Côte d'Ivoire : Polémiques à la DGI, toute la lumière sur des accusations syndicales qui agitent l'administration fiscale
Depuis plusieurs jours, l’actualité au sein de la Direction générale des Impôts (DGI) est marquée par les prises de position publiques de Dougrou Michaël, Secrétaire général de l’Alliance nouvelle des agents de la DGI (ANADGI). Invité sur des plateaux de télévision et très actif sur les réseaux sociaux, le responsable syndical dénonce notamment un déficit de dialogue social, le maintien en fonction de certains agents admis à la retraite, l’existence supposée de 73 postes vacants et l’absence de reconnaissance de certains agents jugés méritants.
Face à ces déclarations, une enquête menée auprès de sources internes et institutionnelles permet d’apporter des éléments de clarification, souvent contraires aux affirmations avancées.
L’un des points centraux de la polémique concerne le maintien en poste de certains cadres supérieurs de la DGI, admis à faire valoir leurs droits à la retraite. Contrairement aux insinuations relayées, cette mesure ne relève en aucun cas d’une décision du Directeur général des Impôts.
Selon les textes en vigueur, notamment la Constitution et le Statut général de la Fonction publique, le Président de la République, Chef de l’Exécutif, dispose d’un pouvoir discrétionnaire lui permettant d’autoriser, à titre dérogatoire, la prorogation ou le maintien en activité d’un fonctionnaire civil ou militaire, sur demande motivée.
Ainsi, le maintien du Directeur du Domaine, de la Conservation foncière, de l’Enregistrement et du Timbre a été accordé par décision présidentielle, conformément aux textes. D’ailleurs, M. Dougrou Michaël lui-même a reconnu le caractère légal de cette mesure lors de son intervention dans l’émission Le Grand Talk sur Life TV, le lundi 12 janvier dernier.
Autre accusation : l’existence de 73 postes vacants au sein de la DGI. Une affirmation que contestent formellement plusieurs sources officielles.
S’il est exact que des postes sont devenus vacants à la suite de départs à la retraite enregistrés au 31 décembre 2025, leur nombre est sans commune mesure avec celui avancé. À ce jour, les postes concernés sont les suivants, 1 poste de Directeur régional, 1 poste de Receveur principal, 4 postes de Receveurs, 2 postes de Fondés de pouvoirs, 3 postes de Conservateurs, 3 postes de Chefs de centre des impôts (CDI).
Soit un total bien inférieur aux chiffres évoqués. Selon les informations recueillies, le processus de nomination est déjà engagé, et des notes d’intérim ont été régulièrement signées par le Directeur général, disponibles sur l’intranet de la DGI.
Sur le plan organisationnel, la Direction générale des Impôts est engagée depuis plusieurs années dans une politique de réformes ambitieuses, portée par l’actuel Directeur général, Ouattara Sié Abou. Le socle de ces réformes repose notamment sur la digitalisation des procédures fiscales, la modernisation des outils de gestion et l’amélioration de la relation avec les usagers.
Les résultats sont éloquents. Entre 2017 et 2025, les recettes fiscales collectées au profit du budget de l’État ont connu une progression continue et sans précédent, 2017 : 1 963 milliards FCFA, 2018 : 2 149 milliards FCFA, 2019 : 2 307 milliards FCFA, 2020 : 2 359 milliards FCFA, 2021 : 2 820 milliards FCFA, 2022 : 3 208 milliards FCFA, 2023 : 3 736 milliards FCFA, 2024 : 4 250 milliards FCFA et 2025 : 4 568 milliards FCFA (provisoire).
Ces chiffres n’intègrent pas les recettes affectées aux collectivités territoriales et à d’autres structures de l’État, estimées à plusieurs centaines de milliards de francs CFA.
Concernant le cas de Yao Boni, ancien agent admis à la retraite et lauréat du Prix d’Excellence DGI 2010, les appels à une distinction supplémentaire interrogent les observateurs.
Depuis 2001, la DGI organise chaque année des Prix d’Excellence, visant à promouvoir le mérite et la performance. Yao Boni a été honoré à ce titre lors de l’édition 2010, puis distingué au niveau national lors de la Journée nationale de l’Excellence, par le Président de la République lui-même.
Par ailleurs, son parcours professionnel a été marqué par plusieurs promotions, notamment en tant que Chef de brigade de contrôle fiscal puis Chef de CME du Plateau, avec rang de Sous-directeur.
Sur la question du dialogue, les sources interrogées rappellent l’existence du Cadre permanent de concertation (CPC), mis en place par la Direction générale et réunissant régulièrement l’ensemble des syndicats de la DGI.
Ce cadre, présidé par un Conseiller spécial du Directeur général, se réunit de manière mensuelle et donne lieu à des comptes rendus formels. Selon plusieurs témoignages, Dougrou Michaël participe à ces réunions, bien que ses absences aient été relevées lors de certaines sessions récentes.
Au-delà des controverses, de nombreux agents appellent à la préservation d’un climat social apaisé, indispensable à la poursuite des performances de l’administration fiscale. Pour eux, la DGI a davantage besoin de concertation responsable que de polémiques publiques susceptibles de fragiliser une institution stratégique pour l’État.
Wassimagnon
Infos à la une
Communiqués
Côte d'Ivoire
Côte d'Ivoire
Côte d'Ivoire
