Côte d'Ivoire : PDCI-RDA, Kouakou Marshall, président du REM brise le silence et clarifie sa position : « Nous ne demandons pas la démission de Tidjane Thiam »
Le président du Réseau d'entraide militant (REM), Kouakou Marshall Balou, est sorti de son silence pour clarifier la position de son mouvement à la suite des nombreuses réactions suscitées par la rencontre du 11 juillet dernier à Yamoussoukro. Face à la presse, le membre du Bureau politique du PDCI-RDA a rejeté toute idée de fronde contre le président du parti, Tidjane Thiam, tout en dénonçant des dysfonctionnements internes qu'il estime préjudiciables à l'avenir de la formation politique.
D'entrée de jeu, Kouakou Marshall Balou a tenu à remercier les journalistes pour leur présence avant d'expliquer les raisons de cette rencontre avec les médias. Selon lui, la presse joue un rôle essentiel dans l'information des citoyens et il était nécessaire de lever les ambiguïtés nées après la création du Réseau d'entraide militant.
« Nous avons voulu exposer clairement notre vision et répondre à toutes les préoccupations, sans sujet tabou », a-t-il déclaré.
Le président du REM a catégoriquement démenti les interprétations selon lesquelles son mouvement réclamerait le départ de Tidjane Thiam de la tête du PDCI-RDA.
« Nous n'avons aucun grief personnel contre le président. Il ne s'agit pas d'une question de personne. Nous n'avons jamais demandé sa démission », a-t-il insisté.
Selon lui, cette lecture est née d'une question posée lors d'une interview par une journaliste de France 24 et ne reflète pas la position officielle du REM.
Le mouvement affirme plutôt dénoncer un déficit de gouvernance au sein du parti.
« Nous parlons d'un problème de leadership, c'est-à-dire d'un leadership insuffisamment présent et affirmé. Nous demandons un nouveau dynamisme dans la conduite du parti », a expliqué Kouakou Marshall Balou.
S'appuyant sur son expérience de chef d'entreprise, il a comparé la situation actuelle du PDCI-RDA à celle d'une entreprise confrontée à de nouveaux défis.
« Quand on parle d'un problème de leadership, cela ne signifie pas forcément qu'il faut changer de dirigeant. Comme le disent les cyclistes, il faut parfois simplement changer de braquet. Lorsqu'on passe d'un terrain plat à une montée, on adapte sa manière de pédaler. C'est exactement ce que nous voulons dire. »
Selon lui, si les méthodes de gestion évoluent, les difficultés pourront être résolues. Dans le cas contraire, il reviendra exclusivement aux instances statutaires du parti de prendre les décisions nécessaires.
« Ce n'est pas à un militant de demander la démission de son président », a-t-il rappelé.
Le président du REM estime que les difficultés observées au sommet du PDCI-RDA se répercutent directement sur les militants.
Il cite notamment les contestations liées à certaines nominations de délégués, les divisions internes et le retrait inexpliqué de candidatures lors des dernières consultations électorales.
« Des candidats investis ont vu leurs dossiers retirés sans qu'aucune explication ne soit donnée. Certains étaient pourtant des députés sortants. Lorsqu'on a le sentiment que ces décisions relèvent de considérations personnelles, la crise devient profonde », a-t-il regretté.
Pour lui, ces situations ont progressivement affaibli la confiance des militants envers la direction nationale.
Interrogé sur les nombreuses motions de soutien adressées à Tidjane Thiam, Kouakou Marshall Balou estime qu'elles ne traduisent pas nécessairement l'état d'esprit de la base.
Il affirme avoir lui-même assisté à des réunions où des motions, déjà rédigées, étaient simplement soumises au vote des participants.
« Beaucoup lèvent la main par respect pour les responsables locaux ou parce qu'ils dépendent de leur soutien dans leur vie quotidienne. Il ne faut pas confondre communication et réalité du terrain », a-t-il soutenu.
