Cameroun Economie
 
Cliquez pour agrandir l'image  
Cameroun : Un président absent, une nation sous tension, ce que révèlent les marchés obligataires camerounais
 

Cameroun : Un président absent, une nation sous tension, ce que révèlent les marchés obligataires camerounais

 
 
 
 603 Vues
 
  0 Commentaire(s)
 
 Il y a 5 heures
 
 
 
 
 
© Koaci.com - lundi 10 août 2026 - 07:33

Les investisseurs qui détiennent de la dette camerounaise ont de quoi s'inquiéter. Selon Bloomberg, le président camerounais, âgé de 93 ans, n'a pas été vu en public depuis qu'il a embarqué pour Genève il y a deux mois, ce qui approfondit les inquiétudes concernant un plan de succession pour le doyen des chefs d'État mondiaux. Cette absence pèse désormais directement sur les marchés : les obligations en dollars du Cameroun affichent la pire performance d'Afrique depuis le début du mois de juin, alors que les investisseurs tentent de deviner si une transition politique est en train de se jouer discrètement dans ce pays producteur de pétrole.

Longue absence

Le point de départ de cet épisode est connu : Paul Biya a quitté Yaoundé le 7 juin 2026, officiellement pour un court séjour privé en Europe. Deux mois plus tard, il n'est toujours pas rentré. Le Washington Post confirme que jeudi dernier marquait deux mois depuis la dernière fois que le président se trouvait à l'intérieur des frontières de son pays, une absence prolongée qui a nourri des inquiétudes sur son état de santé et des critiques sur un possible vide du pouvoir en Afrique centrale.

Ce n'est pas un cas isolé dans la biographie politique du chef de l'État : la presse camerounaise rappelle que ce n'est pas la première fois que Paul Biya effectue un séjour présenté comme « bref » qui se révèle finalement long, au point qu'une plaisanterie récurrente à Yaoundé veut qu'il soit plus facile de le croiser dans son chalet suisse que dans son palais d'Etoudi. Un site spécialisé sur le risque souverain précise que cette absence a dépassé, début août, un précédent record : le précédent record de 49 jours établi à l'automne 2024, lorsqu'une rumeur sur l'état de santé du président avait déjà fait chuter les eurobonds camerounais trois séances de suite.

Face à la pression, le gouvernement a tenté de rassurer sans convaincre totalement les marchés : début août, le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, a assuré sur RFI que le président est vivant et son retour est imminent, sans toutefois donner de date précise.

Chaise vide, mais le pouvoir continue de bouger

Ce qui intrigue particulièrement observateurs et investisseurs, c'est que l'appareil d'État camerounais n'est pas resté figé pendant cette absence. Un remaniement militaire d'ampleur a eu lieu début août : trois décrets présidentiels signés à distance ont notamment fait passer le chef de la Garde présidentielle du grade de colonel à celui de général de brigade, et changé les commandants de quatre des cinq régions militaires unifiées du pays, ainsi que celui du Bataillon d'intervention rapide, l'une des forces de sécurité les plus puissantes du pays. Pour plusieurs analystes cités par la presse financière régionale, ces mouvements interviennent dans un climat jugé « inhabituel » compte tenu de l'absence prolongée du chef de l'État.

Le fait que Paul Biya n'ait jamais désigné de vice-président ajoute à l'incertitude : l'opposition dénonce un pays livré au « pilotage automatique ». Issa Tchiroma Bakary, arrivé deuxième à l'élection présidentielle d'octobre et ancien allié du président, a résumé le sentiment ambiant en affirmant qu'il existe une conviction largement partagée au Cameroun selon laquelle la situation du président n'est pas normale, ajoutant que ce séjour prolongé en Suisse ne fait qu'aggraver, selon lui, un déficit de légitimité et une volonté de s'accrocher au pouvoir.

Incertitude sur les marchés

Sur le plan strictement financier, la sanction est déjà visible. Le rendement des obligations camerounaises a grimpé à son plus haut niveau depuis avril, et les pertes accumulées par les investisseurs obligataires — proches de 2 % depuis la mi-juin — sont les pires enregistrées parmi les émetteurs souverains africains sur la période. Ce mouvement place le Cameroun en net décrochage par rapport aux autres producteurs de pétrole du continent (Gabon, République du Congo, Angola, Nigéria), dont la dette souveraine n'a pas connu de choc comparable.

Ce contexte tombe à un moment particulièrement sensible pour les finances publiques camerounaises. Le pays prépare une opération obligataire ESG d'environ 692 millions de dollars, et sa Caisse autonome d'amortissement a publié fin juillet un rapport mensuel sur la dette publique confirmant le sérieux de la préparation technique du dossier. Sur le papier, les fondamentaux plaident pourtant pour une émission réussie : Fitch Ratings anticipe une croissance moyenne de 3,7 % sur 2026-2027 et une baisse de la dette publique à environ 40 % du PIB, dans la foulée du succès de l'eurobond émis en janvier. Mais le contexte politique, la conclusion attendue d'un nouveau programme avec le FMI et l'apurement des arriérés seront scrutés de très près par les marchés, au même titre que ces indicateurs macroéconomiques.

Une note d'analyse camerounaise résume crûment le mécanisme à l'œuvre : pour se prémunir contre le risque, les investisseurs internationaux liquident massivement leurs titres sur le marché secondaire, ce qui fait mécaniquement grimper les rendements ; or le Cameroun a déjà contracté 447 milliards de FCFA de dette aux conditions du marché au premier semestre et doit consacrer 150 milliards de FCFA au seul paiement des intérêts — un accès restreint aux marchés internationaux à des taux raisonnables représenterait donc un étranglement budgétaire direct pour l'État.

Ce que retiennent les marchés

Le constat de Bloomberg reste, in fine, celui d'un marché qui déteste par-dessus tout l'incertitude : l'absence prolongée d'un chef d'État de 93 ans, sans successeur désigné, dans un pays dont l'économie dépend fortement des revenus pétroliers, suffit à elle seule à faire grimper la prime de risque, indépendamment de la réalité — inconnue à ce jour — de son état de santé. Reste à savoir si le retour annoncé comme « imminent » par le gouvernement camerounais suffira à calmer des investisseurs qui, eux, ont déjà tranché : depuis début juin, ils vendent.

-Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun.

-Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au WhatsApp 237 691154277-ou cameroun@koaci.com



 
 
  Par Koaci
 
 
 
 
RESTEZ CONNECTÉ
 
En téléchargeant l'application KOACI.
  
 
 
 
 
 
 
  0 Commentaire(s)
Cameroun : Un président absent, une nation sous tension, ce que révèlent les marchés obligataires camerounais
 
 
Veuillez vous connecter pour commenter ce contenu.
 
Votre avis nous intéresse.
 
 
 
Soyez le premier à commenter cet article
 
 
 
 
 
Divertissements
 
 
 
 
Réseaux sociaux
 
+164k
+110,7k
 
Pays
 
 
 
 
Télécharger l'application KOACI
 
   
NOUS CONTACTER
 
contact@koaci.com
koaci@yahoo.fr
+225 07 08 85 52 93
 
 
NEWSLETTER
 
Restez connecté via notre newsletter