Côte d'Ivoire : APPO, Sangafowa-Coulibaly appelle à un “réalisme climatique” pour sauver la souveraineté énergétique de l'Afrique
Président en exercice de l’Organisation des producteurs africains de pétrole (APPO), le ministre ivoirien des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, Mamadou Sangafowa-Coulibaly, se positionne en porte-voix d’un continent confronté à un défi énergétique majeur. Dans un entretien accordé à Jeune Afrique, il livre une analyse sans concession des enjeux qui freinent le développement du secteur pétrolier africain et défend une approche qu’il qualifie de « climato-réaliste », conciliant transition climatique et impératif de sécurité énergétique.
Le constat est clair : depuis plusieurs années, l’exploration et le développement de nouveaux gisements africains subissent un net ralentissement, conséquence directe de la raréfaction des financements. Majors internationales, opérateurs indépendants et États producteurs sont tous touchés par ce désengagement progressif des bailleurs.
Pour le président de l’APPO, la relance des financements constitue la priorité stratégique. Elle est, selon lui, la condition indispensable pour enrayer le déclin de la production et garantir l’approvisionnement énergétique du continent. Une lueur d’espoir apparaît toutefois à l’horizon : certaines institutions financières internationales amorcent un assouplissement de leurs politiques, ouvrant la voie à une possible reprise des investissements dès 2026.
Mais l’afflux de capitaux ne saurait suffire sans un environnement propice. Mamadou Sangafowa-Coulibaly insiste sur la nécessité de cadres réglementaires stables, transparents et prévisibles. Si l’Afrique dispose d’importantes ressources pétrolières et gazières, les investisseurs exigent avant tout une visibilité juridique et fiscale.
C’est dans cette optique que l’APPO entend renforcer son action auprès de ses 18 États membres, de l’Algérie à l’Afrique du Sud, afin d’harmoniser les pratiques, sécuriser les investissements et restaurer la confiance des acteurs du secteur.
Sécurité énergétique et stabilité géopolitique
La question sécuritaire s’impose également comme un paramètre déterminant. Les crises internationales et régionales, à l’instar de la guerre en Ukraine, ont mis en lumière la fragilité des chaînes d’approvisionnement énergétiques mondiales. Pour le ministre ivoirien, la réponse passe par des investissements accrus dans les infrastructures de stockage et de transport, mais aussi par le renforcement de l’offre locale.
Sans stabilité politique et sécuritaire, reconnaît-il, aucun développement durable n’est envisageable. Un combat qui engage à la fois les États, l’Union africaine et les organisations régionales.
Au cœur de cette stratégie continentale figure la Banque africaine de l’énergie (BAE). Longtemps annoncée, celle-ci a franchi une étape importante avec l’installation de son siège provisoire à Abuja, au Nigeria. Pour Sangafowa-Coulibaly, le projet entre désormais dans une phase déterminante.
Une ultime ratification est attendue afin de permettre la tenue de l’assemblée générale constitutive, la mise en place du conseil d’administration et le recrutement de l’équipe dirigeante. L’objectif est clair : rendre la BAE pleinement opérationnelle avant la fin de l’année.
Sur le plan environnemental, le ministre ivoirien défend une ligne qu’il assume pleinement. « L’Afrique n’est pas climatosceptique, mais climato-réaliste », affirme-t-il. Pour lui, l’exploitation des ressources fossiles peut s’inscrire dans une trajectoire compatible avec les objectifs climatiques, à condition de privilégier des projets à faible empreinte carbone, à l’image du champ pétrolier Baleine, en Côte d’Ivoire.
Faire de l’énergie un levier de développement
Au-delà des aspects techniques et financiers, Mamadou Sangafowa-Coulibaly porte une ambition politique : faire entendre la voix de l’Afrique sur la scène énergétique mondiale. Cela passe par une participation renforcée aux grandes conférences internationales, un alignement stratégique avec les positions de l’Union africaine et l’affirmation d’un modèle énergétique propre au continent.
Pour le ministre ivoirien, l’enjeu est fondamental : l’énergie doit cesser d’être une rente exportée et devenir un véritable moteur de développement endogène.
Dans un contexte de recomposition du paysage énergétique mondial, l’Afrique joue peut-être l’une de ses dernières cartes stratégiques. À la tête de l’APPO, Mamadou Sangafowa-Coulibaly entend bien la jouer avec pragmatisme, ambition et lucidité.
Wassimagnon
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