Côte d'Ivoire : Crise du Cacao, Moussa Sanou du SYNAVICI : « Le Collège des producteurs, dans sa composition pose problème… »
Moussa Sanou président du SYNAVICI (Ph KOACI)
Face à la situation actuelle de la filière Cacao, le Syndicat Nationale Agricole Vision nouvelle de Côte d'Ivoire (SYNAVICI) donne sa position.
Dans un entretien, son président Moussa Sanou tente d’apporter des éclaircissements sur certains problèmes qui secouent la filière suite au lancement de la campagne 2026-2027 le 1er septembre dernier.
Ci- dessous les grandes lignes de l’entretien…
Le Prix du Cacao fixé à 1200 FCCFA le Kilogramme…
« Je pense qu’aujourd’hui, nous allons commencer par ce que tout le monde veut entendre : le prix et la position du SYNAVICI par rapport au prix qui a été donné par le gouvernement de Côte d’Ivoire.
Comme tous les producteurs, nous voulons que le prix soit à la hausse. C’est le souhait de tout producteur. Mais la question que le SYNAVICI se pose est la suivante : si on donne peut-être un prix de 5 000 francs au producteur et que, sur le terrain, ce prix n’est pas respecté, est-ce que cela favorise réellement les producteurs ?
Mais si on donne un prix au producteur et que ce prix est respecté sur le terrain, le producteur a son argent. Dès qu’il vend son cacao, il a son argent. Il n’y a pas de problème. Ça, c’est la position du SYNAVICI.
Il faut que le producteur, dès qu’il vend son cacao, reçoive son argent. Il ne s’agit pas de donner un prix et que le producteur soit ensuite obligé de courir derrière son argent, comme ce qui est en train de se passer. C’est ce qui s’est passé avec les 2 800 francs. Tout le monde a applaudi les 2 800 francs, mais aujourd’hui, nous avons encore des planteurs qui ont des reçus.
Le SYNAVICI est pour un prix qui arrange réellement le producteur. Il a vendu son cacao, il a son argent. Moi, je pense que c’est cela qui va profiter au producteur. »
Sur le passif de la campagne précédente et les stocks de cacao
« D’abord, moi, je pense que dans la filière, il faut être sérieux. Il faut être sérieux et il ne faut pas jouer avec la vie des producteurs.
Nous avons tous applaudi. Et le Collège des producteurs est censé défendre les intérêts des producteurs. Aujourd’hui, on nous fait entendre des déclarations alors que, sur le terrain, on voit que les opérations ne sont pas réellement bouclées.
Le SYNAVICI dit que le Collège des producteurs n’a pas joué son rôle. Hier, le Collège des producteurs disait [passage incertain]. Du jour au lendemain, ce même Collège vient nous dire que tout est bien fait, que tout est pris en compte.
Moi, je prends les producteurs à témoin pour dire que l’OIA, dans sa globalité, n’est pas un problème. Mais le Collège des producteurs, dans sa composition, pose problème. Et cela en est un témoignage.
Il y a un problème parce qu’hier, vous ne pouvez pas nous dire que tout est bien fait et aujourd’hui dire que les choses ne vont pas. Sur le terrain, il y a encore du cacao. Vous accusez le Conseil de ne pas avoir fait tout le travail et, aujourd’hui, comme par un coup de bâton magique, vous venez dire aux producteurs que tout est fait.
Il faut prendre les producteurs au sérieux. Le Collège des producteurs est en train de jouer à un jeu que nous ne comprenons pas. Il faut qu’il clarifie sa position : est-il là pour défendre normalement les intérêts des producteurs ou est-il en train de jouer à un autre jeu ?
Vous vous souvenez très bien qu’on nous dit que tout est bon. Ensuite, on nous dit qu’il y a un problème. On fait un communiqué pour dire que c’est bon et, dans le même temps, un administrateur au sein de la même OIA sort pour dire qu’il reste encore du produit dans les mains des producteurs. Mais c’est de la cacophonie !
