Cameroun : Le gouvernement va fermer 1 400 églises de réveil, si c'était encore une fois, juste une chanson ?
Atanga Nji, ministre de l’administration territoriale (Ph)
Ce mercredi 8 juillet 2026, c'est reparti pour un tour : après le meurtre d'une fillette de 11 ans à Nkolndongo, dans l'arrondissement de Yaoundé IV, attribué à une fidèle de l'Église Évangélique « Vie et Paix au Cameroun », le ministre de l'Administration territoriale (Minat) Paul Atanga Nji a convoqué les responsables de cette confession et annoncé la fermeture prochaine de 1 400 églises de réveil jugées en situation irrégulière sur l'ensemble du territoire. Le ministre a exigé un recensement des représentants de l'Église sous 14 jours, davantage de formation pour les pasteurs, et une collaboration renforcée avec l'administration.
Sur le papier, la fermeté affichée est totale. Dans les faits, difficile de ne pas se demander : combien de fois faudra-t-il rejouer cette scène ?
Pas la première fois
Loin d'être une première, cette annonce ressemble à s'y méprendre à un épisode déjà vécu. En février-mars 2025, le sous-préfet de l'arrondissement de Yaoundé IV, Elvis Akondi, avait déjà fait fermer 188 lieux de culte sur les 615 recensés dans sa circonscription, sur instruction du même Paul Atanga Nji, qui avait promis dès décembre 2024 de sévir contre les églises de réveil non conformes à la loi. L'opération s'était ensuite étendue à l'arrondissement de Yaoundé VI, portant le total à près de 300 églises fermées dans la capitale à l'époque.
Autrement dit : le scénario de 2026 - meurtre ou scandale déclencheur, convocation ministérielle, chiffre spectaculaire, promesse de fermeté -est du copier-coller de celui de 2025. Et cette répétition pose une vraie question : qu'est-il advenu, un an plus tard, des 188 premières églises fermées ? Aucune donnée publique ne permet aujourd'hui de dire avec certitude combien d'entre elles ont réellement disparu du paysage, combien ont rouvert après une simple régularisation de façade, et combien continuent tout bonnement leurs activités sous un autre nom, dans un autre quartier, en misant sur la lassitude administrative. Ce silence sur le suivi, à lui seul, en dit long.
Le problème n'est pas la loi, c'est son application
Personne ne conteste le principe : au Cameroun, seul un décret présidentiel peut autoriser la création d'une église, et les églises de réveil qui prolifèrent dans les quartiers populaires sans ce cadre légal échappent à tout contrôle. Les motifs de fermeture avancés lors des opérations précédentes - nuisances sonores, arnaques financières aux fidèles, doctrines douteuses- sont réels et documentés depuis des années.
Mais entre l'annonce et l'application, il y a un monde. Ce qui interroge, c'est cette manière de traiter le symptôme (une convocation médiatisée après un fait divers tragique) sans jamais s'attaquer à la mécanique qui permet à des centaines de structures clandestines de renaître aussi vite qu'on les ferme -un phénomène qui n'est d'ailleurs pas propre aux églises : les établissements scolaires et sanitaires clandestins suivent exactement le même cycle de dénonciation médiatique, de fermeture provisoire, puis de réouverture discrète, sans que l'on sache jamais si une véritable conformité a été exigée dans l'intervalle.
Modèle de société
Il y a, derrière cette annonce, une question plus large que la seule régulation administrative des cultes. Dans un pays qui prendrait au sérieux l'idée que le travail et l'effort méritent d'être récompensés, ces structures -qu'il s'agisse d'églises, d'écoles ou d'établissements de santé opérant hors de tout cadre légal -n'auraient pas la possibilité de prospérer aussi durablement en marge de la loi, en offrant à une partie de la population un refuge où se réfugier plutôt qu'un système qui l'oriente vers l'effort productif. Se contenter de brandir des chiffres de fermetures, sans mesurer ce qu'il advient réellement des structures visées ni des populations qui s'y rendaient, revient à traiter une fois de plus la façade plutôt que le fond.
La question posée aujourd'hui n'est donc pas de savoir si le gouvernement va, cette fois, fermer 1 400 églises. C'est de savoir ce que l'on saura, dans un an, de ce qu'il en est réellement advenu - et si quelqu'un prendra la peine de le vérifier.
-Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun.
-Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au WhatsApp 237 691154277-ou cameroun@koaci.com
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