Cameroun : Exploitation de l'or, Nbienou Kouadjo Steven Rodrigue est-il vraiment hors du jeu ?
Nbienou Kouadjo Steven Rodrigue, PDG du groupe NBIKO (Ph)
Alors que le Cameroun traverse l'une des crises les plus sérieuses de son histoire minière récente, le président du groupe NBIKO, Steven Nbienou Kouadjo, a choisi de rompre le silence. Dans une déclaration diffusée ce mercredi à Yaoundé, l'homme d'affaires répond aux rumeurs qui associent son nom à l'affaire de l'or camerounais, un dossier qui secoue depuis plusieurs semaines l'opinion publique et les plus hautes sphères de l'État.
Scandale national
L'affaire trouve son origine dans une série de révélations qui se sont accumulées depuis le printemps. En mai 2026, le ministère des Mines annonçait avoir identifié près de deux cents sociétés d'exploitation artisanale de l'or opérant illégalement dans les régions de l'Est et de l'Adamaoua, dont la grande majorité sont des entreprises étrangères. Le ministre Fuh Calistus Gentry avait alors ordonné l'arrêt immédiat de leurs activités et le démantèlement de leurs installations, avant d'annuler, fin juin, soixante-quatorze permis miniers et de durcir les règles du secteur.
Mais c'est la sortie du directeur général de la Sonamines, fin mai, qui a fait l'effet d'une déflagration : selon des chiffres officiels, seuls 148 kilogrammes d'or ont été exportés légalement depuis le Cameroun entre 2021 et 2025, alors que les Émirats arabes unis ont enregistré durant la même période l'équivalent de 44 tonnes d'or en provenance du pays, un écart évalué à près de 2 000 milliards de francs CFA. Ces révélations, qui font écho à un rapport de l'Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), ont conduit à la création d'une commission d'enquête ainsi qu'à des plaintes déposées devant la justice, y compris à l'étranger.
Dans ce climat de suspicion généralisée, où plusieurs noms circulent sur les réseaux sociaux et dans certains médias sans toujours reposer sur des éléments vérifiés, Steven Nbienou Kouadjo a estimé nécessaire de clarifier sa position.
« Ce n'est pas notre métier »
Dans sa déclaration, l'entrepreneur affirme que son groupe « n'a jamais eu la moindre activité liée au commerce de l'or, ni au Cameroun ni ailleurs », précisant que rien dans les registres de ses entreprises, qu'il dit consultables, ne l'établit. Il indique avoir vu son nom mentionné à plusieurs reprises dans le cadre de cette affaire et avoir choisi de s'exprimer « une fois, pour dire une chose simple et vérifiable ».
Steven Nbienou Kouadjo aborde également la question des relations personnelles qu'on lui prête avec certaines figures citées dans le dossier. Sans se prononcer sur leur situation, il affirme ne vouloir « se faire le juge de personne » et refuse de se distancer de ses amitiés « pour la seule raison qu'un vent souffle ». Il insiste sur une distinction qu'il dit avoir toujours maintenue entre les liens personnels noués au fil d'une carrière d'entrepreneur, et la conduite de ses affaires : « Une amitié n'est pas un levier. Un lien humain ne se change pas en intérêt. »
Le chef d'entreprise renvoie la responsabilité de trancher aux institutions judiciaires du pays, déclarant faire confiance à la justice pour établir les faits, tout en rappelant que chacun « porte sa propre responsabilité » dans ses actes.
Vérité, présomption d'innocence et institutions
Cette prise de parole intervient dans un contexte où la frontière entre rumeur, accusation et fait établi s'est considérablement brouillée. L'ampleur du scandale de l'or, les montants en jeu et l'implication supposée de personnalités proches du pouvoir ont nourri une défiance généralisée, propice à la circulation de noms et d'accusations dont la véracité reste, pour beaucoup, à démontrer.
Dans ce contexte, la déclaration de Steven Nbienou Kouadjo pose en creux une question plus large : celle du respect de la présomption d'innocence à l'heure où une affaire d'État de cette gravité expose des individus à être cités, parfois sans preuve, dans le sillage d'un scandale qui les dépasse. Elle rappelle aussi que, si la lumière doit être faite sur les circuits illégaux qui ont privé l'État camerounais de ressources considérables, ce travail revient aux institutions compétentes, commission d'enquête, justice, organismes de contrôle, et non au tribunal de l'opinion.
-Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun.
-Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au WhatsApp 237 691154277-ou cameroun@koaci.com
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