Et c’est ce que le SYNAVICI, depuis le départ, dénonce. Nous prévenons les producteurs pour leur dire qu’on est en train de jouer avec leur vie. Et ça, c’est une preuve. Dans le cheminement, dans tout ce qu’ils disent, il n’y a pas de cohérence.
Tantôt, on dit : « Non, le Conseil, ce n’est pas bon. » Ensuite, on dit autre chose. Aujourd’hui, on veut nous faire croire que tout est bien et que ce qui reste à faire, c’est simplement de sensibiliser les producteurs. Mais ce n’est pas vrai. Nous ne sommes pas d’accord avec cela.
Voilà pourquoi le SYNAVICI, depuis le départ, dit que le problème des producteurs, c’est ce Collège des producteurs. Nous demandons toujours la dissolution de ce Collège des producteurs ou sa réorganisation. Parce que ce Collège-là n’est pas venu pour sauver les producteurs. Il y a un problème et il faut trouver une solution à ce problème.
Aujourd’hui, le SYNAVICI se réjouit d’être resté cohérent et d’avoir dit la vérité aux producteurs. Tous les syndicats et associations [passage peu audible]. C’est le SYNAVICI qui a dit : “Non, il y a quelque chose qui ne va pas. Il faut que ce Collège vienne nous dire la vérité.”
Aujourd’hui, tous ces camarades demandent le départ du Collège des producteurs. Tous les syndicats demandent aujourd’hui le départ de ce Collège. Ils donnent les mêmes raisons que celles que nous avions avancées.
Le président Koné Moussa lui-même a dit qu’il avait participé à la mise en place de cette OIA et qu’aujourd’hui, cette OIA est une bonne chose, que c’est quelque chose qui nous appartient. Mais ceux qui la composent ne savent pas [remplir leur mission]. Et comme ils ne savent pas, il faut qu’ils partent.
Il est même allé beaucoup plus loin. Il a dit qu’ils devaient faire leurs bagages. Lui aussi demande le départ ou la réorganisation de ce Collège des producteurs parce que, quand on regarde dans le fond, ils ne sont pas là pour défendre les intérêts des producteurs. »
Position sur la réorganisation ou la dissolution du Collège des producteurs…
« Moi, je vais revenir un peu en arrière pour vous dire qu’ils sont venus par décret. Donc, quand nous demandons la dissolution ou la réorganisation, c’est dans l’intérêt des producteurs. Mais comme ils sont venus par décret, vouloir les faire partir de façon “militaire”, ce ne serait pas bon. Ce serait peut-être un coup d’État !
Mais il faut dénoncer leur façon de faire. Il faut leur dire la vérité, et c’est ce que le SYNAVICI est en train de faire.
Quand tous les producteurs comprendront que ceux-là ne sont pas là pour défendre leurs intérêts, mais qu’ils sont là pour leurs propres intérêts, je pense que les producteurs, dans leur globalité, réagiront.
Aujourd’hui, les producteurs ont fini par comprendre. Je vous ai dit tout à l’heure que même les syndicats et les associations qui les soutenaient disent aujourd’hui qu’ils doivent faire leurs bagages.
Quand tout le monde va comprendre le combat, tous les producteurs comprendront qu’ils n’ont pas leurs intérêts avec ce groupe. On parle de l’organisation, mais c’est le groupe qui compose l’organisation qui pose problème.
Alors, nous allons demander au gouvernement de comprendre que ceux-là ne défendent pas nos intérêts. Nous n’allons pas continuer à souffrir pendant qu’eux se mettent à l’aise. La chose nous appartient. Nous allons demander simplement que le groupe change.
C’est vrai, ils sont venus par la volonté du chef de l’État. Nous parlons donc pour que les producteurs disent qu’ils ne sont pas contents de ceux qui les représentent afin que le chef de l’État entende que ce groupe-là ne va pas dans le bon sens et puisse nous aider à changer cette représentation.
Nous, en tant qu’organisation syndicale, nous ne pouvons pas venir de force enlever ceux qui sont là. Ils sont venus par décret, comme je l’ai dit. Mais nous allons nous faire entendre auprès du chef de l’État pour lui dire que ceux qui composent l’OIA ne font pas le travail pour les producteurs.
