Côte d'Ivoire : Journées Foncières, le Gouvernement veut faire de la terre un levier de paix et de développement en Afrique
La première édition des Journées Foncières d’Abidjan s’est achevée ce mercredi 7 octobre 2026 au Parc des Expositions d’Abidjan, à Port-Bouët. Pendant trois jours, experts, responsables publics et acteurs du secteur foncier ont débattu des moyens de sécuriser les terres, prévenir les conflits et soutenir l’investissement. À l’issue des travaux, les participants ont appelé à transformer les recommandations en actions concrètes et à renforcer la coopération entre les États africains.
Le constat partagé à la clôture des Journées Foncières d’Abidjan est sans ambiguïté : la question foncière dépasse désormais le seul cadre de la gestion des terres. Elle touche directement à la paix sociale, à la cohésion des communautés, à l’investissement et aux perspectives de développement durable du continent.
Durant trois jours, les participants ont confronté leurs expériences et formulé des propositions autour d’un objectif central : améliorer la sécurisation foncière tout en garantissant une gestion plus inclusive, transparente et durable des ressources foncières.
La cérémonie de clôture, organisée ce mercredi au Parc des Expositions d’Abidjan, a permis de dresser les principaux enseignements de cette première édition et de dégager plusieurs pistes d’action.
La Côte d’Ivoire met en avant ses avancées
Prenant la parole à cette occasion, le ministre de l’Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières, Bruno Nabagné Koné, a présenté les progrès enregistrés par la Côte d’Ivoire dans la sécurisation du foncier rural.
Sous l’impulsion du président de la République, Alassane Ouattara, le pays compte désormais plus de 5 700 villages délimités et bornés, plus de 68 000 certificats fonciers délivrés et plus de 86 000 contrats agraires signés.
Selon les données présentées lors de la cérémonie, ces avancées se sont accompagnées d’une baisse annoncée de 80 % des conflits fonciers.
Pour Bruno Nabagné Koné, ces résultats confirment le rôle central du foncier dans la stabilité des territoires.
« Le foncier est aujourd’hui au cœur de la paix, de la cohésion sociale et du développement économique », a-t-il souligné.
Le ministre a également mis en avant l’importance du Conseil d’État dans le règlement des litiges fonciers, alors que les contentieux liés à la terre demeurent une préoccupation majeure dans plusieurs régions.
L’un des principaux enseignements des travaux réside dans la nécessité de réunir plusieurs conditions avant d’envisager une massification durable de la sécurisation foncière.
Mathias Koffi, directeur des opérations techniques de l’Agence Foncière Rurale (AFOR) et président du comité d’organisation, a notamment identifié plusieurs prérequis : institutionnels, juridiques, technologiques, humains et méthodologiques.
La réussite d’une telle démarche suppose donc, selon les conclusions présentées, de disposer à la fois d’un cadre juridique adapté, d’institutions suffisamment solides, de ressources humaines qualifiées et d’outils technologiques capables de fiabiliser les données foncières.
Le comité scientifique a, de son côté, placé la qualité et la fiabilité de l’information foncière au centre des priorités. La reconnaissance effective des droits, l’inclusion des femmes et des groupes vulnérables, la prévention des conflits ainsi que la mise en place de mécanismes de financement durables des politiques foncières figurent également parmi les recommandations majeures.
Cette première édition a également donné une place importante au partage d’expériences entre pays africains.
Premier pays à l’honneur, le Sénégal a défendu une approche faisant du foncier un véritable « socle de la souveraineté économique ».
Représentant le président de la République du Sénégal, Alain Diouf, ministre-conseiller chargé de l’Agenda national de transformation Sénégal 2050, a notamment appelé à poursuivre les efforts en matière de digitalisation, d’inclusivité et de concertation.
La Mauritanie était également représentée à haut niveau. Mamadou Mamoudou Niang, ministre des Domaines, du Patrimoine de l’État et de la Réforme foncière, a salué la qualité des échanges et qualifié cette première édition de « réussite totale ».
Pour les participants, la confrontation des expériences nationales doit permettre de faire émerger des solutions adaptées aux réalités propres à chaque pays, tout en favorisant une approche régionale des problématiques foncières.
Au terme des trois jours de travaux, plusieurs recommandations ont été formulées.
Les participants préconisent notamment de renforcer la coopération entre les États, de privilégier le dialogue et la médiation dans le règlement des conflits fonciers, de garantir un financement durable des politiques publiques et d’associer davantage la société civile et le secteur privé aux processus de réforme.
L’objectif est de dépasser une approche essentiellement administrative du foncier pour construire des politiques davantage tournées vers la prévention des conflits et la sécurisation des investissements.
La question de l’inclusion apparaît également comme une priorité, avec une attention particulière accordée aux femmes et aux groupes vulnérables, souvent confrontés à des difficultés d’accès ou de reconnaissance de leurs droits fonciers.
La clôture de cette première édition ouvre déjà la voie à une ambition plus large.
L’idée de transformer les Journées Foncières d’Abidjan en Journées Foncières Africaines a été avancée au cours des travaux. Une proposition à laquelle Bruno Nabagné Koné s’est dit favorable.
La prochaine édition pourrait ainsi se tenir au Sénégal, selon la perspective évoquée lors de la cérémonie de clôture.
Une telle évolution permettrait d’élargir le cadre des échanges et d’inscrire durablement la question foncière dans l’agenda des politiques publiques africaines.
Au terme de cette première édition, Abidjan aura surtout permis de poser les bases d’une réflexion collective sur l’avenir de la gouvernance foncière en Afrique.
Les débats ont fait émerger une conviction largement partagée : la sécurisation des terres constitue à la fois un outil de prévention des conflits, un facteur de cohésion sociale et un levier de développement économique.
Mais l’enjeu se situe désormais dans la mise en œuvre. La prochaine étape consistera à traduire les recommandations issues des travaux en réformes concrètes, dispositifs opérationnels et résultats mesurables sur le terrain.
De ce point de vue, l’ambition affichée à Abidjan dépasse le cadre d’un simple rendez-vous institutionnel. Elle pourrait marquer le début d’une dynamique régionale autour d’une gouvernance foncière plus sécurisée, inclusive et durable.
Wassimagnon
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