Cameroun : Marché public à 21,4 milliards FCFA, le prix du lampadaire Camerounais explose à 995 000 Fcfa, soit le double du prix togolais !
Ferdinand Ngoh Ngoh (Ph)
Un marché de gré à gré de 21,4 milliards FCFA vient d'être accordé à l'entreprise Sunna Design pour 21 500 lampadaires solaires. Problème : le coût unitaire frôle le million de FCFA, soit près du double de ce que la même entreprise facture au Togo. Entre opacité de la procédure, prix explosifs et questions sur la décentralisation, ce dossier révèle une nouvelle affaire de malversation financière potentielle.
Marché de 21,4 milliards FCFA passé en catimini
Une correspondance officielle datée du 28 janvier 2026 et signée par le Ministre d'État, Secrétaire Général de la Présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh, a autorisé la passation d'un marché public par procédure de gré à gré. Le contrat porte sur la fourniture et l'installation de 21 500 lampadaires solaires par l'entreprise Sunna Design, pour un montant total de 21,4 milliards de FCFA TTC. Le projet concerne 360 communes du Cameroun dans le cadre de la phase 1.
995 348 FCFA par lampadaire
L'analyse financière du contrat révèle un coût unitaire d'environ 995 348 FCFA par lampadaire (21,4 milliards divisés par 21 500 unités). Cette somme, proche du million de francs CFA par unité, se situe dans la fourchette haute du marché pour des équipements de ce type, même en tenant compte des spécifications techniques des lampadaires solaires et des coûts d'installation.
Rapporté aux 360 communes bénéficiaires, l'investissement représente environ 59 millions FCFA par commune.
Le scandale : Sunna Design facture 540 000 FCFA au Togo, mais 995 000 FCFA au Cameroun !
C'est ici que le scandale éclate au grand jour. L'entreprise Sunna Design a réalisé un marché similaire au Togo pour un projet de 50 000 lampadaires avec un coût unitaire de 540 000 FCFA. Au Cameroun, le même lampadaire coûte 995 000 FCFA, soit une différence de 455 000 FCFA par unité ou une majoration de 84% !
Sur 21 500 lampadaires, cette surfacturation représente un surcoût de 9,78 milliards FCFA. Avec le prix togolais, le marché aurait dû coûter 11,61 milliards FCFA au lieu de 21,4 milliards. Où sont passés ces près de 10 milliards de francs CFA de différence ? Malversation financière tout simplement, ou vol caractérisé des fonds publics.
Le recours à la procédure de gré à gré, bien que prévu par le Code des marchés publics dans des cas spécifiques, suscite des questions. Cette procédure, qui permet d'attribuer un marché sans appel d'offres ouvert, contourne les mécanismes habituels de mise en concurrence censés garantir la transparence et l'optimisation des coûts publics.
Selon le document officiel, cette procédure a été retenue pour « accélérer la mise en œuvre d'initiatives jugées prioritaires, notamment lorsque des considérations techniques ou calendaires le justifient ». Toutefois, le document ne précise pas les critères techniques spécifiques qui auraient justifié l'attribution directe à Sunna Design, ni les raisons pour lesquelles un appel d'offres n'aurait pas permis de respecter le calendrier du projet.
La question centrale demeure : quelle est l'urgence qui peut justifier qu'un marché de 21 milliards soit passé de gré à gré, surtout avec des prix aussi gonflés ?
L'entreprise Sunna Design a réalisé un marché similaire au Togo pour un projet de 50 000 lampadaires avec un coût unitaire de 540 000 FCFA. Comment comprendre que chez nous le prix du lampadaire soit de presque un million, soit 84% plus cher ? Qui empoche la différence de 9,78 milliards FCFA ? S’agit-il d’un arrangement entre petits copains déterminés à s’en mettre plein les poches au grand dam du citoyen ?
Surtout, une enquête approfondie s'impose pour comprendre comment et pourquoi le Cameroun paie ses lampadaires 84% plus cher que le Togo à la même entreprise. C'est de la malversation financière tout simplement, un vol caractérisé des fonds publics qui mérite toute l'attention de la justice et des organes de contrôle. Mais, agiront-ils dans un pays gangrené par la corruption de ces dirigeants ?
-Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun.
-Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au 237 691154277-oucameroun@koaci.com
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