Le chef de l’État a signé ce décret pour que les producteurs soient soulagés. Mais je pense qu’ils ne sont pas soulagés. Pourquoi ? Parce que ceux qui sont venus ne font pas ce qu’il faut. Les producteurs continuent de souffrir et ils ne viennent pas à leur secours.
Les producteurs vont donc prendre leur décision et dire : “Nous ne voulons plus de cette composition de l’organisation.” Nous allons nous faire entendre et je pense que le chef de l’État comprendra notre cri et saura qu’il y a quelque chose qui ne va pas. »
Rapports avec le Conseil du Café-Cacao
« Moi, je pense que notre position par rapport au Conseil du Café-Cacao est claire. Nous sommes avec le Conseil, nous travaillons avec lui. Mais si le Conseil prend une décision et que l’OIA est là, nous sommes producteurs et nous devons pouvoir dire : “Seigneur, nous ne voulons pas ça.”
Nous avons applaudi l’arrivée de l’OIA parce que nous pensions qu’elle serait véritablement là pour discuter avec le Conseil sans léser les producteurs. Nous devons prendre les choses en main nous-mêmes.
Mais ils viennent de faire une déclaration pour dire que tout va bien, que le Conseil a bien fait, que tout va bien. Pourtant, hier encore, ce n’était pas ce qu’ils disaient. Vous avez suivi comme nous. »
Amalgames sur le rôle du régulateur et l’intervention du gouvernement dans la gestion de cette crise…
« Il y a eu un amalgame dans la mesure où il y a le régulateur. Mais à quel moment cette situation a-t-elle nécessité l’intervention du gouvernement ?
Si nous revenons un peu en arrière, le directeur général avait dit que les fonds étaient à disposition [passage incertain]. Ensuite, c’est devenu un problème. Le Premier ministre, les ministres, tout le monde a été impliqué.
Moi, je pense qu’à partir de tous ces bruits, il fallait que le producteur sache exactement ce qui se passait. Il fallait informer les producteurs : voilà ce qui a été mis à disposition, voilà la quantité de cacao concernée, voilà ce que le Conseil a reçu et voilà comment nous allons répartir les choses.
Mais cela n’a pas marché et c’est ce qui nous a conduits à cette dérive.
Par rapport à votre question, je le dis et je le répète : il y a encore des producteurs qui ont des reçus non payés. Ils sont encore là. C’est la rentrée scolaire. À part l’argent, qu’est-ce que nous pouvons leur donner ?
Nous continuons toujours nos démarches et nous allons continuer face à leur souffrance. C’est notre rôle. Nous allons continuer à demander qu’un effort soit fait. »
Cotisation volontaire imposée par l’OIA
« Nous ne voulons pas de tout cela. On parle de « cotisation volontaire obligatoire ». Qu’est-ce que cela veut dire ?
Moi, je ne sais pas ce que signifie une “cotisation volontaire obligatoire”. Une cotisation volontaire veut dire que quelqu’un accepte de participer à quelque chose, d’enlever son argent pour participer. Toi, tu donnes, lui donne, on met ensemble et on contribue. C’est cela, une cotisation volontaire.
Cela veut dire que je suis d’accord. Ou bien je ne suis pas d’accord. Mais “obligatoire”, qu’est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire que c’est forcé ! Alors, que veut dire “cotisation volontaire obligatoire” ?
On nous oblige donc à donner de l’argent à quelqu’un ? Non, nous ne voulons pas de ce combat-là. Nous allons nous battre contre cela. »
Sur les autres organisations de producteurs
« Les producteurs sont en train de souffrir. Et puis, il y a d’autres syndicats qui arrivent comme le médecin après la mort. Tous ceux qui sont en train de crier aujourd’hui [passage incertain] à cause des quotas, ils ont laissé faire. Ils ont fini et ils veulent venir maintenant pour dire : “Non, nous venons faire le combat.”
Non ! Il faut être cohérent dans tout ce que l’on fait.
Depuis le départ, nous avons interpellé tous les acteurs, que ce soient les syndicats ou les associations, pour dire que nous souffrons sérieusement. Les autres ne réagissaient pas.
