Côte d'Ivoire: Marché d'Agban, face au refus d'installation, les commerçants de petits ruminants s'insurgent contre une entrave illégale et portent l'affaire en justice
La tension monte au marché d’Agban, à Adjamé. L’Union régionale des commerçants de petits ruminants d’Agban-Marché d’Adjamé est montée au créneau pour dénoncer les obstacles qu’elle dit rencontrer dans l’exercice de son activité, malgré un décret présidentiel l’autorisant à s’installer sur des espaces dédiés.
Réunis en conférence de presse au siège de leur organisation, les responsables de l’Union, conduits par leur président, Monsieur Barry Babilé, ont exprimé leur exaspération face à une situation qu’ils jugent « incompréhensible et préoccupante ».
Selon Barry Babilé, un décret présidentiel reçu en mars 2025 autorise officiellement les commerçants de petits ruminants à exercer sur l’ensemble du territoire national, avec la possibilité d’occuper des espaces dédiés à leur activité.
Mais un an plus tard, l’accès effectif au site prévu au marché d’Agban reste, selon lui, entravé.
« Nous détenons un décret signé par le Président de la République. Pourtant, sur le terrain, nous ne parvenons pas à accéder à notre espace de travail », a-t-il déclaré.
Face à ces difficultés, l’Union a saisi son président du Conseil d’administration (PCA), le Général Gaoussou Soumahoro, afin qu’il entreprenne des démarches auprès des autorités compétentes, dans un esprit d’apaisement.
Dans un premier temps, les commerçants ont proposé d’installer leur bureau sur le site du marché d’Agban, présenté comme le marché terminal et le plus important du district. Selon eux, leurs membres y exercent déjà, mais sans encadrement formel.
« Il nous semblait nécessaire d’être aux côtés de nos commerçants pour les accompagner dans leurs difficultés comme dans leurs réussites », a expliqué le président de l’Union.
Cependant, cette tentative aurait rapidement dégénéré. Certains membres auraient été violentés. Sur recommandation du PCA, les commerçants ont choisi de se retirer et de privilégier la voie légale.
Après plusieurs semaines d’attente et de médiations, l’Union affirme avoir identifié l’origine des blocages : des représentants de la filière des gros ruminants, seraient opposés à leur installation sur le site.
Pour Barry Babilé, cette situation est d’autant plus incompréhensible que la filière bétail est structurée en trois branches distinctes : le petit ruminant, le gros ruminant et la filière lait.
« Il s’agit d’un espace public destiné à l’ensemble de la filière. Pourquoi nous empêcher d’y exercer légalement ? » s’interroge-t-il.
Une sécurisation promise mais absente
La semaine dernière, une nouvelle tentative d’installation a été organisée. Cette fois, l’Union affirme avoir saisi officiellement la préfecture de police afin d’obtenir une sécurisation du site.
Selon les responsables, il leur aurait été demandé de prévoir trente éléments de sécurité, à raison de 10 000 FCFA par agent. Les commerçants affirment s’être acquittés de la somme demandée.
Mais le jour prévu, les forces de sécurité ne se seraient pas présentées.
Pire, un représentant du district, accompagné d’un détachement, serait intervenu pour exiger le retrait du bureau, sans présenter de document officiel. D’après l’Union, l’agent aurait évoqué une instruction verbale d’un responsable du district.
Des versions contradictoires auraient ensuite été données quant au statut du site public ou privé avant qu’un autre représentant du district ne reconnaisse qu’il s’agissait bien d’un espace public destiné à un marché.
« La signature du Président n’a-t-elle plus de valeur ? »
Face à cette situation, les commerçants annoncent leur intention de saisir la justice.
Ils dénoncent principalement, le non-respect du décret présidentiel, un parti pris dans la gestion du dossier, le retrait de leur bureau, dont ils ignorent à ce jour l’emplacement.
« Si la signature du Président de la République n’est plus respectée, à quelle autorité devons-nous nous référer ? » a lancé Barry Babilé.
L’Union dit également solliciter l’arbitrage du Chef de l’État afin de clarifier les responsabilités et de faire respecter les textes en vigueur.
Présent depuis plus de vingt ans dans la filière, le commerce de petits ruminants constitue, selon les responsables, l’unique source de subsistance de nombreux acteurs.
« Notre secteur est sensible. Tout incident pourrait avoir de graves conséquences pour nous comme pour la population », a prévenu le président de l’Union, appelant à la poursuite des négociations pour éviter toute escalade.
Mais le message est clair : « Trop, c’est trop. Nous avons fait preuve de patience. »
En attendant une clarification des autorités, le dossier du marché d’Agban pourrait désormais se jouer devant les tribunaux.
Wassimagnon
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