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Côte d'Ivoire : Produits cosmétiques dangereux, Marcellin Doh accuse la Police sanitaire et l'AIRP de fermer les yeux, son appel à la tutelle (interview)
 

Côte d'Ivoire : Produits cosmétiques dangereux, Marcellin Doh accuse la Police sanitaire et l'AIRP de fermer les yeux, son appel à la tutelle (interview)

 
 
 
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© Koaci.com - mercredi 03 juin 2026 - 17:40

Marcellin Doh ici à Bimbresso (Ph KOACI)


La prolifération des produits cosmétiques non conformes, des compléments alimentaires non autorisés et des injections vendues hors circuit officiel continue d'alimenter les inquiétudes en Côte d'Ivoire. Coordonnateur national du Programme de prévention contre la dépigmentation, président du Collectif des ONG de lutte contre la dépigmentation et les produits non conformes, ainsi que président de l'ONG CEMC-CI, Marcellin Doh tire la sonnette d'alarme. Dans cet entretien sans détour, il dénonce l'inaction présumée de la Police sanitaire et de l'Autorité ivoirienne de régulation pharmaceutique (AIRP), qu'il accuse de ne pas assurer efficacement leur mission de contrôle et de protection des consommateurs. Il appelle l'État à prendre des mesures urgentes face à ce qu'il considère comme une menace majeure pour la santé publique. Alors que les produits blanchissants, les injections esthétiques et divers compléments alimentaires continuent d'être vendus librement sur le marché ivoirien, Marcellin Doh hausse le ton. Le président de l'ONG CEMCCI accuse ouvertement la Police sanitaire et l'AIRP de passivité face à la circulation de produits qu'il juge dangereux pour la population. Entre dénonciations, chiffres alarmants et appels à l'action, il livre une charge sévère contre les mécanismes actuels de contrôle du secteur cosmétique en Côte d'Ivoire.


KOACI : Selon vous, aujourd'hui, quel constat faites-vous de la prolifération des produits cosmétiques non autorisés en Côte d'Ivoire ?


Marcellin Doh : Cette problématique prend de plus en plus d'ampleur. Nous assistons à une prolifération des produits non conformes, dangereux, prohibés et à risque sur le marché ivoirien. C'est pourquoi nous lançons un appel urgent aux autorités afin qu'elles interviennent.


En 2017, nous avons mené une enquête qui a révélé que 83 % des produits éclaircissants et blanchissants présents sur le marché étaient non conformes.


Pourtant, la Côte d'Ivoire dispose du décret n° 2015-288 du 29 avril 2015 portant réglementation des produits cosmétiques et d'hygiène corporelle. Ce texte encadre la fabrication et la commercialisation des produits cosmétiques.

Nous avons également constaté que 34 % des produits recensés étaient artisanaux ou importés sans représentant légal.

Un problème de santé publique ?


Avec ces chiffres, peut-on parler d'un véritable problème de santé publique ?


Marcellin Doh : Absolument. Nous sommes face à un problème majeur de santé publique. Les populations utilisent des produits dont elles ignorent souvent la composition réelle et les effets sur la santé.

Cette situation expose les consommateurs à de graves risques sanitaires.


Quels sont les principaux produits qui suscitent des inquiétudes ?


Marcellin Doh : Il ne s'agit pas d'une seule catégorie de produits. Les risques concernent :

Les produits topiques (crèmes, laits corporels, pommades, etc.) ;


Les compléments alimentaires ;

Les injections vendues sur Internet ou dans les marchés parallèles ;

Les pratiques d'IV-thérapie réalisées en dehors du cadre médical réglementaire.

L'IV-thérapie doit être encadrée par des médecins. Malheureusement, certaines structures la pratiquent sans supervision médicale adéquate.


Quel regard portez-vous sur les actions de la police sanitaire face à ces marchés parallèles ?


Marcellin Doh : La police sanitaire existe bel et bien, mais nous constatons une absence d'action efficace sur le terrain.

Nous avons adressé plusieurs courriers de dénonciation sans obtenir de réponse concrète. La police sanitaire invoque souvent un manque de moyens financiers.

Pourtant, notre ONG a même proposé de prendre en charge certains frais logistiques afin de faciliter les opérations de terrain, mais nos propositions n'ont pas été suivies.

Aujourd'hui, nous estimons que la police sanitaire n'entreprend aucune action significative pour retirer les produits non conformes du marché.



Peut-on parler d'un véritable contrôle du marché ?


Marcellin Doh : À notre connaissance, non. Lorsque des infractions sont constatées, ce sont souvent les ONG qui les signalent et qui transmettent les dossiers aux autorités compétentes.

Nous ne voyons pas d'opérations de contrôle médiatisées ou suffisamment visibles pour dissuader les fraudeurs.



