormais envisagée comme un territoire de souveraineté, un enjeu de sécurité nationale et sous-régionale, mais aussi un espace de vie, d'échanges et de développement.
Cette approche nécessite, selon lui, une gestion concertée, intégrée et adaptée aux réalités locales, avec une collaboration organisée entre les différentes institutions nationales et les pays voisins.
Le secrétaire exécutif de la CNFCI a particulièrement insisté sur la nécessité d'étendre la vulgarisation de la politique au-delà des participants à la rencontre de Yamoussoukro.
Il souhaite que les connaissances et les outils acquis soient restitués dans les différentes circonscriptions frontalières auprès des services de l'État, des forces de défense et de sécurité, des collectivités territoriales, des organisations de la société civile, des autorités traditionnelles et religieuses ainsi que des communautés.
« Les populations et les acteurs locaux sont au cœur de la gestion intégrée des frontières. Leur information, leur participation et leur capacité à dialoguer avec les autorités contribuent directement à la prévention des tensions, à la cohésion sociale et à la réussite des actions conduites sur le terrain », a-t-il fait savoir.
Autre enjeu majeur : la coordination des interventions. Face à la multiplicité des acteurs et des initiatives dans les zones frontalières, la CNFCI entend renforcer les mécanismes de concertation afin d'éviter les chevauchements d'activités, les doublons entre projets et la dispersion des ressources.
À cet effet, plusieurs cadres de concertation ont été mis en place, notamment avec les ministères concernés, les acteurs non étatiques et les partenaires techniques et financiers.
Diakalidia Konaté a précisé que l'objectif est d'inscrire toutes les interventions dans un dispositif programmatique cohérent, collaboratif et complémentaire, permettant d'optimiser les ressources disponibles et de renforcer leur impact sur les populations.
Il a également annoncé, avec l'appui de l'ICMPD, la tenue envisagée, à la fin du mois de novembre ou au début du mois de décembre 2026, d'un atelier de concertation des structures étatiques impliquées dans la mise en œuvre de la PNGIF-CI, ainsi que d'une réunion du cadre partenarial.
Le secrétaire exécutif a par ailleurs évoqué l'assistance technique apportée par l'Union européenne à travers le projet ATINORD, destiné à soutenir la coordination interinstitutionnelle des interventions dans certaines régions frontalières. Une expérience dont la CNFCI entend tirer des enseignements en vue d'une éventuelle extension à l'échelle nationale.
S'adressant directement aux préfets, il a souligné leur rôle déterminant dans la coordination des administrations, la circulation de l'information, la prévention des tensions et la remontée des préoccupations locales.
Il les a notamment invités à signaler sans délai à la CNFCI, par les voies appropriées, tout incident susceptible d'affecter les relations avec les pays limitrophes.
Pour Diakalidia Konaté, la formalisation des mécanismes de coopération transfrontalière constitue également une nécessité. Ces dispositifs doivent permettre de maintenir un dialogue permanent avec les pays voisins et de faire des relations entre communautés des instruments de paix, de cohésion sociale et de développement partagé.
Partenaire technique de la CNFCI, le Centre international pour le développement des politiques migratoires (ICMPD) a réaffirmé son engagement à accompagner la Côte d'Ivoire dans la mise en œuvre de sa politique nationale de gestion intégrée des frontières.
Prenant la parole au nom de l'organisation, la cheffe de projet « Gestion des frontières en Côte d'Ivoire », Natalija Spunjini, a salué le dynamisme de la CNFCI et le leadership de son secrétaire exécutif.
Évoquant sa participation, en novembre 2022 à Grand-Bassam, aux travaux de validation de la politique, elle a rappelé le chemin parcouru depuis cette étape.
Elle a notamment souligné la capacité d'initiative de Diakalidia Konaté et le travail accompli par son équipe pour faire progresser le processus d'élaboration et de mise en œuvre de la PNGIF-CI.
« Je constate avec plaisir que cette énergie et ce dynamisme sont toujours bien présents et continuent à faire avancer le processus de mise en œuvre de la politique nationale », a-t-elle déclaré.
Natalija Spunjini a également expliqué que l'appui de l'ICMPD s'inscrit dans le cadre du programme régional FMM II, élaboré en coopération avec la CEDEAO et bénéficiant du soutien financier de l'Union européenne et du Royaume du Danemark.
Elle a tenu à remercier particulièrement ces deux partenaires pour leur engagement financier, qui permet à l'organisation de poursuivre son accompagnement auprès de la CNFCI.
La responsable de l'ICMPD a par ailleurs indiqué que la rencontre de Yamoussoukro répond également à une demande spécifique formulée par le secrétariat exécutif de la CNFCI, examinée par le comité technique et ayant reçu une réponse favorable.
Pour elle, cette démarche illustre l'importance de la capacité des institutions nationales à identifier leurs besoins, à formuler des propositions pertinentes et à mobiliser les partenaires autour des priorités définies par le pays.
Insistant sur les conditions de réussite de la PNGIF-CI, elle a rappelé que son appropriation par les acteurs territoriaux demeure déterminante.
Elle a ainsi exprimé le souhait que les échanges permettent aux préfets de mieux maîtriser les orientations de la politique et de faire émerger des pistes d'action concrètes, adaptées aux réalités des zones frontalières.
Au-delà des discours et des échanges institutionnels, la rencontre de Yamoussoukro doit permettre de franchir une nouvelle étape dans l'opérationnalisation de la PNGIF-CI.
Les travaux portent notamment sur la présentation des orientations fondamentales de la politique, le bilan à mi-parcours de sa mise en œuvre et les perspectives du plan d'action révisé pour la période 2026-2030.
Ils doivent également permettre d'identifier les difficultés rencontrées sur le terrain, de clarifier les responsabilités des différents intervenants et de renforcer les mécanismes de coordination entre les administrations et les partenaires.
L'ambition est de faire du corps préfectoral un véritable relais territorial de la politique nationale, capable d'impulser une dynamique collective et de veiller à la cohérence des interventions dans chaque circonscription frontalière.
En définitive, la réussite de la PNGIF-CI dépendra de la capacité des institutions à dépasser les cloisonnements administratifs et à construire une gouvernance fondée sur la concertation, l'anticipation et la responsabilité partagée.
Pour les autorités ivoiriennes et leurs partenaires, le défi est désormais de transformer les frontières en espaces de confiance, où la sécurité va de pair avec la libre circulation, la coopération entre les communautés et les opportunités économiques.
Un changement de vision qui place les populations au cœur de l'action publique et fait des territoires frontaliers non plus des périphéries, mais des espaces stratégiques de paix, d'intégration régionale et de prospérité partagée.
Wassimagnon
Infos à la une
Communiqués
Côte d'Ivoire
Côte d'Ivoire
Côte d'Ivoire
