Côte d'Ivoire : Niakara, les autorités annulent une prière œcuménique en faveur de Justin Koné Katinan, l'insuffisance des forces de sécurité invoquée
Prévue pour le dimanche 18 octobre 2026 au stade municipal de Niakara, une prière réunissant chrétiens, musulmans et autorités traditionnelles en faveur de la libération du Dr Justin Koné Katinan a été annulée par les autorités administratives. La décision, notifiée aux organisateurs à seulement 48 heures de l'événement, est officiellement justifiée par l'insuffisance des forces de sécurité disponibles. Malgré cette annulation, les populations de plusieurs localités du département affirment maintenir leur mobilisation spirituelle en faveur de celui qu'elles considèrent comme un fils et un frère.
La mobilisation n'aura finalement pas lieu comme prévue. Les autorités administratives ont annulé la prière œcuménique qui devait se tenir le dimanche 18 octobre 2026 au stade municipal de Niakara, dans le but d'implorer Dieu pour la libération du Dr Justin Koné Katinan, quatrième vice-président du Parti des peuples africains-Côte d'Ivoire (PPA-CI), détenu depuis le 11 septembre 2026.
La décision a été portée à la connaissance du comité d'organisation le vendredi 16 octobre, soit deux jours seulement avant la cérémonie.
Pour justifier cette annulation, les autorités ont évoqué l'insuffisance des effectifs des forces de l'ordre pour assurer la sécurité de l'événement. Selon des informations rapportées par les organisateurs, les autorités auraient également redouté d'éventuelles infiltrations susceptibles de perturber la rencontre, au regard de l'ampleur que prenait la mobilisation annoncée.
Cette décision est intervenue alors que les préparatifs étaient déjà bien avancés et que les organisateurs s'attendaient à une forte participation des populations du département et des localités environnantes.
À l'origine de cette initiative, une volonté de rassembler les différentes composantes de la société locale autour d'un moment de recueillement et de prière. Chrétiens, musulmans, chefs traditionnels, responsables communautaires et acteurs de mouvements citoyens étaient invités à prendre part à cette cérémonie.
Selon un membre du comité d'organisation, cette initiative traduisait un sentiment largement partagé dans le département de Niakara, où le Dr Justin Koné Katinan bénéficierait d'une forte considération.
« La prière devait réunir en un seul lieu les chrétiens et les musulmans, mais aussi les autorités coutumières, les chefs des communautés, les responsables de mouvements citoyens et tous ceux qui, dans le département de Niakara, admirent le ministre Justin Koné Katinan. Et ils sont nombreux », explique-t-il.
Le même interlocuteur indique que les membres du comité ont parcouru 21 des quelque 30 villages que compte le département afin de sensibiliser les populations à la tenue de cette rencontre.
Partout, assure-t-il, l'arrestation de l'ancien ministre aurait suscité de l'indignation. À Niakara, poursuit-il, Justin Koné Katinan est perçu comme « le fils de tous, le frère de tous » et un cadre ayant contribué au développement de la localité.
Pour expliquer cet attachement, les partisans du responsable politique évoquent notamment son implication présumée dans plusieurs initiatives de développement au bénéfice du département.
Ils rappellent qu'à l'époque où Laurent Gbagbo était président de la République, le Dr Justin Koné Katinan aurait contribué aux démarches ayant conduit à l'érection de Niakara en département ainsi qu'à la création de nouvelles sous-préfectures.
Il s'agit notamment d'Arikokaha, de Niédiékaha et de Badikaha. Avec Niakara, Tortiya et Tafiré, ces localités portent à six le nombre de sous-préfectures que compte le département, selon les éléments avancés par le comité d'organisation.
Les organisateurs évoquent également des dons de tables-bancs dans plusieurs établissements scolaires, présentés comme des actions ayant contribué à améliorer les conditions d'apprentissage des élèves.
Ces réalisations, auxquelles s'ajoutent d'autres initiatives attribuées à l'ancien ministre, expliqueraient, selon ses soutiens, la reconnaissance exprimée par une partie des populations locales.
C'est dans ce contexte qu'aurait émergé l'idée d'organiser une prière réunissant les différentes confessions religieuses. Une démarche qui, d'après le comité, avait reçu un accueil favorable de la part des chefs traditionnels et des responsables religieux sollicités.
