Côte d'Ivoire : Agroforêt de Bolo-Ouest (Sassandra), un audit lancé pour évaluer les impacts de la reconversion des plantations de cacao en palmeraies
Les autorités ivoiriennes ont officiellement lancé, ce jeudi 11 juin 2026 à l’Hôtel Ayoka de Sassandra, l’audit environnemental et social des activités de reconversion de plantations de cacao en palmeraies dans l’agroforêt de Bolo-Ouest. Cette initiative vise à évaluer les impacts des opérations menées par la société concessionnaire KAMIS-CI SA et à proposer des mesures correctives conformes aux exigences nationales et internationales en matière de protection de l’environnement et des populations.
La cérémonie a réuni les autorités administratives et coutumières de la région du Gbôklê, les représentants du gouvernement, de l’Agence Nationale de l’Environnement (ANDE), de la SODEFOR, de la Banque mondiale, des communautés locales ainsi que les experts du cabinet Easy Management, chargé de conduire l’audit indépendant.
Dans son allocution d’ouverture, le Directeur régional du Ministère de l’Environnement et de la Transition écologique, M. Yéo Moussa, a rappelé que la Côte d’Ivoire met en œuvre le Projet de Paiement des Réductions d’Émissions autour du Parc national de Taï (PRE), avec l’appui de la Banque mondiale, dans le cadre du mécanisme REDD+.
Ce projet vise à concilier préservation des forêts, lutte contre les changements climatiques et amélioration des conditions de vie des populations locales.
Toutefois, selon les autorités, les opérations de conversion de cacaoyères en plantations de palmier à huile engagées dans l’agroforêt de Bolo-Ouest depuis mars 2025 ont été réalisées sans les études environnementales et sociales préalables requises par la réglementation ivoirienne et les Normes Environnementales et Sociales (NES) de la Banque mondiale.
Ces activités auraient entraîné des déplacements économiques et des opérations de déguerpissement affectant plusieurs exploitants agricoles, sans la mise en œuvre préalable des instruments de sauvegarde exigés, notamment un Plan d’Action de Réinstallation (PAR) ou un Plan de Restauration des Moyens de Subsistance (PRMS).
Face à cette situation, l’Unité de Coordination du PRE a mandaté le cabinet Easy Management afin de conduire un audit indépendant destiné à analyser le niveau de conformité environnementale et sociale des activités réalisées dans l’agroforêt.
L’audit devra notamment, évaluer le respect des exigences réglementaires nationales, examiner la conformité des opérations aux Normes Environnementales et Sociales de la Banque mondiale, identifier les risques et impacts générés sur les populations et l’environnement, proposer des mesures correctives crédibles et conformes au Cadre Environnemental et Social de la Banque mondiale.
« La protection des droits des populations, tout comme la préservation de notre patrimoine forestier, constitue une exigence à laquelle nous ne saurions déroger », a insisté M. Yéo Moussa.
L’atelier de lancement marque le début d’une mission de quatre jours qui se déroulera du 10 au 13 juin 2026 à Sassandra, Dakpadou et Sago.
Les travaux s’appuieront sur une démarche participative associant administrations publiques, structures techniques, autorités traditionnelles, représentants des communautés locales, concessionnaire, membres du mécanisme de gestion des plaintes et experts de l’audit.
Au-delà de la présentation de la méthodologie et du calendrier de l’audit, les rencontres permettront également de sensibiliser les populations aux dispositions des Normes Environnementales et Sociales relatives aux déplacements physiques et économiques ainsi qu’aux mécanismes de recours disponibles.
Deux consultations communautaires spécifiques sont prévues à Dakpadou et à Sago afin de recueillir les préoccupations, attentes et témoignages des populations directement concernées.
L’agroforêt de Bolo-Ouest, située dans la sous-préfecture de Dakpadou, a été créée en mai 2023 dans le cadre de la Stratégie de Préservation, de Réhabilitation et d’Extension des Forêts (SPREF), qui ambitionne de porter le couvert forestier national à 20 % du territoire ivoirien à l’horizon 2030.
Pour les autorités, l’audit représente une étape essentielle pour renforcer la gouvernance environnementale et sociale dans les zones forestières, tout en garantissant le respect des droits des populations affectées par les projets de développement.
En clôturant la cérémonie, le Directeur régional du Ministère de l’Environnement et de la Transition écologique a exprimé sa conviction que cette démarche permettra de restaurer la confiance entre les différents acteurs, d’améliorer la gestion durable des ressources naturelles et d’identifier des solutions durables au bénéfice de tous.
« L’audit environnemental et social dont nous procédons aujourd’hui au lancement officiel traduit la volonté des autorités ivoiriennes de veiller au respect des normes applicables, de protéger les populations concernées et d’honorer les engagements pris auprès des partenaires nationaux et internationaux », a-t-il déclaré.
L’ouverture officielle de cet audit marque ainsi une nouvelle étape dans la recherche d’un équilibre entre développement agricole, préservation des forêts et protection des communautés locales dans la région du Gbôklê.
Wassimagnon
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