Côte d'Ivoire-Guinée : N'Zérékoré cœur des circuits informels du Cacao ivoirien ?
Saisie de tonnes de cacao à la frontière avec la Guinée en 2024 (DR)
Située à environ 80 kilomètres de Danané, en Côte d'Ivoire, la ville de N'Zérékoré, principale agglomération de la Guinée forestière, est aujourd'hui considérée par plusieurs acteurs de la filière comme le principal centre de collecte et de redistribution du cacao provenant clandestinement de Côte d'Ivoire.
Les localités ivoiriennes de Danané et de Sipilou, proches de la frontière, sont régulièrement citées parmi les principales zones de sortie des cargaisons.
Les nombreuses pistes rurales reliant les deux pays permettent, selon des observateurs du secteur, d'éviter les postes frontaliers officiels et d'alimenter les entrepôts construits ces dernières années dans la région de N'Zérékoré.
Des professionnels de la filière affirment également que de nouvelles voies d'accès continuent d'être aménagées afin de faciliter les mouvements de marchandises entre les deux pays.
La récente nomination d'un consul honoraire de Côte d'Ivoire à N'Zérékoré intervient dans ce contexte sensible. Cette décision soulève des interrogations parmi certains producteurs, responsables de coopératives et opérateurs de la filière, qui s'interrogent sur les objectifs assignés à cette représentation diplomatique dans une ville identifiée comme un point névralgique des flux transfrontaliers de cacao.
Par ailleurs, la présence remarquée, lors de la première Journée nationale de l'Organisation interprofessionnelle agricole (OIA) Café-Cacao organisée à Duékoué, d'un opérateur économique guinéen cité dans certains milieux professionnels comme un acteur majeur du commerce du cacao à N'Zérékoré, a également alimenté les débats.
Certains observateurs appellent les autorités compétentes à faire toute la lumière sur les circonstances de cette invitation.
Face à l'ampleur du phénomène, de nombreux acteurs du secteur estiment que la priorité devrait être le renforcement de la coopération sécuritaire entre la Côte d'Ivoire, la Guinée et le Liberia.
Ils plaident pour une surveillance accrue des frontières, une meilleure coordination des services de sécurité et un partage renforcé des renseignements afin de lutter efficacement contre les réseaux de contrebande.
Alors que la Côte d'Ivoire fournit près de 40 % de la production mondiale de cacao, la lutte contre les exportations frauduleuses demeure un enjeu stratégique, tant pour la préservation des revenus des producteurs que pour la protection des recettes fiscales de l'État et la crédibilité du système national de commercialisation.
Donatien Kautcha, Abidjan
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