Algérie–Côte d'Ivoire : Sangafowa-Coulibaly au cœur du modèle qui inspire la future souveraineté énergétique ivoirienne
Au lendemain de la signature d’un accord de coopération stratégique entre Abidjan et Alger, le ministre ivoirien des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, Mamadou Sangafowa-Coulibaly, a effectué une visite hautement symbolique à l’Institut Algérien du Pétrole (IAP). Situé à Boumerdès, cet établissement incarne depuis plus de six décennies le socle humain et technique sur lequel repose la puissance énergétique de l’Algérie.
Dans un contexte marqué par la montée en puissance attendue des ressources pétrolières et gazières de la Côte d’Ivoire, cette visite intervient à un moment stratégique. Le pays ambitionne de changer d’échelle, mais entend éviter les écueils classiques des économies extractives.
Pour le ministre ivoirien, l’enjeu est clair, sans capital humain qualifié, aucune transformation durable n’est possible. « La vision portée par le président Alassane Ouattara est celle d’une filière extractive intégrée, capable de générer de la valeur localement, bien au-delà de la simple extraction », a-t-il rappelé.
À Boumerdès, l’immersion a permis de mieux comprendre les ressorts du succès algérien. Mamadou Sangafowa-Coulibaly n’a pas caché son admiration : « Cette visite permet de saisir comment ce pays a atteint et maintenu un tel niveau d’excellence, en s’appuyant sur ses propres compétences. »
Alors que la production nationale ivoirienne pourrait quadrupler dans les trois prochaines années, Abidjan mesure l’urgence d’anticiper une demande massive en ingénieurs, techniciens et experts.
Fondé en 1965, l’Institut Algérien du Pétrole s’inscrit dans une stratégie nationale pensée dès l’indépendance. Bien plus qu’un simple centre de formation, il a permis de préparer en amont les compétences nécessaires à la nationalisation des hydrocarbures en 1971.
Aujourd’hui, l’IAP fonctionne comme une véritable « usine à compétences ». Avec quatre sites, une trentaine de laboratoires, des simulateurs de pointe et des programmes alignés sur les besoins opérationnels, il couvre l’ensemble de la chaîne de valeur du secteur pétro-gazier : exploration, production, transformation, pétrochimie et commercialisation.
Son modèle pédagogique repose sur une forte intégration avec l’industrie. Environ 75 % des formateurs sont issus du terrain, notamment de la compagnie nationale, y compris des experts retraités. Ce système permet de capitaliser sur des décennies d’expérience et de garantir une formation en phase avec les réalités opérationnelles.
Résultat : une autonomie quasi totale. Aujourd’hui, tous les postes au sein de l’industrie pétrolière nationale sont occupés par des compétences locales, illustrant une souveraineté énergétique pleinement assumée.
Face à ce modèle structuré, la Côte d’Ivoire affine sa stratégie. L’objectif affiché est de reproduire, à terme, une architecture similaire, articulant une compagnie nationale forte et un institut de formation dédié.
Déjà engagée dans un partenariat avec l’IAP, la Côte d’Ivoire entend renforcer et élargir cette coopération. L’idée d’une « corporate university », adossée à Petroci, fait son chemin.
Les dirigeants du secteur, notamment ceux de Petroci et de la Société Ivoirienne de Raffinage (SIR), ont exprimé leur volonté de s’appuyer sur l’expertise algérienne pour renforcer leurs dispositifs de formation et accompagner la montée en puissance de l’industrie nationale.
Si l’Algérie se distingue par son expertise en formation et en intégration industrielle, la relation avec la Côte d’Ivoire s’inscrit dans une logique d’échange. Des complémentarités apparaissent clairement. La Côte d’Ivoire dispose d’une expérience reconnue dans l’exploitation offshore, un domaine que l’Algérie cherche à développer. À l’inverse, le savoir-faire algérien en matière de structuration industrielle constitue un levier précieux pour Abidjan.
Autre point d’intérêt : le raffinage. La SIR, unique raffineur africain équipé d’un hydrocraqueur, suscite l’attention des autorités algériennes, qui envisagent d’investir dans ce type d’infrastructures.
Un modèle africain de référence
Au-delà de la coopération bilatérale, cette visite met en lumière un enjeu plus large : la capacité des pays africains à bâtir des modèles endogènes de développement industriel.
L’exemple algérien démontre qu’une stratégie fondée sur la formation, l’anticipation et l’intégration peut transformer durablement une économie. Pour la Côte d’Ivoire, l’enjeu est désormais de s’en inspirer, tout en l’adaptant à ses réalités.
Wassimagnon
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