Aujourd’hui, le président de l’OIA dit que tout est fini. Ensuite, il dit qu’il y a un problème et que le problème vient du Conseil. Puis aujourd’hui, tout est bon ! Ça ne va pas.
Si le Conseil du Café-Cacao ne travaillait pas bien pour les producteurs, eux, lorsqu’ils sont arrivés, devaient amener le Conseil à mieux gérer les intérêts des producteurs. »
Sur d’éventuels mouvements de protestation
« Au niveau des producteurs, concernant tout ce qui est soulèvement ou grève, nous demandons aux producteurs de s’abstenir de tout cela.
Nous voyons vos reçus qui sont encore dans vos mains. Nous voyons vos enfants qui doivent aller à l’école et qui ne peuvent peut-être pas y aller. Mais il faut rester calmes. Nous avons adopté une position professionnelle.
Il faut que les gens comprennent quelque chose : tout le monde ne peut pas gérer la filière. Aujourd’hui, le producteur n’est plus celui d’avant. Les producteurs sont aussi des intellectuels.
C’est comme dans les villages : aujourd’hui, les chefs de village ne sont plus forcément des personnes qui ne comprennent pas les choses. Dans notre milieu, c’est la même chose.
Aujourd’hui, pour gérer un Collège des producteurs, il faut des technocrates, des personnes qui maîtrisent la filière, pas seulement de façon pratique. Il faut des personnes qui maîtrisent tous les aspects de la production et de la filière.
Nous demandons donc à l’État de regarder cet aspect. »
Sur les reçus impayés et les 291 milliards de FCFA
« Nous demandons aussi que le problème des reçus laissés entre les mains de nos producteurs soit réglé. Le SYNAVICI attribue aussi une responsabilité au Collège des producteurs, qui a fait une mauvaise distribution des quotas. Les quotas ont été distribués de façon [passage incertain], entre eux.
Mais nous demandons toujours la clémence du chef de l’État pour dire qu’il y a un problème.
Nous saluons l’État de Côte d’Ivoire qui a dégagé 291 milliards de francs CFA. Même si on dit que cet argent est l’argent des producteurs, il faut reconnaître que c’est parce que nous avons un État sérieux.
Mais ces 291 milliards ne sont pas allés là où ils devaient aller comme il le fallait. C’est ce qui fait qu’il y a encore du produit. Il faut donc qu’on nous donne une possibilité de faire sortir ces produits-là aussi. »
Sur la traçabilité et la carte du producteur
« Nous allons parler un peu de cette affaire de traçabilité. C’est une bonne chose. Nous encourageons donc nos producteurs à suivre ce processus.
Même si on a essayé une fois, deux fois, cette fois-ci, nous pensons que c’est nécessaire. Nous demandons au Conseil du Café-Cacao de passer maintenant à la vitesse supérieure.
Parce qu’un producteur qui n’a pas de carte ne pourra pas livrer. Mais s’il a son cacao et qu’il n’a pas de carte, comment va-t-il faire avec son cacao ?
Nous demandons donc que les cartes soient rapidement disponibles et qu’on s’arrange pour que chaque producteur puisse avoir la sienne. Lorsqu’un producteur fait sa demande de carte, je pense qu’il laisse au moins un numéro de téléphone. Il faut pouvoir le contacter. »
Sur la fuite du cacao vers les pays voisins
« Nous demandons aussi à l’État de Côte d’Ivoire de nous aider à lutter contre ce fléau qu’est la fuite de nos produits vers les pays voisins.
Parce que nous sommes à 2 200 francs et que, de l’autre côté, [les prix sont plus élevés], forcément, il va y avoir des fuites.
Au niveau du SYNAVICI, nous faisons ce que nous pouvons dans les villages. Nous allons faire remonter les informations. Nous allons aider, nous allons travailler ensemble pour essayer de freiner la fuite de nos produits vers les pays voisins.
En travaillant ensemble, je pense que nous allons réussir. Nous sommes dans la même barque. Notre objectif, c’est d’arriver à protéger notre production. »
Donatien Kautcha, Abidjan
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