Comment expliquez-vous que des produits non autorisés continuent d'être commercialisés ?


Marcellin Doh :Nous constatons une forme d'indifférence de la part des structures chargées du contrôle.

La question que nous nous posons est simple : pourquoi cette passivité alors que ces produits représentent un danger évident pour la population ?


 

Avez-vous un message particulier à adresser à la police sanitaire ?


Marcellin Doh : J'interpelle surtout le ministre de la Santé, qui supervise cette structure. Je tiens d'ailleurs à saluer son engagement et son soutien à notre ONG. Cependant, il est nécessaire qu'il exerce un contrôle plus strict sur les services chargés de retirer les produits non conformes du marché.



Comment évaluez-vous l'action de l'AIRP dans ce dossier ?


Marcellin Doh : Selon le décret, la gestion du secteur cosmétique devait être assurée par un comité interministériel réunissant notamment les ministères du Commerce et de la Santé.

Or, ce comité n'a jamais été mis en place depuis dix ans.

L'AIRP a été chargée de cette mission à la suite de nos démarches, mais nous estimons que ce n'était pas le choix le plus approprié.

Aujourd'hui encore, les produits blanchissants continuent d'être vendus librement.



Quelles sont les principales insuffisances du dispositif actuel ?


Marcellin Doh : Nous estimons que l'AIRP ne montre pas suffisamment d'intérêt pour cette problématique.

La Côte d'Ivoire dispose pourtant d'institutions et de laboratoires capables d'assurer le contrôle de ces produits. Le problème réside davantage dans l'application effective des mesures de surveillance.



Quelles mesures urgentes devraient être prises ?


Marcellin Doh : Il faut interpeller le gouvernement et les plus hautes autorités de l'État.

Nous demandons soit la mise en place du comité prévu par le décret, soit une réforme profonde du système actuel afin d'assurer une meilleure protection des consommateurs.



Vous dénoncez régulièrement l'importation de certains produits. De quoi s'agit-il exactement ?


Marcellin Doh : De nombreuses personnes importent des produits cosmétiques depuis l'Asie, la Chine, l'Europe ou les États-Unis sans qu'ils soient préalablement évalués par le Laboratoire national de santé publique.

Tout produit introduit sur le territoire devrait pourtant faire l'objet d'une vérification afin de garantir sa conformité.


Avez-vous identifié des produits particulièrement préoccupants ?


Marcellin Doh : Oui. Certains produits retirés du marché béninois continuent d'être vendus en Côte d'Ivoire.

Nous avons demandé l'ouverture d'enquêtes car certains de ces produits sont soupçonnés d'être cancérogènes.



Quelle est l'ampleur du phénomène des produits vendus sans représentant légal ?


 

Marcellin Doh : Le phénomène est très important.

La majorité des vendeurs en ligne commercialisent des produits importés sans représentant légal. En cas de problème sanitaire, les consommateurs n'ont alors aucun interlocuteur vers qui se tourner.


Quel impact cette situation a-t-elle sur les entreprises qui respectent les règles ?


Marcellin Doh : Ces entreprises sont pénalisées. Elles paient des taxes, emploient du personnel et respectent les procédures, alors qu'elles doivent faire face à une concurrence déloyale de la part d'acteurs opérant dans l'informel.



Peut-on parler d'une véritable distorsion de concurrence ?


Marcellin Doh : Oui, clairement.

Lorsque les autorités ne font pas respecter les règles, les entreprises conformes se retrouvent désavantagées face à des concurrents qui ne respectent aucune obligation réglementaire.


Quel risque représentent les produits destinés à développer les fesses ou les seins ?


Marcellin Doh : Ces produits présentent des risques considérables.

De nombreux cas de complications graves et même de décès ont été rapportés. Ils ne devraient pas être vendus librement sur le marché.



Avez-vous connaissance de cas concrets liés à l'utilisation de ces produits ?


Marcellin Doh : Oui.

J'ai notamment connu le cas d'une enseignante qui avait consommé des gélules destinées à augmenter le volume de la poitrine. Elle a développé des complications graves et a malheureusement perdu la vie.

Concernant les produits dépigmentants, nous recevons quotidiennement des victimes souffrant de lésions cutanées sévères.

Notre ONG participe à leur prise en charge médicale gratuite avec plusieurs partenaires médicaux.



Selon vous, pourquoi les jeunes filles et les femmes sont-elles particulièrement exposées à ces dangers ?


Marcellin Doh : Tout part essentiellement de l'éducation, des modèles de beauté véhiculés dans la société et des idées reçues qui ont été installées depuis de nombreuses années.

C'est sur ces aspects qu'il faut également agir pour prévenir durablement le phénomène.




Interview réalisée par Jean Chresus


 
 
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