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Cameroun : NERA 10, l'ONU avait demandé leur libération il y a quatre ans, ils sont toujours en prison
 

Cameroun : NERA 10, l'ONU avait demandé leur libération il y a quatre ans, ils sont toujours en prison

 
 
 
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© Koaci.com - mercredi 02 septembre 2026 - 10:23


Le 20 août 2026, dix hommes détenus depuis près d'une décennie devaient enfin voir leur appel examiné. La salle d'audience est restée vide de juges au complet. Une nouvelle fois, leur dossier attendra.


Ils s'appellent Julius Ayuk Tabe et neuf autres. On les connaît sous le nom des « NERA 10 ». Pour leurs familles, ce sont des pères, des frères, des maris, absents depuis 2018. Pour la justice camerounaise, ce sont des appelants dont le sort reste, une fois de plus, suspendu à un vice de procédure.


Le 20 août dernier, leur audience en appel devait se tenir devant la Cour d'appel du Centre, à Yaoundé. Elle n'a pas eu lieu. Selon leur équipe de défense, le collège de juges n'était pas au complet — une condition pourtant élémentaire pour qu'un tribunal puisse siéger légalement. Aucune explication claire n'a été donnée, ni aux avocats, ni aux détenus eux-mêmes.


Convocation


Derrière ce terme un peu aride de « vice de procédure » se cache une réalité très concrète : les dix hommes n'ont jamais été correctement informés de la date de leur propre procès en appel.


La loi camerounaise distingue deux documents que l'on confond parfois, mais qui n'ont rien à voir : la citation, qui doit être remise en mains propres à l'accusé pour qu'il sache quand comparaître, et le mandat d'extraction, un simple ordre administratif adressé à la prison pour qu'elle transfère un détenu d'un point A à un point B. Le second ne remplace jamais le premier.


Or, selon la défense, seuls des mandats d'extraction ont circulé — jamais de citation en bonne et due forme. Concrètement, cela signifie que Julius Ayuk Tabe et ses co-détenus n'ont pas eu le temps de préparer leur défense, de revoir leur dossier avec leurs avocats, ni même de décider s'ils souhaitaient être présents à l'audience. Un droit aussi simple que celui d'être prévenu à temps de sa propre audience leur aurait été refusé.


« Ce n'est pas un incident administratif sans conséquence », insiste leur équipe de défense, qui dénonce un « déni de procédure légale » ajouté à des années déjà passées en détention.


 

Attente


Pour comprendre l'ampleur de la frustration, il faut remonter huit ans en arrière. Julius Ayuk Tabe et ses co-accusés avaient été arrêtés au Nigeria en janvier 2018, puis transférés au Cameroun dans des conditions que leurs avocats qualifient toujours d'irrégulières. Ils comptent parmi les figures associées au mouvement séparatiste dans les régions anglophones du pays, plongées depuis 2017 dans un conflit qui a fait des milliers de morts et des centaines de milliers de déplacés.


En 2022, le Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire a examiné leur cas. Sa conclusion a été sans détour : leur détention est arbitraire. L'organe onusien a réclamé leur libération immédiate, une réparation, et une enquête sur les conditions de leur arrestation et de leur transfert. Quatre ans plus tard, cette recommandation reste lettre morte.


C'est dans ce contexte que l'appel du 20 août devait représenter, aux yeux de leurs proches et de leurs défenseurs, une occasion de faire enfin avancer un dossier bloqué. Son échec renvoie une image amère : celle d'une procédure qui semble se répéter sans jamais aboutir.


Incompétence ou stratégie ?


La défense pose la question sans détour, tout en reconnaissant ne pas pouvoir trancher : s'agit-il d'un simple dysfonctionnement administratif, ou d'un moyen, volontaire ou non, de prolonger indéfiniment une procédure déjà critiquée à l'échelle internationale ? Les avocats réclament que les motifs exacts de cet échec soient consignés par écrit et communiqués — une transparence minimale, disent-ils, dans un dossier suivi par les Nations Unies, l'Union africaine et plusieurs missions diplomatiques.


Le Cameroun n'a pas encore réagi publiquement à ces accusations. Contactées, les autorités judiciaires n'ont pas répondu dans l'immédiat aux sollicitations.


Et maintenant ?


 

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Pour les familles des dix hommes, l'attente continue, sans nouvelle date fixée à ce jour. Leur défense réclame une audience rapide devant un tribunal légalement constitué, avec cette fois une citation en bonne et due forme remise à chacun. Elle appelle aussi les observateurs internationaux — Nations Unies, Commission africaine des droits de l'homme, diplomaties étrangères — à suivre de près la suite de la procédure.


En attendant, dans les couloirs de la prison où ils sont détenus, dix hommes continuent d'attendre un jour d'audience qui, pour l'instant, ne vient toujours pas.




-Armand Ougock, correspondant permanent de Koaci au Cameroun.


-Joindre la rédaction camerounaise de Koaci au WhatsApp 237 691154277-ou cameroun@koaci.com


 
 
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