Côte d'Ivoire : Gôh, quand le débat politique franchit les lignes de légitimité
Dr. Rabé
Dans le tumulte habituel de la vie politique régionale, certaines prises de parole suscitent à la fois étonnement et nécessité de clarification. La récente sortie de l’honorable Moussa Konaté sur les affaires internes du Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP) dans la région du Gôh s’inscrit précisément dans cette catégorie d’interventions qui appellent une mise au point, tant sur le fond que sur la forme.
Le débat démocratique, par essence, suppose la pluralité des opinions et la confrontation des idées. Cependant, il repose également sur des règles implicites de respect des périmètres politiques. Lorsqu’un acteur extérieur à une formation politique s’arroge le droit d’intervenir dans ses mécanismes internes, notamment dans le processus de désignation de ses responsables ou candidats, cela interroge sur les motivations réelles d’une telle démarche. Une telle posture, loin d’éclairer l’opinion, peut être perçue comme une tentative de déstabilisation plutôt que comme une contribution constructive au débat public.
Dans ses propos, l’honorable Konaté semble également établir une équivalence discutable entre longévité politique et incapacité à se renouveler. Une telle lecture occulte une réalité pourtant bien établie : l’expérience demeure un atout fondamental dans la gestion des affaires publiques. Les parcours longs et constants traduisent souvent une connaissance approfondie des enjeux, des territoires et des populations. Les réduire à une simple question d’âge revient à ignorer la valeur de l’expertise accumulée et le rôle structurant de certaines figures dans la stabilité institutionnelle.
Par ailleurs, les critiques formulées à l’endroit du bilan de la gouvernance régionale gagneraient à être étayées par des éléments concrets. En matière de gestion publique, l’appréciation des résultats ne saurait reposer sur des impressions ou des positions partisanes. Elle exige des données vérifiables, des indicateurs mesurables et une analyse rigoureuse des politiques mises en œuvre. Sans cela, le débat risque de s’enfermer dans des affirmations générales qui, loin d’éclairer les citoyens, contribuent à brouiller la perception des réalités locales.
La métaphore utilisée pour illustrer les responsabilités politiques, bien que suggestive, simplifie à l’excès la complexité du leadership territorial. Gouverner une région ne relève ni de la symbolique ni de la rhétorique, mais d’une capacité réelle à fédérer, à décider et à agir dans la durée. Cette capacité se construit dans l’épreuve du terrain, au contact des populations, et se valide par l’adhésion populaire.
C’est d’ailleurs là que réside le principe fondamental qui doit guider toute réflexion politique : dans une démocratie, la légitimité procède du suffrage universel. Les fonctions électives ne se décrètent pas dans les médias ni dans les déclarations publiques. Elles se conquièrent dans les urnes, au terme d’un choix librement exprimé par les citoyens. Le peuple du Gôh, comme partout ailleurs, demeure l’arbitre ultime des ambitions et des projets politiques.
Dans ce contexte, il apparaît essentiel que chaque responsable public concentre son action sur le mandat qui lui a été confié, dans le respect des institutions et des dynamiques propres à chaque formation politique. Le débat politique gagne en crédibilité lorsqu’il s’inscrit dans un cadre de responsabilité, de rigueur et de respect mutuel.
Au-delà des divergences, c’est la stabilité du Gôh et le progrès de ses populations qui doivent rester la priorité commune.
Jean Chresus, Abidjan
Infos à la une