Pour le président du REM, la crise actuelle dépasse les personnes et touche à la crédibilité même du PDCI-RDA.
« Lorsqu'une famille ne va pas bien, ses membres prennent leurs distances. Notre combat consiste à restaurer la confiance des militants. »
Il estime que le dialogue demeure la seule voie pour sortir durablement de cette crise. « Nous ne prétendons pas détenir la vérité. Nous pensons simplement que la concertation permettra au parti de retrouver son unité. »
Kouakou Marshall Balou a également affirmé que son mouvement n'était impliqué dans aucune procédure judiciaire contre Tidjane Thiam.
« Nous avons contribué à son élection. Nous n'avons engagé aucune action contre lui. Ce qui nous préoccupe, c'est l'institution qu'est le PDCI-RDA. »
Il regrette que certains différends internes soient désormais portés devant les tribunaux alors que le parti dispose, selon lui, de mécanismes internes de médiation.
Répondant aux critiques sur la légalité du Réseau d'entraide militant, le président du REM affirme avoir respecté les statuts du parti.
Selon lui, l'assemblée générale constitutive du 11 juillet constituait la première étape prévue avant le dépôt officiel du dossier auprès des instances compétentes.
Il indique par ailleurs avoir suspendu les activités sociales prévues par le REM, notamment la remise de motos, de permis de conduire et d'autres aides aux militants, afin d'éviter toute polémique.
Le président du REM a également rejeté les accusations faisant état d'un soutien extérieur à son mouvement.
« Ceux qui me connaissent savent que je ne suis manipulé par personne. Je suis chef d'entreprise et j'ai financé personnellement une partie de cette manifestation. »
Il précise avoir bénéficié de ses relations personnelles à Yamoussoukro pour obtenir l'appui logistique de plusieurs partenaires.
Des violations des statuts dénoncées
Parmi les sujets évoqués figure également la création des fonctions de « hauts représentants du président ».
Selon Kouakou Marshall Balou, cette fonction ne figure pas dans les textes du PDCI-RDA et son existence crée parfois des conflits de compétences avec les délégués départementaux.
« Si cette fonction répond à un besoin d'organisation, elle ne doit pas créer des tensions sur le terrain. C'est précisément pour cela que nous demandons une discussion franche au sein du parti », a-t-il déclaré.
Évoquant les alliances politiques, il s'est référé à la méthode de gouvernance de l'ancien président Henri Konan Bédié.
Selon lui, aucune alliance ne devrait relever d'une initiative individuelle.
« Une alliance doit être débattue au Bureau politique, comprise par la base et conduite par des personnalités mandatées par le parti. »
Le retour de Tidjane Thiam en Côte d'Ivoire
Concernant l'initiative visant à faciliter le retour de Tidjane Thiam en Côte d'Ivoire, Kouakou Marshall Balou affirme souhaiter sa réussite.
« Nous voulons tous que le président du parti puisse pleinement exercer ses fonctions. »
Toutefois, il estime qu'une question aussi importante mérite une réflexion collective au sein des instances dirigeantes avant toute communication publique.
L'héritage de Bédié comme référence
En conclusion, le président du REM a rappelé une anecdote remontant au retour d'exil d'Henri Konan Bédié.
Il raconte que plusieurs responsables avaient alors dénoncé le comportement de certains militants durant cette période.
Selon lui, Henri Konan Bédié avait préféré privilégier le pardon plutôt que les règlements de comptes.
« Face à l'adversité, certains fuient, d'autres affrontent la situation et d'autres encore coopèrent. Ce n'est pas leur attitude qu'il faut condamner, mais les causes de cette adversité », a-t-il rappelé.
Pour Kouakou Marshall Balou, cette philosophie fondée sur le dialogue, la concertation et le pardon doit redevenir la boussole du PDCI-RDA.
« Nous voulons simplement que le PDCI-RDA retrouve ses valeurs fondatrices de dialogue, de rassemblement et de paix », a-t-il conclu.
Wassimagnon
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