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Côte d'Ivoire : Onze ans après son interdiction, le commerce du pain dans la rue prospère toujours, le symbole d'une réglementation difficile à appliquer
 

Côte d'Ivoire : Onze ans après son interdiction, le commerce du pain dans la rue prospère toujours, le symbole d'une réglementation difficile à appliquer

 
 
 
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© Koaci.com - mardi 13 octobre 2026 - 14:01

Entrée en vigueur le 1er janvier 2015 sur l’ensemble du territoire ivoirien, l’interdiction de la vente ambulante de pain peine toujours à s’imposer sur le terrain. À Abidjan comme dans plusieurs grandes villes du pays, des baguettes sont exposées à l’air libre dans les rues et les gares routières, parfois dans des conditions de transport et de conservation préoccupantes. Une situation qui remet au premier plan les questions d’hygiène alimentaire, de contrôle et de réglementation de la filière boulangère.


En Côte d’Ivoire, la vente ambulante de pain demeure une réalité, onze ans après l’entrée en vigueur de la mesure gouvernementale destinée à assainir le secteur de la boulangerie. À Abidjan, notamment dans les gares routières et les principaux carrefours, les baguettes continuent d’être proposées aux passants dans des paniers ou sur des étals de fortune, souvent sans protection adéquate.


Pourtant, depuis le 1er janvier 2015, la réglementation interdit plusieurs pratiques liées à la distribution du pain. Cette mesure, prise par le ministère en charge du Commerce à la demande des professionnels de la boulangerie, visait à améliorer les conditions d’hygiène, à mieux encadrer la commercialisation du pain et à contribuer à la structuration de la filière.


Son application avait été précédée d’une campagne de sensibilisation de six mois auprès des opérateurs concernés. Des comités de surveillance et de vigilance avaient également été prévus par zone afin de prévenir les infractions. Les agents du ministère compétent étaient chargés de constater les manquements et de faire appliquer les dispositions en vigueur.


Sur le terrain, les pratiques observées contrastent avec les objectifs de cette réglementation. Dans plusieurs gares routières d’Abidjan et d’autres grandes villes du pays, des baguettes sont transportées sur des engins à deux roues ou acheminées dans des sacs ayant initialement contenu du riz.


Une fois livrés, certains pains sont disposés dans des paniers ouverts ou exposés directement à l’air libre. Ils restent ainsi à la merci de la poussière, des gaz d’échappement et des manipulations répétées. Selon les conditions météorologiques, ils peuvent également être exposés au soleil ou à la pluie.


Ces méthodes soulèvent des préoccupations en matière d’hygiène et de sécurité alimentaires. Le pain étant un produit destiné à la consommation courante, sa manipulation, son transport et sa conservation nécessitent des précautions particulières pour limiter les risques de contamination.


La situation est d’autant plus préoccupante que les consommateurs ne disposent pas toujours des moyens nécessaires pour apprécier les conditions dans lesquelles les baguettes ont été transportées et conservées avant leur mise en vente.


 

Paradoxalement, l’interdiction de la vente ambulante avait été prise à la demande des professionnels de la boulangerie, soucieux d’assainir leur secteur et de mieux organiser la distribution de leurs produits.


Toutefois, la persistance du phénomène laisse apparaître un décalage entre les objectifs affichés à l'époque et les pratiques commerciales observées aujourd'hui.

La multiplication des boulangeries dans les grandes agglomérations aurait contribué à renforcer les circuits d'approvisionnement des vendeurs de rue. Selon des professionnels du secteur, certains établissements continueraient de fournir des commerçants ambulants afin d’écouler leur production.


Cette situation pose la question de la responsabilité des différents acteurs de la chaîne de distribution. Si des boulangers approvisionnent effectivement ces vendeurs, l’efficacité de la réglementation dépend également de la capacité des autorités à contrôler les circuits d’approvisionnement et à sanctionner les éventuels manquements.

Elle soulève aussi la question des moyens de subsistance des commerçants qui tirent leurs revenus de cette activité. Une application durable de l’interdiction suppose donc des contrôles effectifs, mais aussi une meilleure organisation de la distribution et la prise en compte des réalités économiques du secteur informel.


Au-delà de la question de l’occupation de l’espace public, la vente de pain dans des conditions précaires renvoie à un enjeu essentiel : la protection des consommateurs.


L’objectif de la réglementation adoptée en 2015 était notamment de garantir une distribution plus conforme aux exigences d’hygiène et de contribuer à une meilleure structuration de la filière boulangère. Or, onze ans après son entrée en vigueur, la persistance de pratiques interdites interroge sur l’efficacité des mécanismes de surveillance et de répression.


Face à cette situation, un renforcement des contrôles dans les gares routières, les carrefours et les quartiers commerciaux apparaît nécessaire. La sensibilisation des vendeurs, des boulangers et des consommateurs pourrait également contribuer à une meilleure prise de conscience des risques liés à la manipulation et à la conservation du pain.


Les autorités compétentes sont ainsi confrontées à un défi de taille : faire respecter la réglementation sans perdre de vue les réalités économiques qui favorisent la persistance de cette activité.


Onze ans après l'interdiction, le constat est sans appel : la vente ambulante de pain reste visible dans plusieurs localités ivoiriennes, malgré les objectifs d’assainissement poursuivis par les pouvoirs publics.

Entre les intérêts économiques des acteurs de la filière, les habitudes des consommateurs et les impératifs de santé publique, la question appelle une réponse durable et coordonnée.


 

L’enjeu ne consiste pas seulement à rappeler une interdiction, mais à garantir son application effective, à contrôler les circuits de distribution et à veiller à ce que le pain, aliment de consommation quotidienne, soit commercialisé dans des conditions respectueuses des exigences d’hygiène.


Car, au-delà de la baguette vendue au coin d’une rue, c’est bien la protection du consommateur et la crédibilité de la réglementation qui sont en jeu.



Wassimagnon




 
 
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