Cameroun : Maladies zoonotiques et émergentes en pleine expansion, des chercheurs sonnent l'alarme à Yaoundé
Une rencontre réunissant ministères, chercheurs et acteurs de la société civile s'est tenue à Yaoundé dans le cadre du projet AFRICAM, pour renforcer la prévention des maladies qui circulent entre animaux et humains.
Saviez-vous que 60 % des maladies infectieuses qui touchent l'être humain proviennent des animaux ? Et que les zoonoses - ces maladies transmissibles de l'animal à l'homme -représentent 75 % de l'ensemble des maladies infectieuses connues ? Ces chiffres, aussi impressionnants que préoccupants, sont au cœur des discussions que des scientifiques, des fonctionnaires et des représentants de la société civile ont tenues cette semaine à Yaoundé.
Maladies zoonotiques
Selon les experts, une maladie zoonotique, ou zoonose, est une maladie ou infection qui se transmet naturellement entre les animaux vertébrés et l'être humain. La grippe aviaire, Ebola, le VIH, la rage ou encore le Covid-19 en sont des exemples bien connus. Ces maladies peuvent se transmettre par contact direct avec un animal infecté, par la consommation d'aliments contaminés, ou encore par l'intermédiaire d'insectes vecteurs comme les moustiques.
On parle de maladie émergente lorsqu'une maladie infectieuse apparaît pour la première fois dans une population, ou réapparaît dans une région où elle avait disparu, souvent à cause de changements environnementaux, de déforestation, de pratiques agricoles intensives, ou encore de l'urbanisation accélérée. Ces maladies sont particulièrement redoutées car les systèmes de santé n'y sont pas toujours préparés.
AFRICAM, une réponse régionale
C'est pour anticiper ces risques que le projet AFRICAM a été lancé. Présent en Guinée, à Madagascar, au Sénégal, au Cameroun et au Cambodge, ce projet ambitieux vise à renforcer les capacités des pays à prévenir l'émergence de nouvelles maladies et à mieux gérer les crises sanitaires lorsqu'elles surviennent.
Au Cameroun, l'atelier organisé par le ministère de l'Environnement, de la Protection de la Nature et du Développement Durable (MINEPDED) s'inscrit dans ce cadre. Son objectif : faire travailler ensemble des institutions qui ne se parlent pas toujours, autour du concept « One Health » — ou « Une seule santé » — une approche qui considère que la santé humaine, animale et environnementale est indissociable.
Rencontre entre institutions
Pour Ludovic Temple, chercheur au CIRAD à Montpellier, cette rencontre de Yaoundé marque un tournant. «Des ministères sectoriels ont interagi en dehors des cadres institutionnalisés dans lesquels ils interagissent habituellement, avec une interaction très forte avec, notamment, la CNPS. C'est très important que l'institution qui est en charge de la sécurité sociale au Cameroun, et qui va investir dans les années à venir pour la protection sociale, se connecte mieux à ce que fait la recherche et à ce que font les différentes structures institutionnelles. Il s'est passé quelque chose de très fort pour le futur.»
Le chercheur, également membre du comité d'éthique CIRAD-INRAE-IFREMER, a aussi souligné la valeur d'une science ancrée dans les réalités locales : «Le fait que les doctorants aient produit leur connaissance en faisant participer les acteurs de la société civile a permis de se rendre compte du rôle de la recherche comme élément révélateur des besoins des populations.»
Pesticides, cacao et biodiversité : un lien sous-estimé
L'une des présentations les plus marquantes de l'atelier est venue de Nathalie, chercheuse à l'Université de Yaoundé I, département de Biologie et Physiologie Végétales. Elle a mis en exergue un problème souvent ignoré dans les zones agricoles : la méconnaissance des risques liés aux pesticides par les producteurs de cacao.
«La majorité des acteurs impliqués ont une très grande méconnaissance de tout ce qui est concept One Earth et maladies génétiques», a-t-elle alerté, pointant «l'impact des pesticides sur la santé des sols, des humains et de la biodiversité». Des données terrain confirment ce constat : «Dans le département de l'Océan, beaucoup de producteurs utilisent des pesticides. Les résultats ont démontré que ces pesticides ont un impact sur la santé des sols et la santé des humains.»
Sa recommandation principale est claire : renforcer les capacités des acteurs locaux autour du concept One Health, en matière de gestion de la santé animale, environnementale et humaine, «afin qu'ils puissent mieux prendre en compte cet aspect global qui impacte nos vies de manière générale».
Vers une gouvernance repensée
Du côté du gouvernement camerounais, Bello Sinata Cyril, directeur du Développement des politiques environnementales au MINEPDED, a insisté sur la nature progressive de cette démarche. «L'approche One Health est un processus, et progressivement, les gens capitalisent les informations reçues et les contextualisent dans leur milieu», a-t-il expliqué.
Il a également élargi la portée du concept : «L'approche One Health ne doit pas se limiter à la santé humaine, animale et des écosystèmes — elle s'étend aussi à des domaines comme la communication et la sensibilisation.»
Sur la question épineuse de la gouvernance, il a prôné une voie pragmatique : «Il faut trouver le pont entre la gouvernance multisectorielle et la gouvernance polycentrique, pour identifier les concepts à maintenir dans notre système.» Avant de conclure avec pragmatisme : «Dans tous les cas, c'est l'efficacité qui compte, ce n'est pas le terme.»
La fenêtre est ouverte. Chercheurs, décideurs et acteurs de terrain semblent désormais partager une conviction commune : face aux maladies zoonotiques et émergentes, aucune institution ne peut agir seule. L'avenir de la santé publique au Cameroun se jouera, en grande partie, dans cette capacité collective à parler d'une seule voix — humaine, animale et environnementale.
-Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun.
-Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au 237 691154277-ou cameroun@koaci.com
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