Côte d'Ivoire : Journalisme à l'ère de l'IA, un expert propose un « contrat social » pour mieux encadrer l'usage de l'Intelligence artificielle
La 42ᵉ session de l’ANP Academy, organisée ce jeudi 13 août 2026 au siège de l’Autorité nationale de la presse (ANP), à Cocody Angré, a été consacrée à une question devenue incontournable pour les professionnels des médias. Il s'agit de l’utilisation de l’intelligence artificielle (IA) dans le journalisme. Placée sous le thème « Le journaliste face à l’Intelligence artificielle (IA), entre éthique, responsabilité et innovation », cette session de formation a surtout mis en lumière la nécessité de faire de l’éthique le socle de toute utilisation de l’IA dans le métier de journaliste.
C'est tout l'enjeu de la communication livrée par Dr William Yoboué, enseignant-chercheur à l’ISTC Polytechnique, qui a entretenu les journalistes présents sur les défis, les enjeux et les limites de l’intelligence artificielle dans l’exercice de leur profession.
Le formateur a défini l’IA comme « une technologie qui permet aux machines de réaliser des tâches qui nécessitent généralement des capacités humaines ». De manière générale, elle repose sur la création et l’utilisation d’algorithmes capables d’exécuter automatiquement et dynamiquement certaines opérations habituellement réalisées par l’être humain.
Selon Dr William Yoboué, l’essor de l’intelligence artificielle est notamment lié à l’explosion de la production des données à partir des années 2000. Dans le domaine du journalisme, cette évolution ouvre la voie à de multiples usages.
Au cours de son exposé, l’enseignant-chercheur a relevé plusieurs avantages que l’IA peut offrir aux professionnels des médias. Il a notamment cité le gain de temps, la réduction des barrières liées à la distance géographique, la possibilité de réaliser des économies grâce à l’automatisation de certaines tâches, ainsi que la facilitation de la mobilité des journalistes.
Cependant, l’utilisation de cet outil ne saurait se faire sans discernement. Pour Dr William Yoboué, la question essentielle n’est pas seulement de savoir ce que l’intelligence artificielle peut faire, mais surtout comment le journaliste choisit de l’utiliser.
La maîtrise de l’outil passe notamment par la capacité à formuler des instructions précises, à travers « le bon prompt ou la bonne commande ». Mais cette compétence technique ne peut se substituer aux connaissances professionnelles du journaliste.
« Si tu ne connais pas ton métier, tu ne peux pas utiliser l’IA. Il faut maîtriser ce que tu fais car l’IA n’est qu’un assistant pour vous accompagner », a-t-il insisté.
Cette mise en garde résume l’une des principales exigences de l’utilisation de l’IA dans les médias, à savoir que la technologie doit rester au service du journaliste et non l’inverse.
Si l’intelligence artificielle constitue une opportunité pour moderniser les pratiques journalistiques, elle comporte également des limites importantes. Le formateur a évoqué notamment l’absence ou l’insuffisance de normes et de régulations adaptées, les risques liés à la sécurité et à la vulnérabilité des données, la dépendance de l’IA aux données disponibles ainsi que le manque de transparence entourant la conception de certains systèmes.
À ces difficultés s’ajoute le risque d’utilisation de l’IA à des fins de désinformation. Des contenus faux, trompeurs ou manipulés peuvent en effet être produits et diffusés avec une rapidité et une ampleur inédites.
Dans ce contexte, le journaliste doit plus que jamais rester attaché aux fondamentaux de son métier à savoir, collecter, traiter, vérifier et s’assurer de la crédibilité de l’information avant toute diffusion.
« Ce sont des principes d’éthique qui ne doivent jamais quitter le journaliste quels que soient les avantages de l’Intelligence artificielle », a martelé Dr William Yoboué.
L’éthique apparaît ainsi comme le garde-fou indispensable face aux possibilités offertes par cette nouvelle technologie. La rapidité de production permise par l’IA ne doit jamais conduire le journaliste à sacrifier la vérification de l’information, la fiabilité des sources ou l’exactitude des faits.
Pour le formateur, l’éthique journalistique à l’ère de l’intelligence artificielle doit reposer sur cinq grands piliers. Il s'agit de la vérité sur ce qui est produit à partir de l’IA, l’intégrité de l’information, l’indépendance et l’impartialité dans l’utilisation de l’outil, le respect de la dignité humaine et la protection des données personnelles.
Ces principes doivent guider chaque étape du recours à l’IA, depuis la collecte et le traitement des informations jusqu’à la production et la diffusion des contenus.
L’enjeu est donc de préserver la confiance du public. Car, dans un environnement médiatique où les contenus générés ou transformés par l’IA deviennent de plus en plus nombreux, la crédibilité du journaliste repose davantage sur sa capacité à vérifier, contextualiser et assumer la responsabilité de ce qu’il publie.
Pour favoriser une utilisation responsable de l’intelligence artificielle, Dr William Yoboué propose la mise en place d’un véritable « contrat social » réunissant trois acteurs essentiels.
Le premier est l’expert en fact-checking, chargé de vérifier la fiabilité des contenus. Le deuxième est le concepteur de l’IA, qui doit veiller à mettre au point des outils responsables et respectueux des principes éthiques. Le troisième est le journaliste lui-même, qui doit cultiver et préserver les valeurs éthiques dans son utilisation de l’intelligence artificielle.
« Si ce contrat social est bien bâti, on aura une utilisation de l’IA assez responsable de cet outil », a-t-il estimé.
Au terme de cette 42ᵉ session de l’ANP Academy, un enseignement majeur se dégage, l’intelligence artificielle peut transformer les pratiques journalistiques, mais elle ne doit pas faire disparaître la responsabilité humaine.
L’IA peut assister le journaliste, accélérer certaines tâches et améliorer sa productivité. Elle ne peut cependant remplacer son jugement professionnel, son sens de l’éthique, son esprit critique et sa responsabilité à l’égard du public.
À l’heure où les technologies d’intelligence artificielle connaissent un développement rapide, la formation des journalistes à leur utilisation devient donc une nécessité. Mais cette appropriation ne saurait être complète sans une solide culture éthique.
Wassimagnon
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