Soudan : Les accusations d'armes chimiques relancent la pression pour une enquête internationale
Les appels à une enquête internationale indépendante sur les accusations d’utilisation d’armes chimiques au Soudan se multiplient. L’ONU se dit prête à agir si elle reçoit un mandat officiel, tandis que d’anciens experts de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques réclament l’accès aux sites concernés, l’analyse d’échantillons et l’établissement des responsabilités dans la chaîne de commandement.
Les accusations d’utilisation d’armes chimiques au Soudan prennent une nouvelle dimension. Alors que la guerre qui oppose l’armée soudanaise aux Forces de soutien rapide (FSR) se poursuit, plusieurs experts et anciens responsables de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) demandent l’ouverture d’une enquête internationale indépendante afin de déterminer si des agents chimiques ont effectivement été employés et, le cas échéant, d’identifier les responsables.
La question a gagné en visibilité après une déclaration de Stéphane Dujarric, porte-parole du secrétaire général des Nations unies. Selon lui, l’ONU est disposée à enquêter sur les allégations visant les forces armées soudanaises, mais une telle démarche nécessiterait un mandat officiel.
Pour plusieurs anciens experts de l’OIAC, une enquête crédible ne pourrait se limiter à l’examen de documents ou de témoignages recueillis à distance. Elle devrait notamment permettre d’accéder aux sites où des incidents auraient eu lieu, de prélever et d’analyser des échantillons, d’entendre les témoins et d’examiner les équipements militaires susceptibles d’avoir été utilisés.
Mark Alboun, ancien responsable d’une unité d’enquête de l’OIAC, estime que des éléments disponibles justifient l’ouverture d’investigations approfondies. Il évoque notamment une attaque présumée survenue en septembre 2024 dans la zone de la raffinerie d’Al-Jili, au nord de Khartoum.
À ce stade, toutefois, les accusations nécessitent encore d’être établies par une enquête indépendante permettant de vérifier la nature des substances utilisées, les circonstances des incidents et l’identité des personnes ayant ordonné ou exécuté les opérations.
Les demandes d’enquête se sont intensifiées après la publication d’informations par le Washington Post et le New York Times. Les deux journaux ont fait état de documents, de communications et d’images qu’ils présentent comme liés à un programme de production de munitions utilisant du chlore.
Le Washington Post rapporte que des experts et des responsables du renseignement ayant eu accès à ces éléments les considèrent comme crédibles pour étayer l’existence d’un programme chimique présumé. Le journal souligne toutefois qu’une conclusion définitive nécessiterait des investigations de terrain indépendantes.
Le New York Times a, de son côté, fait état de communications qui, selon le quotidien, suggéreraient que le général Abdel Fattah al-Burhan, chef de l’armée soudanaise, aurait eu connaissance du programme présumé.
Ces informations restent au cœur d’allégations qui devront être confrontées à des éléments matériels et à une procédure d’établissement des faits reconnue au niveau international.
Au-delà de la question de l’utilisation éventuelle d’armes chimiques, les experts mettent désormais l’accent sur l’identification des responsabilités individuelles.
Une enquête internationale devrait ainsi chercher à déterminer non seulement si des agents chimiques ont été employés, mais également qui aurait autorisé leur production, leur transfert ou leur utilisation. L’examen de la chaîne de commandement militaire pourrait donc constituer un volet central des investigations.
Pour les anciens responsables de l’OIAC qui réclament une enquête, l’absence de réponse internationale aux accusations visant le Soudan pourrait également avoir des conséquences plus larges sur le régime mondial d’interdiction des armes chimiques.
Ils redoutent notamment qu’une absence d’enquête et de poursuites, si les faits étaient établis, puisse affaiblir le principe de responsabilité attaché à l’interdiction de ces armes.
Les experts demandent que toute enquête débouche, si les faits sont confirmés, sur l’identification des responsables et l’engagement des procédures judiciaires appropriées.
Ils plaident également pour l’adoption de sanctions contre les personnes dont la responsabilité serait établie, conformément aux mécanismes juridiques et politiques applicables.
Une telle démarche supposerait toutefois de distinguer clairement les soupçons, les éléments de preuve et les responsabilités pénales individuelles, lesquelles doivent être établies selon les procédures compétentes.
Le dossier intervient dans un contexte de pression accrue sur les autorités militaires soudanaises. Le général Abdel Fattah al-Burhan n’a, par ailleurs, pas obtenu de visa américain lui permettant de participer aux réunions de l’Assemblée générale des Nations unies à New York.
Aucun lien officiel n’a été établi par les autorités américaines entre cette décision et les accusations relatives aux armes chimiques. Les deux dossiers interviennent néanmoins au moment où la direction de l’armée soudanaise fait face à une attention internationale croissante.
La perspective d’une enquête internationale ajoute ainsi un nouveau volet à la pression exercée sur les autorités soudanaises.
L’enjeu dépasse le seul conflit soudanais
Pour les spécialistes qui réclament une enquête, l’affaire ne concerne pas uniquement l’établissement des faits au Soudan. Elle pose également la question de l’efficacité du système international destiné à empêcher l’emploi des armes chimiques.
Si une enquête confirmait leur utilisation et permettait d’en identifier les responsables, la question des poursuites et des sanctions deviendrait alors centrale. À l’inverse, l’absence d’investigation pourrait alimenter les interrogations sur la capacité de la communauté internationale à faire respecter durablement l’interdiction de ces armes.
Pour l’heure, aucune enquête internationale indépendante n’a encore permis d’établir définitivement les faits. La balle est désormais dans le camp des instances compétentes, qui devront déterminer si les éléments disponibles justifient l’ouverture d’une mission d’établissement des faits et, le cas échéant, quelles responsabilités pourraient en découler.
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