Entre 4 000 et 5 000 participants attendus
L'ampleur annoncée de la mobilisation aurait rapidement dépassé les prévisions initiales des organisateurs.
« Au départ, nous tablions sur 2 000 personnes. Nous avions déjà commandé 20 bâches et 2 000 chaises », rapporte un membre du comité.
Mais les annonces de convois en provenance de Tortiya, de Tafiré et d'autres localités, y compris de zones situées en direction de la frontière avec Ferkessédougou, auraient conduit les organisateurs à revoir leurs estimations à la hausse.
Le nombre de participants attendus était alors évalué entre 4 000 et 5 000 personnes. Le comité envisageait, en conséquence, de commander des chaises supplémentaires pour accueillir les fidèles et les autres participants dans de meilleures conditions.
L'annulation annoncée le vendredi 16 octobre a ainsi mis un terme aux préparatifs engagés pour cette rencontre, à seulement 48 heures de sa tenue prévue.
Malgré cette annulation, l'initiative semble loin d'être abandonnée dans les localités concernées.
À Arikokaha, Fonnonkaha, Angolokaha, Badiokaha et dans plusieurs autres villages, des habitants considèrent cette décision comme un simple report plutôt que comme la fin définitive du projet.
Ces populations affirment avoir déjà commencé à prier individuellement et collectivement pour le Dr Justin Koné Katinan. Elles disent également espérer que les autorités compétentes reviendront sur leur position et permettront, à terme, la tenue de cette cérémonie.
Leur principale demande reste la libération de celui qu'elles présentent comme un fils et un frère. Elles appellent ainsi à une intervention divine pour que les autorités soient amenées à reconsidérer sa situation judiciaire.
À Abidjan, un culte organisé en sa faveur
Alors que la prière prévue dans son département d'origine a été annulée, un autre rassemblement religieux s'est tenu à Abidjan le dimanche 18 octobre 2026.
Une église méthodiste de la capitale économique a en effet organisé un culte en faveur du quatrième vice-président du PPA-CI. Cette initiative témoigne de la poursuite de manifestations de soutien à caractère religieux autour de sa situation.
Les deux initiatives, organisées dans des contextes différents, traduisent la volonté de certains de ses soutiens de recourir à la prière pour demander sa libération.
Le Dr Justin Koné Katinan a été placé sous mandat de dépôt le vendredi 11 septembre 2026. Il est notamment poursuivi pour des faits qualifiés de terrorisme, de complot et d'atteinte à l'autorité de l'État, ainsi que pour d'autres infractions en lien présumé avec les événements survenus autour de l'élection présidentielle d'octobre 2025.
Avant son incarcération, il avait été convoqué le 9 septembre 2026 à la suite d'une plainte déposée par le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), parti au pouvoir, pour diffamation et diffusion de fausses nouvelles.
Cette plainte faisait suite à une conférence de presse animée le 3 septembre 2026 au nom de son parti, consacrée à la problématique de l'orpaillage illégal en Côte d'Ivoire.
Au cours de cette intervention, le responsable politique avait dénoncé l'ampleur du phénomène ainsi que ses conséquences sur l'environnement, la société et l'économie nationale. Il avait également mis en cause le RHDP et le gouvernement, leur reprochant de ne pas avoir pris les mesures nécessaires pour endiguer cette activité.
Selon les informations rapportées, la procédure engagée à la suite de la plainte du RHDP aurait ensuite été abandonnée au niveau de la préfecture, tandis que le dossier relatif aux événements de 2025 aurait été remis au premier plan.
L'évolution de cette affaire judiciaire reste donc au cœur des préoccupations de ses soutiens, qui continuent de réclamer sa libération.
À Niakara, l'annulation de la prière collective n'aura, en tout cas, pas suffi à éteindre la mobilisation annoncée. Entre indignation, attachement local et espoir d'un dénouement judiciaire favorable, les populations qui soutiennent le Dr Justin Koné Katinan affirment vouloir poursuivre leurs prières, dans l'attente d'une évolution de sa situation.
Wassimagnon
Infos à la une
Communiqués
Côte d'Ivoire
Côte d'Ivoire
Côte d'Ivoire
