Côte d'Ivoire : Entre ambitions et critiques, le PND 2026-2030 d'un coût de 114.000 milliards validé par le parlement pour redessiner l'avenir économique du pays
La Côte d’Ivoire amorce une nouvelle étape de sa stratégie de développement. Présenté devant la Commission des Affaires économiques et financières de l’Assemblée nationale, le projet de loi relatif au Plan national de développement (PND) 2026-2030 a été défendu par le ministre du Plan et du Développement, Souleymane Diarrassouba. Ce document stratégique, adopté par les députés de la commission, se veut une feuille de route ambitieuse pour transformer durablement l'économie nationale et améliorer les conditions de vie des populations. Inscrit dans la continuité des politiques engagées depuis 2012 sous la présidence de Alassane Ouattara, ce nouveau plan entend consolider les acquis tout en répondant aux défis persistants.
Le PND 2026-2030 repose sur six axes prioritaires : la sécurité et la stabilité, la modernisation de l’agriculture, le développement du secteur privé, le renforcement du capital humain, l’amélioration des infrastructures et la promotion d’une gouvernance efficace.
L’objectif affiché est clair : hisser la Côte d’Ivoire au rang de pays à revenu intermédiaire supérieur à l’horizon 2030. Pour y parvenir, le gouvernement mise sur une croissance économique soutenue, estimée à environ 6,5 % par an, accompagnée d’une création massive d’emplois et d’une réduction significative de la pauvreté.
Le financement du plan, évalué à plus de 114 000 milliards de FCFA, reposera en grande partie sur un partenariat renforcé entre l’État et le secteur privé, ainsi que sur le soutien des partenaires internationaux.
Lors de sa présentation, le ministre a salué les performances du précédent PND 2021-2025, marqué par une croissance économique robuste, une amélioration des infrastructures et un meilleur accès aux services sociaux de base, notamment dans les domaines de la santé, de l’éducation, de l’électricité et de l’eau potable. Cependant, il a également reconnu plusieurs limites structurelles : une industrialisation encore insuffisante, un secteur informel dominant, une inadéquation entre formation et emploi, ainsi qu’un chômage élevé chez les jeunes et les femmes. À cela s’ajoutent des enjeux liés à la gouvernance, au climat des affaires et aux défis environnementaux.
Malgré l’ambition du projet, plusieurs groupes parlementaires ont exprimé des inquiétudes. Le groupe PDCI-RDA a notamment mis en doute la crédibilité de certaines prévisions, jugées trop optimistes, notamment en matière de réduction de l’inflation et de la pauvreté. Il a également pointé un manque de réponses concrètes sur des enjeux clés tels que la sécurité alimentaire et le déficit énergétique.
Le groupe Agir, tout en saluant l’orientation globale du plan, a critiqué un déséquilibre dans la répartition des investissements, jugé trop favorable aux infrastructures au détriment de l’éducation et de la formation. Des interrogations ont également été soulevées concernant la pression fiscale et la cohérence budgétaire. De son côté, le groupe Solidarité a reconnu la pertinence des grandes orientations du PND, tout en alertant sur une dépendance excessive au secteur privé et un manque de mécanismes de gestion des risques, notamment face aux chocs économiques et climatiques.
En réponse à ces préoccupations, Souleymane Diarrassouba a assuré que les observations des députés ont été prises en compte. Il a reconnu des insuffisances dans le système statistique, tout en annonçant des efforts pour améliorer la qualité des données. Concernant les écarts budgétaires évoqués, le ministre a évoqué des ajustements techniques volontaires permettant une certaine flexibilité face aux évolutions économiques internationales.
Il a par ailleurs défendu le rôle central du secteur privé, soulignant l’attractivité croissante du pays et la hausse des investissements étrangers. Des réformes sont prévues pour améliorer l’environnement des affaires, notamment à travers la digitalisation de l’administration et le soutien accru aux PME locales.
Le ministre a insisté sur le rôle stratégique de l’agriculture, avec pour ambition d’atteindre l’autosuffisance alimentaire grâce à la mécanisation, à l’irrigation et au développement de pôles agro-industriels. La transformation locale des matières premières, notamment du cacao, figure également parmi les priorités. Sur le plan social, l’accent sera mis sur la formation professionnelle et l’enseignement technique afin de mieux aligner les compétences des jeunes avec les besoins du marché de l’emploi.
Le gouvernement entend également renforcer la décentralisation et favoriser un développement équilibré du territoire, notamment pour réduire la pression démographique sur Abidjan.
Le PND prévoit d’importants investissements dans les infrastructures, notamment dans les secteurs des transports, de l’énergie et de l’eau potable. Un programme de 700 milliards de FCFA est ainsi envisagé pour améliorer la distribution électrique et réhabiliter les réseaux d’eau. Parmi les projets phares figurent également le développement de nouvelles infrastructures de transport, dont un projet de train à grande vitesse, ainsi que l’extension de l’aéroport d’Abidjan.
Malgré un contexte international marqué par les effets de la pandémie de Covid-19 et les tensions géopolitiques, la Côte d’Ivoire maintient une trajectoire de croissance positive. Le PND 2026-2030 se veut ainsi un instrument de transformation structurelle, visant à réduire le poids de l’économie informelle, élargir l’assiette fiscale sans alourdir la charge des contribuables et renforcer la résilience économique du pays.
Adopté par la commission parlementaire, ce projet de loi, composé de neuf articles, marque une étape clé dans la planification du développement national. Il incarne la volonté des autorités de bâtir une économie plus compétitive, inclusive et durable, au service de l’ensemble des Ivoiriens.
Wassimagnon
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