Côte d'Ivoire : Multipartisme ivoirien, Simone Gbagbo et son parti questionnent les promesses inachevées de la démocratie
À rebours des rassemblements festifs habituels, la quatrième édition de la Fête des Libertés organisée par le Mouvement des Générations Capables (MGC) s’est distinguée par un format résolument intellectuel et introspectif. Réunis le samedi 2 mai 2026 dans un complexe hôtelier de Cocody-Golf, acteurs politiques, membres de la société civile et partenaires institutionnels ont privilégié l’analyse et le débat autour de plus de trois décennies de multipartisme en Côte d’Ivoire.
Sous la conduite de Simone Ehivet Gbagbo, présidente du mouvement, cette rencontre s’est voulue un espace de bilan et de projection. Le thème central, consacré aux 36 années de pluralisme politique dans le pays, a permis d’interroger la réalité des acquis démocratiques et la portée effective des libertés publiques. Plusieurs organisations, dont le COJEP, le PPA-CI représenté par Angèle Boka, ainsi que des institutions internationales comme le NDI et la CEDEAO, ont pris part à cette initiative.
Les échanges ont rapidement mis en lumière une idée centrale : le multipartisme, bien qu’essentiel, ne constitue pas en soi une garantie de démocratie. L’intervention du ministre Koffo Koffi Lazare a retracé les racines historiques du pluralisme politique ivoirien, rappelant que ses dynamiques remontent bien avant les années 1990, avec des évolutions marquées par des contextes politiques et sociaux fluctuants.
De son côté, le chercheur Paul Agoubli a insisté sur les limites structurelles du système démocratique ivoirien, soulignant que la multiplication des institutions ne suffit pas à consolider un État de droit. Selon lui, l’expérience ivoirienne, notamment depuis la crise de 2010, démontre que les élections, à elles seules, ne garantissent ni stabilité ni paix durable, sans un socle institutionnel solide et crédible.
Intervenant depuis les États-Unis, Semien Eric-Aimé, président de l’Observatoire Ivoirien des Droits de l’Homme, a attiré l’attention sur les dérives liées à une confusion des pouvoirs, estimant que certaines pratiques fragilisent les libertés individuelles et collectives. Il a notamment évoqué des mécanismes institutionnels qui, loin de protéger les citoyens, contribuent à restreindre leur espace d’expression.
Dans une perspective tournée vers l’avenir, le professeur Traoré Dominique a plaidé pour une démocratisation fondée sur l’éducation politique des citoyens et sur l’instauration d’un dialogue permanent entre les forces vives de la nation. Il a mis en garde contre les risques de ruptures institutionnelles observées dans certains pays africains, appelant à éviter ces scénarios par une consolidation progressive et inclusive des processus démocratiques.
Les prises de parole ont également reflété des préoccupations politiques plus directes. Angèle Boka a dénoncé certaines pratiques de gouvernance, notamment le népotisme et le manque de respect des institutions. Quant à Don Mello, il a rappelé que la démocratie repose avant tout sur une culture politique partagée, insistant sur le lien indissociable entre démocratie et souveraineté nationale.
Cette journée de réflexion, marquée par une forte mobilisation avec plus de 500 participants, s’est achevée sur l’annonce de la rédaction d’un rapport assorti de recommandations. L’objectif affiché est clair : nourrir le débat public et contribuer à une amélioration tangible de la gouvernance en Côte d’Ivoire. À noter toutefois l’absence remarquée de certains grands partis politiques, dont le PDCI-RDA et le RHDP, pourtant conviés à ces échanges.
Jean Chresus, Abidjan
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